Qu’est ce qu’un lieu saint ?

 L’expression ‘lieu saint » pose la question de la relation entre une notion géographique (la localisation) et une notion religieuse (la sainteté).

Extra-terrestre, le divin échappe par principe à la géographie : il n’a pas de lieu ; mais toutes les religions et les mythologies ont, ou ont eu, sur terre, leurs lieux saints ou leurs sites sacrés. En amont de cette distinction qu’il faudra expliciter, s’impose une question fondatrice : d’où procède cette nécessaire territorialisation du divin ?

      Ces lieux, parfois communs à plusieurs divinités, ont-ils partout le même statut ? Selon les religions, les mythologies et les époques, les multiples modalités de la territorialisation du divin impliquent des rapports différenciés de l’homme au monde.

La territorialisation du divin

Le lieu saint comme interface entre le divin et l’humain

Les mots saint et sacré ont de fait une signification commune. Le mot saint est traduit de l’hébreu (quados) par hieros en grec, dans la Bible des Septantes (II° s. av. J.C.). Les deux mots ont la même étymologie latine (sancire): ce qui est séparé, délimité, circonscrit, voire interdit (on se déchausse à l’entrée d’un mosquée, Moïse retire une sandale devant le buisson ardent), intouchable (Ouzza est terrassé pour avoir touché à l’Arche d’alliance, Zeus foudroie Sémélé qui le regarde), inviolable (l’église de la Nativité est le refuge ultime des Palestiniens), et même invisible (l’image est au cœur des querelles théologiques). Ce sont là des valeurs éminentes propres au divin, qui le mettent à part de l’homme.

Mais, selon que l’on est croyant ou non, l’homme est créature du divin, ou, à l’inverse,  secrète celui-ci : le divin suppose l’homme qu’il a créé ou qui l’a créé. Quel que soit le sens de la relation entre le divin et l’humain, il y a relation : ce qui est séparé de l’homme est aussi lié à lui, et la religion relie les hommes au divin (religare) autant qu’elle les rassemble entre eux (religere). Le lieu saint est peut-être la manifestation terrestre de ce passage, de cette interface entre le clos et l’ouvert, l’interdit et l’accessible, le divin et l’humain, le lieu d’altérité par excellence.

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Qu’est-ce qu’un Chinois ?

Saint-Dié, Bar de l’Hôtel de France, 4 octobre 2007

Introduction de Pierre Gentelle

Si j’ai proposé un tel sujet pour la réunion de ce soir, ce n’est pas pour parler des Chinois en tant que chinois. C’est pour que nous nous en servions d’exemple, de manière à tester ensemble notre position personnelle sur la grande question de l’identité. Qui suis-je, vais-je ? Qui associé à , cela sent furieusement la géographie. Montesquieu avait déjà posé la bonne question : « mais comment peut-on être persan ? ». Ce qui ne l’empêchait pas, dans ses Lettres persanes, de prendre comme protagoniste principal son cher Ouzbek qui, comme son nom l’indique, est un Turc. Aujourd’hui, la question de l’identité fait débat en France. Je voudrais donc apporter dans le débat, au passage, un regard porté par un non-chinois sur un pays lointain, la Chine, à partir d’une attitude la plus neutre, la plus « scientifique » possible, au sens des sciences humaines, ce qui signifie que nul ne peut s’y affranchir de sa subjectivité.

Dans le territoire de la Chine, cet empire aux dimensions maximales et à la population maximale, il y a trois sortes principales d’habitants : ceux de la capitale et de tout ce qui fait capitale, ceux des « pays » peuplés par ceux qui acceptent d’être appelés aujourd’hui les Han, ceux enfin de la périphérie qui constituent le reste, l’équivalent – mutatis mutandis – des colonies françaises pour la France.

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Quel avenir pour les Balkans ? Avec Michel Sivignon, Amaël Cattaruzza, Mirjana Morokvasic.

Compte-rendu du Café géopolitique du 1er février 2007, Présenté par Sonia Jedidi, , Avec Michel SIVIGNON, Professeur émérite de Géographie, Université Paris X, Amaël CATTARUZZA, Docteur en Géographie, Université Paris IV, Mirjana MOROKVASIC, Directrice de recherche au CNRS. Compte rendu de Delphine Lost.

Le Café Géopolitique qui se déroule ce soir a été préparé en collaboration avec la revue Questions internationales n°23 consacré au thème « Les Balkans et l’Europe ». En introduisant le Café, Sonia Jedidi nous rappelle l’actualité de cette problématique à l’heure où le statut du Kosovo est toujours en suspens.

