Géographie et littérature, avec Emmanuelle Loyer et Jean-Louis Tissier.

Daniel Oster, Emmanuelle Loyer, Jean-Louis Tissier (Photo de Denis Wolff)

Pour traiter ce vaste sujet, « Géographie et littérature », nous avons reçu au Café de Flore ce mardi 29 avril une historienne, Emmanuelle Loyer, spécialiste d’histoire culturelle à Sciences Po Paris, et un géographe, Jean-Louis Tissier, professeur émérite à Paris1 Panthéon-Sorbonne, qui a notamment beaucoup travaillé sur l’œuvre littéraire de Julien Gracq. Ce Café a porté plus particulièrement sur L’impitoyable aujourd’hui, essai écrit par E. Loyer pendant le confinement. (suite…)

Constantin Paoustovski ((1892-1968), arpenteur et reporter de la Russie (soviétique ?),

Constantin Paoutovski. La tanche d’or. Ed. de l’aube, 2018. https://editionsdelaube.fr/catalogue_de_livres/la-tanche-dor/

Une traversée de l’espace-temps soviétique par un romancier qui rêvait d’un ouvrage purement géographique 

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Patrick Modiano et Pierre Le-Tan, chrono-topographes des marges

Le texte qui suit résulte du rapprochement suscité par la lecture successive de deux ouvrages : Paris de ma jeunesse de P. Le-Tan, constitué de 28 textes courts (une à trois pages) chacun référé à un lieu parisien, écrit en 1988, réédité et complété en 2019 – très peu de temps avant la mort de l’auteur – préfacé par P. Modiano, et Memory Lane, court texte (une soixantaine de pages) écrit par celui-ci et illustré par celui-là en 1981 ; ce texte, quoique moins connu que d’autres romans de P. Modiano, cristallise les thèmes qui font sa singularité, sa tonalité. Si Patrick Modiano a accédé depuis longtemps a une grande notoriété littéraire et publique (Goncourt en 1978, Nobel en 2014), Pierre Le-Tan est moins connu, bien qu’illustrateur de nombreuses éditions littéraires, concepteur de publicités pour de grandes enseignes. Il est aussi un ami et complice précoce de P. Modiano, notamment dans le petit ouvrage dont il sera question ici, Memory Lane, dès 1981.

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Les maîtres du « polar géographique » : la série des Yeruldelgger de Ian Mannok.

Tout le monde connaît les « polars historiques », de Jean-François Parrot (Nicolas Le Floch), Ellis Peters (Frère Cadfael), Van Gulik (le juge Ti) ou I.J. Parker (Sugawara Akitada), mais il existe aussi des polars géographiques. J’ai ainsi visité l’Ecosse en suivant les indications de Ian Rankin, découvert la face cachée de Venise grâce à Donna Leon, suivi à la trace Maigret dans Paris et la liste est loin d’être exhaustive. Analyse de Françoise Dieterich.

Je viens de découvrir, sur le conseil du documentaliste de mon lycée, les trois ouvrages de Ian Manook (pseudo de Patrick Manoukian) qui ont pour cadre la Mongolie. Le talent de l’auteur est de nous plonger dès les premières pages dans une ambiance prenante, dans laquelle on s’immerge très vite malgré l’étrangeté des situations tant les descriptions sont précises et concrètes. Le premier opus met en vedette un inspecteur de police : Yeruldelgger, un vieux de la vieille dont on découvre vite la profondeur et la droiture.

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Géographie et littérature (2/2).

Une première version de ce dossier a été mise en ligne le 9 février 2013. Nous remettons en ligne ce dossier suite à la mise à jour de notre site, les articles cités en références étant à nouveau disponibles. Cette seconde version du second dossier sur « Géographie et littérature » (après un premier dossier consacré à l’œuvre de Julien Gracq), a été actualisée consciencieusement avec les liens vers les articles tels que republiés sur le nouveau site des Cafés géographiques. Le complément bibliographique n’a pas été retouché et est republié tel que lors de sa première parution.

