Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils, dir. Anne Sgard et Sylvie Paradis (Ed. Metis Presses, 2019), Claudie Chantre

Anne Sgard, Sylvie Paradis, dir. » Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils », Editions MetisPresses, 2019

En avril 2019, Anne Sgard et Sylvie Paradis ont dirigé et publié aux Editions MetisPresses, un ouvrage intitulé « Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils ».

Anne Sgard est géographe, professeure conjointement au Département de géographie et environnement et à l’Institut de formation des enseignants de l’Université de Genève. Sylvie Paradis est géographe, architecte-urbaniste et chercheure associée à l’UMR (Unité mixte de recherche) Territoires de l’Université de Clermont-Ferrand.

Ainsi que le définissent les auteures, « Cette recherche est née de la volonté d’une dizaine d’enseignants-chercheurs de réfléchir à leurs pratiques pédagogiques, d’échanger sur leurs outils et leurs terrains et d’identifier ce qui peut nourrir une didactique du paysage afin de renouveler les formations au et par le paysage. »

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Nourrir 2,5 milliards d’hommes en 2050 : l’Afrique face à son défi alimentaire., par Alexis Gonin.

Café Géographique de Saint-Brieuc, le 26 avril 2019, compte rendu rédigé par Christiane Barcellini

Alexis Gonin est maître de conférences à l’Université de Paris Nanterre. Ses travaux de recherches portent en particulier sur les espaces ruraux en Afrique de l’Ouest. Il a soutenu sa thèse en 2014 « Jeux de pouvoir pour l’accès aux ressources et devenir de l’élevage en Afrique soudanienne. Le foncier pastoral dans l’Ouest du Burkina Faso ». Il est l’auteur avec Christophe Queva, maître de conférences à l’Université de Paris Sorbonne, de l’ouvrage « Géographie des espaces ruraux », 2018, Armand Colin.

Alexis Gonin se propose d’organiser sa communication en deux temps.

Dans une 1ère partie il s’agit de prendre l’ampleur de la croissance démographique de l’Afrique : 1,3 milliards d’habitants aujourd’hui, soit six fois plus qu’en 1950; 2,5 milliards en 2050 (doublement de la population dans les trente années qui viennent). Cette progression spectaculaire (en 1950, 10% population mondiale ; en 2050, 25% population mondiale) dont les conséquences sont inédites est la dynamique structurante de l’Afrique qui pose pour l’Afrique les questions du développement économique, social, urbain ainsi que la question des migrations. Les défis à relever sont donc nombreux. C’est à partir de ce constat, que dans un second temps, AG portera sa réflexion sur l’un de ces défis, le défi alimentaire. Il s’agit pour l’Afrique de nourrir une population grandissante, de sortir des centaines de millions de personnes de la sous-alimentation, de résorber la pauvreté agricole avec une contrainte dont on prend de plus en plus conscience, le respect des écosystèmes. Sacré programme pour les Africains d’ici 2050 ! Si ce défi agricole n’est pas nouveau – il a été relevé par l’Afrique depuis 1950 avec une agriculture qui n’a pas cessé d’évoluer – il se pose pour les 30 années à venir avec des changements d’une autre ampleur.

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Les militaires et le changement climatique, Daniel Oster.

Les interventions vont davantage être orientées vers des opérations de sécurité civile en lien avec les catastrophes naturelles (Source: ministère des armées)

Le changement climatique provoque partout dans le monde des analyses et des remises en question qui n’épargnent pratiquement aucun domaine. Le secteur militaire n’échappe pas à la règle. Les dirigeants politiques créent des instances de réflexion et de recherche pour mesurer l’impact du dérèglement climatique sur l’outil militaire et adapter le rôle des armées aux nouveaux défis environnementaux.  (suite…)

Trieste, du déclin à la renaissance ? Daniel Oster.

