L’Afrique du Sud, plus de trois décennies après l’apartheid, avec Alain Dubresson et Philippe Gervais-Lambony.

Professeurs émérites à l’université de Nanterre, Alain Dubresson et Philippe Gervais-Lambony sont les invités de ce Café géographique animé par Denis Wolff pour évoquer l’Afrique du Sud (Café géo de Paris au Flore, mardi 27 janvier 2026).

Alain Dubresson rappelle que c’est en 1991 que l’arsenal juridique de l’apartheid a été démantelé et aboli, c’est-à-dire un an après la libération de Nelson Mandela (11 février 1990) qui devient président le 10 mai 1994. Quelles sont les idées dominantes, les expressions qui caractérisent l’Afrique du Sud ?

De gauche à droite : Alain Dubresson, Denis Wolff, Philippe Gervais-Lambony au Flore. Photo de M. Huvet-Martinet

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L’espace rural : marge politique, cœur territorial, avec Samuel Depraz et Cédric Szabo.

Café géographique de Lyon, Mercredi 11 octobre 2017,  Café La Cloche, Lyon Bellecour.

par Samuel Depraz, maître de conférences en Géographie et Aménagement à l’Université Lyon III. Spécialiste de la géographie des espaces naturels protégés, il travaille aujourd’hui sur les espaces ruraux européens, notamment sur les questions de définition des espaces ruraux et de démocratie locale en milieu rural. Sur cette question des marges, au programme des concours de l’enseignement, il est l’auteur d’un manuel : La France des marges : Géographie des espaces « autres », paru en 2017 aux éditions Armand Colin.

et Cédric Szabo, démographe de formation, directeur de l’Association des maires ruraux de France. Cette association, créée en 1971 et dont le siège se trouve à Lyon, représente les maires des communes de moins de 3 500 habitants en France dans le but de défendre et de promouvoir les enjeux spécifiques de la ruralité. 

Introduction. Définir la ruralité : des problèmes de représentations

La question de la ruralité est épineuse. On observe des distorsions selon que l’on mobilise un certain type de données ou un autre, ce qui rend difficile la question de la définition de la ruralité en France et peut introduire des biais idéologiques. Comparons quelques chiffres.

Cédric Szabo : Il y a autant d’habitants dans les communes de moins de 2 000 habitants que dans les 115 plus grandes villes de France, soit 15,5 millions d’habitants. À l’échelle de la population française, la population rurale n’est donc pas marginale. Les communes de moins de 3 500 habitants représentent 92 % des communes française, ce qui équivaut à un tiers (32,5 %) de la population française. En termes de population, les espaces ruraux ne peuvent donc pas être considérés comme une marge. On constate pourtant que la manière dont ils sont traités est sans proportion avec ce qu’ils représentent en termes de population.

Samuel Depraz : les outils mobilisés par l’AMRF remettent en question la définition des limites du rural. On peut prendre ici les chiffres de l’Insee. D’après cet institut, 82 % de la population est urbaine, ce qui laisse 18 % de ruraux en considérant le seuil de 2 000 habitants agglomérés pour définir l’espace urbain. L’écart est donc énorme avec les chiffres évoqués par Cédric Szabo. Cela interroge les représentations que nous avons de la ruralité, que nous définissons souvent en France par le négatif et en minorant les faits. Ainsi, le seuil de l’Insee des 2 000 habitants agglomérés par unité urbaine remonte à 1954 et pose aujourd’hui clairement la question de sa pertinence. Les fonctions urbaines ont évolué, se sont concentrées au détriment des bourgs. Marvejols, en Lozère, tient bien plus du monde rural que de l’urbain avec ses 4 000 habitants agglomérés ! Prenons d’autres chiffres de l’Insee, par exemple la mesure de l’influence des villes par les mobilités pendulaires (Zonage en Aires Urbaines). Selon ce découpage, 96 % des habitants en France sont sous influence urbaine. Il ne resterait donc que 4 % d’habitants « authentiquement » ruraux, si on veut être provocateur en utilisant ce mot. Mais un tel ratio vide de sens l’utilisation des deux termes ! On est donc bien dans des questions de représentations, voire d’idéologie que l’on projette sur le territoire. À quelles représentations faudrait-il donc se référer ? Celles du bon sens ? Celle des élus ? Des militants ? Ou d’autres encore ?