Après le dossier sur « Julien Gracq et la géographie » et comme « lancement » de la nouvelle rubrique « Littérature » des Cafés géographiques, voici le deuxième volet consacré aux liens entre « Géographie et littérature ». La rencontre de la géographie et de la littérature par les écrivains-géographes (Julien Gracq, Lucien Gachon, Michel Bussi, etc.), mais aussi par l’ensemble des écrivains, se poursuit dans ce dossier par d’autres récits, de Jules Verne à Simenon, des spatialités du vin dans la littérature au paysage-outil des écrivains et/ou géographes, de la géopoétique à la bande dessinée et au manga. De la géographie de la « consommation » des livres comme produits culturels à l’analyse de la géographie imaginaire dans les récits (en mots ou en dessins), les liens entre géographie et littérature sont décryptés par les géographes comme révélateurs des liens entre géographie et imaginaire, entre espaces de vie et espaces représentés et/ou fantasmés. Les métaphores de l’amour ou de la haine de tel ou tel espace (urbaphobie pour les uns, urbaphilie pour les autres ; attirance pour la forêt-écran pour les uns, peur de la forêt-danger pour les autres ; le désert entre espace de brutalité, espace-refuge et espace de l’espoir ; etc.), les espaces du récit traduisent, par leurs descriptions poétiques, des pratiques, des représentations et des imaginaires spatiaux. « Parce que le moindre lieu, manie de géographe, est porteur de sens »1.

L’imaginaire de l’île au trésor Source : Frédéric Durand et Marie Redon, « Qu’est-ce qu’une île aujourd’hui ? », Cafés géographiques, rubrique Des Cafés, compte rendu du café géographique du 25 avril 2007, 25 avril 2007.

L’imaginaire de l’île au trésor
Source : Frédéric Durand et Marie Redon, « Qu’est-ce qu’une île aujourd’hui ? », Cafés géographiques, rubrique Des Cafés, compte rendu du café géographique du 25 avril 2007, 25 avril 2007.

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La province russe et les écrivains

Les 5 et 6 février 2016, a eu lieu la septième édition des journées européennes du Livre russe sur le thème de « la province. » Les tables rondes, les rencontres avec les auteurs, le salon du livre se sont déroulés à la mairie du Vème arrondissement ou au lycée Henri IV. D’autres lieux y étaient associés comme le CRSC, la BULAC, le Studio-Théâtre de Charenton, la bibliothèque Tourgueniev et le cinéma Le Grand Action. Ce fut l’occasion de parcourir la province russe en compagnie de nombreux écrivains russes et russophones mais aussi avec des écrivains français dont les œuvres se déroulent en Russie ou y sont rattachés. Par « province », il semble que l’on entende ici la nature, la campagne, les étendues immenses mais ce n’est pas sûr. De quoi interpeller l’auditeur géographe ! Le fil conducteur a été celui d’une littérature qui, des grands écrivains russes du XIXème siècle à aujourd‘hui sans oublier ceux de la période soviétique, a exploré ces thèmes. Ces journées ont aussi été l’occasion d’aller à la rencontre de la littérature des peuples autochtones de Sibérie.

Claudie Chantre

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Géographie et littérature (1/2) : Julien Gracq et la géographie

Une première version de ce dossier a été mise en ligne le 24 janvier 2013. Suite à la panne du site, les liens étaient morts et le travail de republication a nécessité un long travail. Voici donc une seconde version – actualisée – du premier dossier sur « Géographie et littérature » concernant l’œuvre majeure de Julien Gracq, avec les liens vers les articles tels que republiés sur le nouveau site des Cafés géographiques.