La ville de Trieste aujourd’hui. Au premier plan, le Grand Canal construit au XVIIIe siècle qui a permis l’entrée des bateaux au cœur de Trieste. (https://www.lepoint.fr/voyages/trieste-concentre-de-culture-22-03-2011)

Situé au pied des Alpes dinariques sur la mer Adriatique, le port de Trieste fut longtemps le principal débouché méditerranéen du Saint-Empire romain germanique puis de l’Empire austro-hongrois. L’histoire complexe de la ville s’explique par une position en Europe au carrefour des influences latine, germanique et slave. La fondation romaine (Tergeste), la rivalité avec Venise, l’installation de nombreux juifs après 1492, l’intégration dans l’Empire des Habsbourg (port franc en 1719), constituent quelques étapes marquantes de cette histoire.

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Le lac Tchad au péril de l’Anthropocène, par Géraud Magrin.

Café géographique de Montpellier, 2019. Intervenant : Géraud Magrin, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – U.M.R. PRODIG. Compte rendu rédigé par Pierre-Félix Vautrin.

La notion d’Anthropocène et son actualité au Sahel 

La notion d’Anthropocène est une notion proposée au début des années 2000 par Paul Crutzen (chimiste de l’atmosphère) pour nommer un nouvel âge géologique influencé par l’impact de l’activité des sociétés humaines sur le système « Terre ». À travers la notion d’Anthropocène, Paul Crutzen et d’autres chercheurs ayant travaillé sur cette notion, prennent en compte un certain nombre de dynamiques : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les changements dans le cycle de l’eau, etc. Ces éléments renvoient à l’évolution du système « Terre » d’un point de vue surtout biophysique : la principale critique soulevée par la notion d’Anthropocène est que celle-ci a tendance à dépolitiser la question des crises environnementales. En considérant d’une part que toutes les sociétés humaines ont (eu) la même empreinte sur les écosystèmes. Et en débouchant sur la proposition de solutions purement techniques pour résoudre le problème, à travers différents projets d’ingénierie environnementale, dont les enjeux politiques ne sont pas davantage questionnés. Les géographes ne s’intéressent à cette notion que depuis peu de temps : certains d’entre eux interrogent, à l’échelle des territoires, la manière dont cette notion permet d’éclairer d’un jour nouveau leurs objets d’étude, en prenant au sérieux la crise environnementale globale mais sans éluder la perspective politique qui fait le sel et l’intérêt des approches critiques de l’environnement.

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Terres agricoles des villes : des expériences innovantes d’agriculture. Avec Christophe-Toussaint Soulard, Pascale Scheromm et Camille Clément.

Café géographique de Montpellier, 2019, intervenants : Christophe-Toussaint Soulard, Pascale Scheromm et Camille Clément, Chercheurs à l’INRA, UMR Innovation, Montpellier. Compte rendu rédigé par Pierre-Félix Vautrin.

Comment se met en place l’agriculture urbaine dans un contexte qui n’est pas traditionnellement celui de l’agriculture ?

I. L’agriculture urbaine : de quoi parle-t-on ?

L’agriculture urbaine, c’est l’ensemble des activités de production de denrées alimentaires (ou d’autres denrées notamment ornementales, fourragères, médicinales etc.) qui vont être pratiquées dans l’espace urbain ou en périphérie.

Les agricultures urbaines peuvent concerner toutes les productions végétales et animales. Les pratiquants agricoles sont très divers : certains sont des professionnels, d’autres des amateurs. Par ailleurs des associations voire même des institutions s’investissent dans cette activité. L’agriculture urbaine peut se pratiquer sur sol ou sans sol : sur les toits ou sur les murs des maisons par exemple. Les agricultures urbaines sont souvent des agricultures sociales et militaires : elles renvoient à des projets liés, par exemple, à l’éducation alimentaire, à l’insertion sociale par l’emploi, à l’amélioration de la santé physique et mentale. Par ailleurs, les projets d’agriculture urbaine sont souvent des projets de mobilisation citoyenne pour permettre de conserver des espaces de production dans le tissu urbain. De nombreux projets en effet prônent l’idée que l’agriculture urbaine est un moyen pour permettre aux populations défavorisées de produire et de développer une alimentation de qualité.

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L’éducation au voyage, avec Emmanuelle Peyvel.

