Snow Therapy (Ruben Östlund, 2015), Bertrand Pleven.
Snow Therapy (force majeure), Ruben Östlund

Snow Therapy (force majeure), Ruben Östlund

Station désintégrée

Anti-panorama

Une station de sport d’hiver dans les Alpes françaises (en fait un aggloméré des Arcs et de la Plagne), l’espace-temps d’une catastrophe… celle de la virilité patriarcale et du couple. Voilà la fraîche idée du réalisateur suédois primé avec Snow Therapy dans la sélection cannoise  Un certain regard. Tout en installant caméra et scénario en haute-altitude, Ruben Östlund s’inscrit en terrain ciné géographique assez bien damé. Dans la veine tragi-comique travaillée par Jacques Tati notamment, son regard cynique se nourrit d’un malaise du lieu, figuré comme contexte inhabitable et matière à rire ou à sourire. On pourrait ainsi, à partir de « Tati, théoricien de l’urbain » établir une généalogie des lieux de la modernité envisagés depuis par les cinéastes comme des lieux de crises existentielles, rappelant de manière plus au moins éloignée celles d’ « Hulot habitant » (1): les suburbs, les aéroports, les parcs d’attraction, les malls (liste non exhaustive) dessinent un récurent aggiornamento du désir géographique au cinéma, une inversion de sens des configurations d’habiter. En travaillant les failles séparant le rêve d’une géographie planifiée, réglée et les problématiques appropriations existentielles, ces dispositifs jouent de l’opposition relevée par Michel de Certeau entre le point de vue surplombant et techniciste (celui des aménageurs) et son inadéquation avec les pratiques d’en «bas » (2).

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La Normandie d’Annie Ernaux, Daniel Oster.

Même si le dernier livre d’Annie Ernaux a pour titre Le vrai lieu (Gallimard, 2014), le lecteur géographe de cet écrivain n’est sans doute pas le mieux placé pour appréhender une œuvre qui, pour l’essentiel, instaure un jeu de regards des classes sociales les unes sur les autres. Pourtant, l’espace joue un rôle important dans cette œuvre qui n’entend pas saisir la particularité d’une expérience mais, au contraire, sa « généralité indicible ».

Après trois livres d’inspiration autobiographique, Annie Ernaux publie en 1984 La place, un récit qui marque une rupture essentielle dans son travail d’écriture. Dans cette œuvre sur le père, l’écrivain jette le masque de l’affabulation romanesque pour partir à la recherche d’une vérité objective, plus précisément pour mettre en évidence les signes d’une réalité familiale. Et pour cela, les lieux et l’espace participent à la compréhension de la quête.

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Syriza, la crise grecque et la géographie, Michel Sivignon.
Un « tag » sur un mur à Volos : « Je n’ai pas de rêve , je vis le moment présent »

Un « tag » sur un mur à Volos : « Je n’ai pas de rêve , je vis le moment présent »

Ainsi donc, la Grèce a vécu le 25 janvier 2015 un dimanche électoral de folie : plus de 800 correspondants de presse du monde entier pour assister à la victoire de la Coordination de la Gauche Radicale, dite en grec Syriza. Attention portée à la Grèce, mais aussi crainte (ou espoir) d’une contagion à l’ensemble de l’Europe.

Les outils classiques du géographe (l’analyse de la différenciation spatiale) sont-ils adaptés et efficaces pour rendre compte de la crise et de la réponse du corps électoral ?

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Une vallée balkanique d’après Jovan Cvijic. Michel Sivignon, Roland Courtot.
Le dessin du géographe n° 53.


jovan-cvijic

Jovan Cvijic (1865-1925) a joué un rôle central dans la géographie serbe puis yougoslave, au début du XX° siècle.

Il avait reçu sa formation géographique à Vienne. Il fut d’abord un spécialiste du karst et en fixa la terminologie : c’est à lui qu’on doit les termes de polje, doline, ouvala. Avant 1912 il parcourut en tous sens les pays serbes et bulgares de la Péninsule des Balkans. En témoigne ici un bas-relief en bronze de sa maison-musée de Belgrade, où il chevauche les montagnes de son pays équipé de rouleaux de cartes. Figure typique du géographe-voyageur du XIX° siècle.

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« Géopolitique du Moyen-Orient », Fabrice Balanche (La Documentation photographique, 2014), Alain Cariou.
Fabrice Balanche, 2014, « Géopolitique du Moyen-Orient » La documentation photographique, n° 8102, La documentation Française, Paris.

Fabrice Balanche, Géopolitique du Moyen-Orient. La documentation photographique, n° 8102, La documentation Française, 2014.

« Vers l’Orient compliqué je volais avec des idées simples ».

Cette citation des mémoires de guerre du général de Gaulle (Mémoires de guerre, L’Appel, 1940-1942) nous rappelle à quel point le Moyen-Orient semble aujourd’hui comme hier une région insaisissable et complexe, terre de convoitises surinvestie de symboles, d’imaginaires et de fantasmes géopolitiques.

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Les racines de l’Europe, de la Grèce aux Lumières : rencontres au Théatre de l’Europe, Claudie Chantre.
L’enlèvement d’Europe (Giulio Romano, fin XVIe siècle, détail, Musée des Beaux-Arts, Lille)

L’enlèvement d’Europe (Giulio Romano, fin XVIe siècle, détail, Musée des Beaux-Arts, Lille)

En ce 13 décembre 2014, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, a lieu la  deuxième rencontre/lecture d’une série de cinq consacrée au thème de l’Europe inspirée. Rencontre animée par Martine Meheut, présidente de « Citoyennes pour l’Europe », en présence de Heinz Wismann, philologue et philosophe, directeur d’études émérite à l’EHESS et Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et essayiste.