Pour le lancement de la rubrique « Littérature » des Cafés géographiques, Daniel Oster a consacré les quatre premiers textes à l’œuvre de Julien Gracq, dont la littérature est empreinte de géographie. Comment ne pas commencer cette série de dossiers « Géographie et littérature » avec l’évocation des textes sur Julien Gracq ? Que ce soit dans le Rivage des Syrtes (qu’Yves Lacoste qualifie de « roman géopolitique »), dans La forme des villes ou encore dans Un Balcon en forêt, Louis Poirier (professeur d’histoire- géographie) inspire Julien Gracq (son pseudonyme) : « un écrivain-géographe puise dans sa culture géographique pour nourrir son œuvre »[1]. Et la culture géographique de Julien Gracq (de son vrai nom Louis Poirier) est celle d’un professeur de géographie, particulièrement attentif aux paysages. Les lignes de Julien Gracq « ne peuvent laisser un géographe indifférent. Au détour d’une page, au moment où, la description se fait habituellement plus lâche, plus distante, car en tant que géographes, nous sommes souvent gênés par la rencontre du paysage et de la littérature, soudain nous reconnaissons des mots, une démarche, des attitudes »[2].

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En descendant les fleuves russes
La Lena près de Iakoutsk

La Lena près de Iakoutsk

Ils s’y sont mis à deux pour écrire les carnets d’un voyage qu’ils ont fait ensemble en 2010 dans les contrées lointaines et largement ignorées de l’Extrême-Orient russe1. Deux auteurs, deux photographes, deux mains, mais une seule voix dont on ne sait pas trop qui elle est en vérité, tellement nos deux écrivains-voyageurs, Eric Faye et Christian Garcin, ont réussi leur entreprise fusionnelle qui permet au lecteur de descendre ces fleuves en solitaire.

Un voyage dans l’Extrême-Orient russe ? C’est vite dit car la distinction avec la Sibérie n’est pas toujours très claire comme le suggère le nom « Transsibérien » du train qui arrive à Vladivostok. Vue d’Europe occidentale, on croit le savoir depuis longtemps, la Russie comprend une partie européenne jusqu’aux monts Oural et, au-delà vers l’Est, il y a l’immense Sibérie qui s’étend jusqu’à l’océan Pacifique. En fait, l’organisation administrative russe considère que la Lena forme la limite orientale de la Sibérie tandis que l’Extrême-Orient regroupe toute la partie est du continent eurasiatique, entre Iakoutie et Kamtchatka.

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L’identité européenne : quête incessante d’un horizon.

Pour célébrer les multiples visages de l’Europe, des personnalités issues du monde politique et du monde des arts dialoguent librement sur les origines du projet européen, de la Grèce aux Lumières, cette Europe enlevée, berceau du roman, lieu de liberté et tranquillité où les femmes tiennent une place singulière. L’Europe, un horizon qui reste à conquérir.

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En partenariat avec « Initiatives pour une Europe plurilingue »
et « Citoyennes pour l’Europe ». Sous le patronage de la Représentation en France de la Commission européenne.

En ce 28 mars 2015, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, a lieu la dernière rencontre du cycle l’Europe inspirée sur le thème de l’identité européenne.

Rencontre animée par Martine Méheut,  présidente de « Citoyennes pour l’Europe » en présence de Julia Kristeva et d’Enrico Letta.

Julia Kristeva, animée d’un grand désir d’Europe, est philosophe, philologue, psychanalyste, écrivain, professeur émérite de l’Université Paris VII-Denis Diderot. Enrico Lettra,  européen engagé, a été ministre des affaires européennes, député au Parlement européen, Président du conseil des ministres italien. Il est actuellement professeur invité à l’Institut des études politiques de Paris.

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Telegraph Road ou la désillusion du mythe américain de la conquête.

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Dire Straits, l’Amérique et la géographie ont un point commun : ils s’abreuvent de mythes, et la chanson Telegraph Road composée par Mark Knopfler en relate un fort bien connu, celui de la conquête de l’Ouest américain, du domptage de ses étendues sauvages par l’homme et la « civilisation ». Cependant l’artiste poursuit ici le mythe de façon chronologique pour l’amener à celui plus récent du rêve devenu cauchemar, de la prospérité devenue crise et hyperlibéralisme, celui des villes que le progrès a laissé derrière lui et dont Detroit reste certainement le plus grand symbole.

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