COMPTE RENDU CAFÉ GÉO NANTES 26 MARS 2019 – L’ÉDUCATION AU VOYAGE, rédigé par  Clara Hidoux-Le Hénaff

Emmanuelle PEYVEL, maître de conférences en géographie à l’université de Brest (UBO) a dirigé l’ouvrage L’Éducation au voyage, pratiques touristiques et circulation des savoirs. Paru aux presses universitaires de Rennes en janvier dernier, l’ouvrage se veut pluridisciplinaire. Ses différents chapitres regroupent des auteurs issus d’horizons variés : anthropologie, sciences de l’éducation, STAPS, histoire, géographie, sociologie…

L’ouvrage part de l’interrogation suivante : Pourquoi sommes-nous de plus en plus nombreux à faire l’expérience du tourisme? De fait, nous sommes passés de 25 millions touristes internationaux en 1950 à 1 326 000 000 en 2017, le cap du milliard ayant été dépassé en 2012. En 2017, ce domaine a généré un chiffre d’affaire s’élevant à 1 340 milliards d’euros dans le monde selon l’OMT.

L’espace géographique européen – où le tourisme est né – représente 51% des arrivées internationales. Cependant, le centre de gravité de la mondialisation touristique penche aujourd’hui vers l’Est. En effet, l’Asie Pacifique arrive en deuxième position en termes de recettes comme d’arrivées internationales. Les principaux facteurs souvent convoqués pour expliquer cette croissance du tourisme sont la hausse du niveau de vie et les infrastructures de transport, alors même qu’il ne s’agit que de moyens permettant de faire du tourisme, pas de causes profondes. (suite…)

Le monde au pied du mur, par Delphine Papin et Frank Tétart.

Compte rendu du Café géo qui s’est tenu au Flore le mardi 8 avril 2019.

Cliché de Jean-Pierre Némirowsky

Delphine Papin est Docteur de l’Institut Français de Géopolitique, co-auteur de l’Atlas des frontières et responsable du service infographie au journal « Le Monde ».

Franck Tétart est Docteur de l’Institut Français de Géopolitique, auteur de plusieurs atlas Autrement, professeur d’histoire-géographie et responsable scientifique de l’émission d’ARTE « le dessous des cartes »

Une équipe de deux géographes donc, spécialistes de géopolitique qui par le passé ont créé les Cafés géopolitiques. L’un comme l’autre, sont de par leur métier, attachés aux cartes comme outils pédagogiques pour comprendre le monde, c’est pourquoi vous en verrez un certain nombre ce soir.

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L’Afrique, un continent émergent ? par Alain Dubresson.

Alain Dubresson est l’invité des Cafés géographiques de Chambéry-Annecy pour esquisser une synthèse de la situation africaine en cette fin d’année 2018. Il est notamment le co-auteur avec Géraud Magrin et Olivier Ninot de l’Atlas de l’Afrique dont une nouvelle édition vient de paraître chez Autrement, et à l’instar du sous-titre de l’ouvrage il nous propose de questionner l’émergence de ce continent.

https://cafe-geo.net/events/l-afrique-un-continent-emergent/

Il débute son intervention en soulignant d’abord l’importance du point d’interrogation dans l’intitulé du café géo « L’Afrique, un continent émergent ? ». En préambule, il rappelle que les regards sur l’Afrique ont beaucoup changé durant les dernières décennies. Alors que le regard était globalement afro-pessimiste à la fin du XXe siècle en considérant l’Afrique comme un continent en crise quasi permanente, le début du XXIe siècle fut caractérisé par un rebond économique africain entre 2000 et 2015 et, par conséquent, les regards sur ce continent changèrent au profit d’un optimisme retrouvé, voyant en l’Afrique un nouvel espace de l’émergence. Alain Dubresson rappelle que cette notion d’émergence est particulièrement floue, mais qu’elle évoque cependant l’idée d’un changement, d’une transformation profonde de la société. Il s’interroge ainsi sur cette phase de croissance économique des années 2000 pour savoir s’il s’agit d’une étape dans la transformation structurelle du continent africain contribuant à son émergence ou, au contraire, s’il s’agit simplement d’une parenthèse de croissance qui ne permet pas à l’Afrique de sortir de sa situation de dépendance qui la caractérise depuis les traites négrières. À partir de ce questionnement, Alain Dubresson propose d’examiner la situation ambivalente de l’Afrique en constatant que ce continent est caractérisé à la fois par des facteurs et des marqueurs importants du changement et, en même temps, par des freins et des processus qui limitent la transformation de la société africaine. (suite…)

