Ce texte du géographe Amaël Cattaruzza a été lu le 9 novembre 2024 par son auteur lors de l’hommage au géographe Michel Sivignon (1936-2024) organisé à l’Institut de géographie de Paris par l’association Les Cafés géographiques.

Philippe Boulanger au Café de Flore, intervenant du café géo du 21 mars 2023
Ce mardi 21 mars 2023, au Café de Flore, le géographe Philippe Boulanger (PB) tente de répondre à la question : qu’est-ce que la géographie militaire ?
Professeur des universités, l’intervenant de la soirée s’est spécialisé dans la géographie militaire, la géostratégie et la géopolitique depuis de nombreuses années, il enseigne dans différents établissements universitaires et académies militaires. Elisabeth Bonnet-Pineau (EBP) est l’animatrice de ce café géo.
Sous la direction de Nicolas Ginsburger, Marie-Claire Robic, Jean-Louis Tissier. – Collection Territoires en mouvements. Editions de la Sorbonne.2021

Voici un livre bienvenu et qui s’inscrit dans la ligne, inaugurée par Philippe Pinchemel, d’une nécessaire histoire de la géographie de langue française.
Le livre comporte 4 parties :
1. Géographier sous contrainte en zone libre et occupée
2. Près de Vichy ?
3. Hors des frontières : géographes à l’étranger et en exil.
4. Figures de résistants et de victimes
Le titre indique qu’il ne s’agit pas d’une histoire de la géographie, ni dans son orientation scientifique, ni dans ses relations avec les autres sciences sociales.
Il ne s’agit pas non plus, théoriquement du moins, de l’histoire de l’institution au sein de l‘enseignement et de la recherche. Toutefois ce dernier pari est difficile à tenir, parce que les géographes n’existent guère en dehors de leur statut professionnel et que ce dernier est nécessairement évoqué en permanence.
En revanche il s’agit d’un très sérieux travail historique. On rassemble ici des matériaux, soit des textes imprimés mais inégalement connus, soit des archives personnelles, familiales ou institutionnelles, dont la collecte obstinée n’est pas l’élément le moins remarquable de cet ouvrage. On collecte aussi des interviews qui n’ont pas donné lieu à publication, ni même parfois à un texte écrit. Dans cette recherche soulignons le mérite des jeunes historiens qui ont trouvé là un terrain à leur mesure. Et aussi le texte de notre ami D. Wolff sur Albert Demangeon. (suite…)
Ce lundi matin vous serez en vacances et je ne serai pas face à vous pour vous poser la question, devenue rituelle : « Quel élément d’actualité de la semaine écoulée vous a marqué ? Quelle analyse pouvez-vous en proposer à vos camarades ? ». Ce lundi matin un de mes collègues d’Histoire-Géographie ne sera pas penché sur ses copies ou ses livres pour préparer ses cours, il manquera à l’appel. Pour vous et pour lui, en son absence et en son honneur, je poursuivrai l’exercice de la revue de presse, comme toujours, en deux temps.
La célébration des 80 ans du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) constitue une belle occasion d’attirer l’attention d’un large public sur le travail discret mais efficace de la filiale éditoriale de cette institution française. CNRS Éditions constitue la vitrine de la recherche française qui s’apprête à publier, entre août et novembre, les premiers volumes d’une nouvelle collection (Les nouvelles voix de la recherche) dans laquelle des scientifiques de toutes disciplines proposent une synthèse claire et concise de leurs recherches. A titre d’exemple, signalons la parution dès le 29 août du livre de Jean Jouzel, Climats passés, climats futurs. Nul doute que cette centaine de pages du climatologue français rencontrera un succès mérité à l’heure où l’urgence des questions environnementales nécessite une diffusion à grande échelle du savoir scientifique pour étayer les positionnements citoyens.

Nous profitons de cette opportunité éditoriale pour rappeler qu’à côté des sciences « dures » les sciences humaines occupent une large place dans les publications de CNRS Éditions. Et au sein de ce vaste secteur la géographie n’est pas en reste. C’est une réalité qui mérite d’être divulguée, non seulement auprès des lecteurs soucieux de parfaire leur culture géographique (étudiants, enseignants…), mais aussi auprès d’un public plus large intéressé par le rôle de l’espace comme clé de compréhension du monde contemporain.

Armand Frémont lors d’une conférence à la médiathèque de Coutances (Source: Ouest France, 6 octobre 2015)
Armand Frémont, qui vient de nous quitter aura marqué la géographie contemporaine de langue française.
Il fut d’abord et très profondément attaché à sa Normandie natale. Attaché en particulier à la ville du Havre et à ce village de l’Eure, Francheville, où avec Monique, sa femme, ils ont passé beaucoup de temps, ces dernières années.
Sans doute beaucoup de géographes ont-ils eu un parcours similaire qui consiste à suivre une veine régionale : pourquoi ne pas exploiter une connaissance intime d’une société inscrite dans votre terre d’origine et en faire un objet d’étude ? Cette démarche était encouragée par l’orientation de la géographie vers les études régionales, depuis les premiers développements de la géographie scientifique, au XXe siècle.