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Villes contestées pour une géographie critique de l’urbain : entretien avec Cécile Gintrac et Matthieu Giroud (Les Prairies Ordinaires, 2014), Olivier Milhaud
Villes contestées Pour une géographie critique de l’urbain ouvrage dirigé par Cécile Gintrac et Matthieu Giroud Les Prairies Ordinaires, 2014, 408 p.

Villes contestées. Pour une géographie critique de l’urbain Ouvrage dirigé par Cécile Gintrac et Matthieu Giroud Les Prairies Ordinaires, 2014, 408 p.

Les Cafés Géo rencontrent des auteurs

Cécile Gintrac et Matthieu Giroud, vous avez dirigé un important volume intitulé Villes contestées. Pour une géographie critique de l’urbain, qui déboulonne l’idéologie mainstream de la ville créative, compétitive, globale, écologique, sûre, ou encore multiculturelle. Quels étaient vos objectifs, à la fois scientifiques et politiques (puisque c’est l’une des originalités de l’ouvrage dans la géographie francophone de ne pas découpler les deux aspects), en faisant paraître un livre de 400 pages sur le sujet ?

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« Traversations sud-américaines, vers une géographie du voyage », Simon Estrangin (Ed. Livres du monde, 2014), Michel Sivignon.
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Traversations sud-américaines, vers une géographie du voyage,  Simon Estrangin. Ed. Livres du monde. Collection Mondes ouverts, 2014, 160 p.

« Traversations » est un néologisme inventé par Simon Estrangin, né du mariage de « traversée » et de « conversation ».

Simon Estrangin appartient à notre corporation géographique, mais, ayant pris de la distance avec ses frontières officielles, il va de par le monde, nourri d’une passion de voir, de comprendre, de dessiner et de peindre cette « écriture du monde » que la géographie ambitionne de présenter.

Passion qui lui vient aussi de la fréquentation des grands ancêtres, Elisée Reclus et Alexandre de Humboldt, qui ne furent pas des géographes de cabinet, même si le labeur d’écriture les a longuement retenus à leur table.

Ce livre est donc né d’une passion, passion pour le voyage, passion pour le divers, pour l’autre, pour les rencontres.

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Cabu et les serres d’Auteuil, la mobilisation citoyenne pour sauver les serres, Daniel Oster.
Dessin de Cabu, mai 2012 dessin-cabu-auteuil-03

Dessins de Cabu, mai 2012

Ces trois dessins de Cabu s’inscrivent dans le contexte de mobilisation citoyenne née en 2010 pour sauver les serres d’Auteuil, menacées par le projet d’extension et de modernisation de Roland-Garros soutenue par la Mairie de Paris. En mai 2012, notre ami Jean-Louis Tissier, professeur émérite de géographie à l’Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, membre du Comité de soutien des serres d’Auteuil, s’était chargé de montrer  le site des serres d’Auteuil au dessinateur Cabu, soucieux d’apporter sa contribution à la mobilisation citoyenne.

 

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Timbuktu (Abaderrahmane Sissako, 2014), Bertrand Pleven et Manouk Borzakian.
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Timbuktu (A. Sissako, Mauritanie, 2014)

 

Déformations

Bamako-Tombouctou, l’axe urbain que le cinéaste Abaderrahmane Sissako trace entre son dernier film et celui de 2006 rend visible une terrible trajectoire africaine. Dans Bamako, la cour d’une maison de la capitale malienne devenait l’épicentre d’une résistance. De cet interstice – poreux – entre espace privé et public naissait, souvenons-nous, le théâtre d’un improbable tribunal mettant en accusation Banque mondiale et  FMI dans les drames continentaux, l’espace d’une parole plurielle et ascendante. L’idée et l’idéal donnaient forme à l’espace. Timbuktu dresse une dynamique résolument inverse, une autre géographie de la justice, descendante, issue d’une voix unique. Là-bas et maintenant, l’idée fanatique déforme l’espace en dénouant les liens.

L’arrivée des salafistes, sortant de nulle part ou presque dans le désert malien, est un véritable tremblement de terre, un profond agent de bouleversement des territorialités construites dans le temps long et l’espace profond du Sahel et du Sahara. Cette fameuse « zone grise », A. Sissako la condense depuis son lieu de tournage mauritanien par des  lieux et des figures emblématiques qui laissent assez finement entrevoir – à l’image des trajets de jerrican d’eau – le dense tissu de relations mêlant logiques d’ancrages et de circulations au sein d’un univers cosmopolite. Le tout est capté par une photographie qui élève paradoxalement ces scènes à hauteur de mythes aussi épais que les murs en banco de la ville ou que les dunes de l’erg voisin. Un monde décor de la théâtralité quotidienne que le film envisage justement d’abord de cette manière – comme un paradis en sursis – non exempt bien sûr de conflits d’usages, notamment ceux liés au fleuve, qui opposent éleveurs et pêcheurs. Ces conflits sont certes violents mais restent inscrit dans l’Histoire et de fait encore traités poétiquement par le cinéaste.

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