Pour tenter de répondre à la question « Quel avenir pour les Balkans ? », nos trois intervenants brossent un tableau des enjeux géopolitiques des Balkans. Notre premier intervenant, Michel Sivignon, professeur émérite de géographie à l’Université Paris X, nous invite à observer les pays qui attendent en file d’attente aux portes de l’Union Européenne puis s’attache aux représentations des Européens sur cette région marquée par la guerre. Amaël Cattaruzza, docteur en géographie de l’Université Paris IV, souligne l’ambiguïté de la relation entre l’Union Européenne et les Balkans occidentaux ainsi que ses conséquences sur l’enthousiasme des populations locales. Finalement, Mirjana Morokvasic, directrice de recherches au CNRS, rappelle le sort tragique des réfugiés de l’ex-Yougoslavie et nous expose l’ampleur et  les conséquences de ces déplacements.

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Que reste-t-il de l’apartheid ? Par Christophe Sohn.

Café géographique de Strasbourg, 15 novembre 2006, animé par Christophe Sohn, chercheur au Centre d’Etudes de Populations, de Pauvreté et de Politiques Socio-Economiques (CEPS Luxembourg). Compte rendu de Colette Schauber

La question est vaste, et pour l’appréhender, j’ai choisi de présenter les logiques et les processus à l’oeuvre, plutôt que de dresser un inventaire de l’état actuel de la société post-apartheid et de ses espaces.

En fait, la question qui sous-tend ce sujet a trait au rapport entre permanence et changement. En apparence, c’est une question assez simple puisque les termes du couple semblent bien définis. En réalité, l’affaire est plus complexe, notamment parce qu’il s’agit de la mutation d’un système social. On sait pertinemment que les structures du réel, les règles et les normes qui gouvernent l’action des acteurs sociaux et les représentations collectives évoluent selon des temporalités différentes.

Pourquoi se focaliser sur les villes ? Tout d’abord parce que les villes sont le lieu où la politique d’apartheid s’est traduit de la manière la plus forte, mais aussi parce que c’est en ville que les mutations contemporaines sont les plus significatives.

Avant de passer dans le vif du sujet, quelques remarques liminaires apparaissent nécessaires.

  1. Il faut d’abord revenir rapidement sur la notion d’apartheid et définir ses principes, la manière dont cela a été appliqué en Afrique du Sud et en Namibie.
  2. Il faut également rappeler quelques grandes dates, situer l’apartheid dans son contexte historique.

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Jules Verne et l’Amérique, avec Joëlle Dusseau.

Maison du XXIe siècle (St-Dié), 30 septembre 2006, compte rendu : Françoise Dieterich

La géographie est omniprésente dans l’œuvre de Jules Verne. Membre de la Société de Géographie de Paris fondée en 182, il s’était abonné au Bulletin et s’est inspiré dans ses romans des informations contenues dans cette publication. Il est considéré comme un géographe à part entière dont les connaissances et le talent ont été révélés par exemple dans le célébrissime 5 semaines en ballon et est depuis longtemps rentré dans la légende comme créateur d’un genre romanesque  » le roman géographique  » Son intérêt pour la géographie s’est porté fréquemment sur le Nouveau monde qui l’a fasciné. En effet, la grande République américaine : les Etats-Unis, le Canada, les mondes polaires ont été le cadre de nombre de ses publications.

Les régions polaires sont plusieurs fois mises en scène, par exemple dans Le pays des fourrures publié en 1871 qui témoigne de l’intérêt que portent les Européens au Grand Nord et au monde des  » factoreries « .Des employés de la compagnie de la Baie d’Hudson, chargés de créer un nouvel établissement, voient leur nouveau fort dériver sur la banquise après un violent séisme qui les condamne à une longue errance.

Si Jules Verne admire la Grande-Bretagne, il reste critique vis-à-vis des Anglais et n’hésite pas à exprimer sa pensée profonde. Un de ses rares romans historiques Famille Sans Nom a pour cadre la révolte d’une partie du Canada en 1837 contre la domination anglaise. Il présente cette histoire comme un épisode tragique, une histoire très triste dans un monde lointain.

Jules Verne s’intéresse aussi à l’Amérique du Sud. Les enfants du capitaine Grant est en fait le premier tour du monde qu’il imagine et qui mène les héros jusqu’en Patagonie. Peu après, il publie La Jangada dont le sous-titre Huit cent lieues sur l’Amazone est explicite. Le superbe Orénoque relance la controverse de l’époque quand à l’endroit où se trouve les sources du grand fleuve.