D’autres définitions scientifiques semblent cependant donner raison aux discours militants favorables à un calcul plus large du rural en France. On peut se pencher sur les analyses de l’Union Européenne (UE), produites dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique Agricole Commune et du soutien au développement rural. Dans les derniers rapports de la Direction générale à l’agriculture, l’UE suit une définition du rural établie en 1992 par l’OCDE et actualisée en 2014 grâce à des méthodes de télédétection qui calculent des densités par grille de 1 km². L’UE propose ainsi une grille de lecture à trois niveaux : des espaces urbains, des espaces intermédiaires (petites villes et périurbain), et des espaces ruraux. Selon cette lecture par densité, la France serait à 38 % rurale (3e catégorie d’espaces prise isolément) quand la moyenne à l’échelle de l’UE est de 29 %.

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« La dimension spatiale des inégalités. Regards croisés des sciences sociales », Isabelle Backouche dir., Fabrice Ripoll dir., Sylvie Tissot dir., Vincent Veschambre dir. (PUR, 2011). Mounir Hammouchi.
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BACKOUCHE Isabelle (dir.), RIPOLL Fabrice (dir.), TISSOT Sylvie (dir.), VESCHAMBRE Vincent (dir.), La dimension spatiale des inégalités. Regards croisés des sciences sociales, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011, 357 p.

Cet ouvrage est issu d’un colloque de l’université de Caen Basse-Normandie datant de novembre 2007 et intitulé « Espaces hérités, espaces enjeux : appropriation – (dé) valorisation – catégorisation ». Ce travail pluridisciplinaire (histoire, géographie, sociologie, anthropologie) trouve son origine dans un séminaire de l’UMR Espaces et sociétés ayant débuté dans les années 2000 sur « l’appropriation de l’espace ». Le titre de l’ouvrage met en avant la dimension pluridisciplinaire et le thème de la recherche : La dimension spatiale des inégalités. Regards croisés des sciences sociales. Il se compose de seize articles divisés en quatre grandes parties pour un ouvrage de 357 pages. Les travaux sont très divers et touchent à plusieurs types de terrains de recherches (la mer, la montagne, l’urbain, la prison, l’industrie) mais aussi à plusieurs régions du monde (Afrique, Europe, Moyen-Orient). Le colloque pose la problématique suivante : « en quoi l’appropriation, la catégorisation, la valorisation, différentielle des espaces jouent-elles un rôle dans la production des inégalités sociales ? ». Les angles d’études portent sur les conflits d’intérêts et d’usages d’espaces divers et la valorisation ou la dévalorisation de ces derniers.

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Faut il chercher la « renaissance africaine » à la ville ou à la campagne ? avec rédéric Giraut, Myriam Houssay-Holzschuch et Roger Navarro.

Grenoble, 10 décembre 2003, Frédéric Giraut, Myriam Houssay-Holzschuch et Roger Navarro, Compte-rendu : Marc Lohez

La vision de l’Afrique fait l’objet de messages contradictoires : d’une part, le profond pessimisme des années 1990, d’autre part le discours sur une « renaissance africaine » initié par Thabo Mbéki, président de l’Afrique du Sud. Trois spécialistes de l’Afrique ont été invités ce soir pour confronter ces discours aux réalités africaines, notamment les conséquences de l’urbanisation actuelle.
Frédéric Giraut (IGA) est un spécialiste des questions de géographie politique : il étudie particulièrement la construction des territoires, avec une entrée urbaine. Il a d’abord fait des recherches sur l’Afrique de l’Ouest puis sur l’Afrique du Nord et aujourd’hui surtout sur l’Afrique du Sud ; ces dernières années, il travaille sur la décentralisation.

Myriam Houssay-Holzschuch (Lyon -ENS LSH) est une spécialiste de l’Afrique du Sud ; ses recherches ont commencé par l’étude de la ville du Cap. Elle a étudié la ségrégation puis la déségrégation et ses limites ; elle travaille aujourd’hui sur les espaces publics (mixité et question de la violence).

Roger Navarro Sociologue-urbaniste, est chercheur au laboratoire «Territoires» (UJF/UPMF) ; il se revendique d’abord comme un africaniste. Il a vécu et étudié au Sénégal (Dakar) puis en Côte d’Ivoire. Il est l’auteur de : Côte d’Ivoire, le culte du blanc, les territoires culturels et leurs frontières paru chez l’Harmattan en mai 2003.

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