« La société sherpa à l’ère du Yak Donald’s. Évolution des pratiques et paysages touristiques de la région de l’Everest », par Étienne Jacquemet

Café géo de Chambéry, 10 avril 2019. Étienne Jacquemet a récemment soutenu une thèse de géographie sur l’accès aux ressources dans la région touristique de l’Everest. Berceau du trekking et haut-lieu de l’himalayisme, cette région du Népal a évolué au gré d’une société sherpa qui cherche à profiter de l’intérêt des touristes du monde entier pour l’Everest et ses alentours.

Quel imaginaire touristique ?

Le développement touristique de la région du Khumbu est fortement en lien avec la présence de l’Everest. La majorité des touristes viennent voir ce sommet emblématique et nombreux sont ceux qui envisagent un trek jusqu’à son célèbre camp de base d’où partent les alpinistes. Le motif premier des touristes est ainsi de s’immerger dans des paysages de haute montagne où sont rassemblés de nombreux sommets spectaculaires comme le Cho Oyu, l’Ama Dablam, le Nuptse, le Lhotse, et, bien sûr, l’Everest. Chez les jeunes trekkeurs notamment, l’une des motivations est de parcourir le même territoire que celui des héros de l’himalayisme. Edmund Hillary et Tensing Norgay, mais aussi Junko Tabei et Pasang Sherpa ont contribué à forger cette mythologie de la conquête de l’Everest : les touristes d’aujourd’hui souhaitent s’inscrire dans leur sillage en portant également des valeurs comme le courage, l’endurance ou la quête d’une vie moins conventionnelle. Des lieux de mémoire sont érigés en référence à ces grands noms de l’Himalaya, ils sont marqués par des cairns ou des chortens qui deviennent des lieux de pèlerinage touristique.

Cet imaginaire de la montagne, très bien étudié par J.P. Bozonnet (Monts et mythes : l’imaginaire social de la montagne, 1992), est également renforcé par de nombreux films, récits et bandes dessinées (voir par exemple le récent film Everest de Baltasar Kormákur ou le manga Le Sommet des Dieux de Jirô Taniguchi). Alors que deux tiers des trekkeurs rencontrés par Etienne Jacquemet n’avaient jamais mis les pieds en haute altitude, les pratiques de ces touristes sont fortement influencées par un tel imaginaire : ils se mettent en scène pour des photos ou des vidéos afin d’apparaître eux-mêmes comme des héros, dans une totale logique de distinction sociale.

Le développement touristique du Khumbu relève en partie de l’attrait pour une région hétérotopique. En effet, les grandes caractéristiques des hétérotopies proposées par Michel Foucault se perçoivent dans cette région du Népal ; le Khumbu serait alors un « lieu autre » marqué par diverses discontinuités et difficultés d’accès. Cette région était interdite d’accès aux Occidentaux jusque dans les années 1950, la situation géopolitique du Népal entre l’Inde et la Chine est proche de l’isolationnisme, le petit aéroport de Lukla est une porte d’entrée dangereuse et souvent fermée à cause des intempéries et du vent, des permis de trek sont nécessaires pour entrer dans le Parc national de Sagarmatha, une population supposément autochtone et qui vivrait coupée du monde… autant d’éléments qui contribuent à l’hétérotopie du Khumbu et qui nourrissent l’imaginaire touristique.

Quelle évolution des paysages et des pratiques touristiques ?