Jean-François TROIN, Carnets de géographie anecdotique, ce que les géographes ne disent pas, Editions Petra, 2018
Jean-François Troin publie ses carnets de géographie anecdotique.
Il se défend de vouloir de façon déguisée nous offrir ses souvenirs. Son ambition est de mettre au grand jour « ce que les géographes ne disent pas » ou plutôt ce qu’ils n’écrivent pas ou encore ce que parfois ils écrivent mais gardent dans leurs tiroirs.
J.-F. Troin assume le fait d’avoir vidé ses tiroirs. On empile dans les tiroirs le contenu de ses poches. Exactement ce que se gardent de faire les géographes soucieux de bienséance scientifique. Ce faisant il prend un risque, celui de trouver des objets d’intérêt inégal, mais il offre au lecteur la possibilité de choisir, de feuilleter ce livre un peu comme un dictionnaire.
Le propos rejoint ce que nous avait dit Paul Pélissier à Nanterre. Il évoquait les années passées au Sénégal dans l’étude de la vie paysanne. Les expériences acquises sur le terrain de recherche, le temps passé dans les villages sérères aboutissaient à un travail raboté au format académique. Paul Pélissier demandait : « Qu’est-ce qu’on fait avec les copeaux ? » En un sens J.-F. Troin s’efforce de répondre à cette question.
Les « géographies des sexualités ne s’attachent pas à la seule définition d’un nouveau thème de recherche, à savoir la dimension spatiale de la sexualité. Elles s’intéressent à la façon de « faire géographie », aux concepts, démarches et méthodologies utilisés au sein de la discipline et souhaitent contribuer à la redéfinition des pratiques et au renouvellement de la pensée géographique et du changement social. » (Duplan, 2012).[1] L’émergence d’une légitimité scientifique des questions du genre et des sexualités au sein de la géographie française a été tardive, en dépit des apports anglo-saxons à la recherche.
Café Géopolitique du mardi 13 février 2018, Café de la Mairie (51, rue de Bretagne, 75003 Paris). Par Jean Radvanyi, professeur de Géographie de la Russie à l’INALCO, co-directeur du CREE (Centre de recherches Europes-Eurasie). Animé par Michel Sivignon, compte rendu de Selma Mihoubi. Animé par Michel Sivignon, compte rendu de Selma Mihoubi.
Pourquoi faire un parallèle entre Vladimir Poutine et la géographie ? En 2009, le pouvoir organise une OPA sur la Société de Géographie russe, siégeant à Saint-Pétersbourg. Vladimir Poutine, alors Premier Ministre, organise la reprise en main de cette vieille institution : il fait nommer un proche Sergueï Choïgou, alors ministre des situations d’urgence, au poste de Président de la Société russe de géographie. De son côté, le dirigeant russe prend la tête d’un Comité de parrainage composé des principaux oligarques russes. L’État russe redonne vie à cette vieille institution en conférant à la géographie une place enviable dans la mobilisation patriotique de l’opinion et en impulsant de nouveaux projets de recherches et d’expéditions, façon de remettre le territoire au centre de la politique.
La bibliothèque Mazarine vient à la fois de présenter une exposition sur le géographe Albert Demangeon et de publier aux Editions des Cendres les bonnes pages d’un colloque qui vient de se tenir autour d’Albert Demangeon (1872-1940) dit ici « géographe de plein vent ».
On y trouvera matière à utile réflexion sous la plume de Denis Wolff qui a consacré sa thèse à ce géographe, de l’historien Nicolas Ginsburger et de Marie-Claire Robic qui a pris depuis longtemps la relève de Philippe Pinchemel dans l’étude de l’histoire de notre discipline. La présence de deux bibliothécaires, Yann Sordet, directeur de la Mazarine, et Patrick Latour n’est pas étrangère à la très belle qualité graphique de l’ouvrage et à l’excellence de ses illustrations.
On comprend mieux cette qualité des illustrations lorsqu’on parcourt l’exposition dédiée à Demangeon à la Bibliothèque Mazarine. Grâce à la générosité de sa famille et à l’attention de son gendre Perpillou, une masse considérable de documents a permis de constituer un stock d’archives remarquable, dont il est peu d’exemples dans la corporation géographique.
Denis Wolff situe Demangeon à partir de ses origines familiales. Pur produit de l’élitisme républicain, issu d’une modeste famille et formé dans l’école publique d’une petite ville de l’Eure, il réussit à entrer à l’Ecole Normale supérieure, devient agrégé, puis professeur à Lille et à la Sorbonne. L’ENS lui fournit le réseau sur lequel il s’appuiera.
Nicolas Ginsburger élargit le champ en cherchant son orientation idéologique. Le titre de son chapitre est révélateur : « de l’Affaire Dreyfus au danger nazi : un intellectuel vigilant, mais un engagement modéré ». Là encore, sans dissimuler ses opinions, Demangeon reste en retrait. Il devient progressivement dreyfusard, mais pas au point de s’engager.
Marie-Claire Robic cherche la place de Demangeon dans les débats entre géographie, sociologie et histoire. Sans revenir aux détails des diverses polémiques où finalement Demangeon est réticent à s’engager, notre géographe est convaincu de la vanité d’affrontements dont les dés sont biaisés. Il s’agit, pense-t-il, pour les sociologues et historiens de restreindre le territoire de la géographie et de s’emparer de ses dépouilles. Sa défense est de s’adresser à la clientèle en lui disant : « Voyez ce que nous faisons plutôt que ce qu’ils déclarent ».