En 2016, la région du Khumbu comptait plus de 300 lodges alors qu’ils n’étaient qu’une vingtaine à la fin des années 1970. Ces chiffres reflètent bien l’évolution du nombre de trekkeurs qui est passé de quelques milliers à près de 50 000 ces dernières années. La densification du bâti et la construction de lodges est très visible dans les villages situés sur les itinéraires de trekking, mais un tel développement marque surtout une inversion du système de valeurs associé au foncier. En effet, traditionnellement les espaces propices à l’agriculture et les lieux situés sur les itinéraires caravaniers étaient valorisés, mais aujourd’hui ce sont les terrains qui jouxtent les principaux itinéraires de randonnée et qui bénéficient d’une situation de belvédère qui sont particulièrement prisés. Sous forme de Khumbupoly, Etienne Jacquemet propose ainsi de réinterpréter la géographie du Khumbu à l’aune du célèbre jeu de société où la fortune s’acquiert par des opérations immobilières. Plus prosaïquement, il rappelle que les revenus pour un propriétaire de lodge oscillent entre 7 000 et 40 000 $/an alors que le revenu annuel moyen au Népal est de 1000 $.

Le développement touristique s’exprime aussi par une montée en gamme de l’offre de services. Aujourd’hui le confort des lodges s’aligne sur les standards de l’hôtellerie internationale avec l’apparition de chambres et salles de bain privatives, ou des moyens de télécommunication (Internet, télévisions voire vidéosurveillance). Ces aménagements supposent le développement de nombreuses infrastructures mais ils n’impliquent pas nécessairement des pressions fortes sur la ressource en eau : les enjeux sont davantage d’ordre techniques et socio-économiques dans un contexte concurrentiel entre les propriétaires de lodges appartenant à différentes communautés (sherpa, tamang, raï). Au-delà des services d’hébergement, les Sherpas les plus fortunés investissent dans les agences de trekking et de transport, dans des pubs ou des salons de thé en s’appuyant sur une fine connaissance des modes de consommation occidentaux et mondialisés.

En ce sens, le tourisme serait moins un facteur de pression sur la région du Khumbu qu’un véritable levier de développement économique et social. Etienne Jacquemet observe un basculement d’une hétérotopie de confins s’appuyant sur l’authenticité à une hétérotopie globale où s’intriquent les cultures locales et occidentales, à l’instar du célèbre Yak’Donald’s.

Le rôle des Sherpas dans la transformation du Khumbu 

Le développement touristique du Khumbu n’est pas un hasard et ne saurait s’expliquer par la seule présence de l’Everest. En plus du capital économique qu’ils ont su faire fructifier et réinvestir, les Sherpas ont aussi développé leur capital social en entretenant des contacts en Europe et aux États-Unis, notamment par le biais des touristes et guides occidentaux pour lesquels ils travaillaient dans un premier temps. Ils ont aussi acquis des compétences culturelles et linguistiques, non seulement pour échanger facilement avec les touristes mais aussi pour mieux connaître leurs goûts et leurs modes de pensée afin d’adapter l’offre touristique. Par ailleurs, les Sherpas deviennent eux-mêmes de plus en plus touristes, au Népal ou à l’étranger. Ainsi, dans les bourgs les plus touristiques, un tiers de la population s’est déjà rendue en Occident (pour étudier, travailler, rendre visite à de la famille ou des amis ou simplement pour visiter) et un quart des familles ont au moins un enfant qui vit en Occident (parfois pour étudier dans de prestigieuses universités américaines ou européennes).

Aujourd’hui, alors que les paysans ne représentent qu’à peine 20% de la population du Khumbu, la grande majorité des Sherpas vit du tourisme en étant pleinement consciente des modes de vie et des attentes de la clientèle occidentale. Cela se constate à travers de nombreux produits et services qui mobilisent un ethno-marketing sherpa et sur une identité territoriale forte, tout en étant souvent des productions délocalisées.

En somme, l’évolution des pratiques et des paysages du Khumbu relève d’une forme d’entre-deux, elle n’est ni le parfait reflet de la culture sherpa, ni pleinement issue d’une culture globale. Sur fond de mondialisation et de dialectique local/global, le développement touristique a modifié en profondeur certains territoires et une grande partie de la communauté sherpa. Mais à l’écart des principaux pôles touristiques, il reste une véritable différence en le Yak et le MacDonalds.

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