Mais la majeure partie de l’œuvre de Jules Verne consacrée au continent américain, tant en nombre de romans que de personnages, a cependant pour cadre les Etats-Unis qu’il appelle simplement Amérique et dont il donne une image très moderne.

La présence des  » Yankees « , c’est-à-dire des  » Américains du Nord  » est essentielle dans la société vernienne [1]. C’est la deuxième nation la plus fréquemment citée après l’Angleterre, les deux ensembles rassemblant plus de la moitié des personnages verniens, avant les Français.

Certains thèmes sont récurrents dans l’analyse que fait Verne du monde américain.

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Le FIG hors les murs, le FIG dans les cafés

Le FIG hors les murs, le FIG dans les cafés
Vendredi 30 Septembre 2005 – 18 H – Salle Mélusine (Salon de la Gastronomie)

      Trois idées-force pour introduire une réflexion sur les rapports entre le Festival International de Géographie, qui les a fondés, et les Cafés géographiques, qui depuis huit ans sont le prolongement du FIG hors les murs de Saint-Dié, en France et en pays francophones.

1. LE RESEAU

  • Le FIG a mis « le monde géographique en réseau » : géographes confirmés, débutants et amateurs, venus de France, d’un pays invité et d’autres pays s’y donnent rendez-vous depuis 1992. Elus, journalistes, associations, personnalités de toutes les disciplines mettent à leur tour ce réseau de géographes en connexion avec la société.
  • Les cafés géographiques sont les « lieux visibles » du FIG hors les murs : nés à St-Dié en 1997, ils sont lancés à Paris par Gilles Fumey en 1998, puis à Toulouse et à Lyon en 1999, ils existent maintenant dans 15 villes en France et deux à l’étranger (Bruxelles et Québec), formant ainsi un réseau francophone essentiellement national.
  • Chaque café géographique tisse des « liens invisibles », à l’échelle locale mais aussi nationale, avec l’Université, les chercheurs et les étudiants de toutes disciplines, les médias, le milieu associatif, les institutions administratives, les entreprises publiques ou privées, les élus, les autres cafés (philo, sciences, etc.) et surtout un public fidèle.

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Jules Verne et son amour de la géographie

Café du Palais, 1er mars 2005, Cafés animé par Rogger Bozzetto, Professeur de littérature comparée à l’université de Provence. Compte rendu Roger Bozzetto

Comme il s’agit du centenaire de son décès, de nombreuses manifestations, commémorations ont lieu. Europe consacre un numéro en janvier, il y a eu un colloque à Cerisy en Août, il y en a un en octobre à Amiens, et les Utopiales de Nantes en Novembre prochain. Sans compter les articles des journaux, des magazines- spécial Télérama de février, Le Monde 2 de fin février, Le Point etc sans parler d’émissions de télé et de radio. Et sans oublier un renouveau bibliographique important. On pourrait penser que c’est beaucoup pour un auteur qualifié souvent « d’auteur pour la jeunesse », publié dans l’ ancienne « bibliothèque verte » . C’est oublier que ses ouvrages se vendent toujours avec des préfaces nouvelles, qu’il a été discuté et analysé par Michel Foucault, Michel Butor, Michel Serres, Simone Vierne ; qu’il a été admiré comme écrivain par Raymond Roussel et bien d’autres depuis, et qu’il est l’auteur français le plus traduit dans le monde.

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Le Café géo sur l’Agora d’Argalasti (Grèce)

Café géo hors les murs dans la petite bourgade d’Argalasti, Septembre  2001, animé par Michel Sivigon. Compte-rendu de Jean Renard.

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Dans le cadre des cafés géographiques « délocalisés », type de ceux de Saint-Dié, je signale à tous la tenue d’un café géo hors les murs dans la petite bourgade d’Argalasti, dans le Pilion près de Volos, en Thessalie, à l’occasion de l’étude de terrain annuelle de la commission de géographie rurale du CNFG.
Notre collègue Michel Sivignon a animé ce café sur la terrasse du principal établissement, à l’ombre de platanes centenaires, en compagnie du démarque (maire) de la commune, dont notre collègue est citoyen d’honneur en tant que résident secondaire.
Cette commune, très riche au XVIIIème siècle du fait des productions fruitières (olive, figue, pomme, poire, amande, vigne) a connu une émigration précoce vers l’Amérique. Le pays a été libéré dès 1881 de la domination turque.
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Croquer la pomme ou la table des peintres

Retrouvez le compte rendu complet et ses illustrations au format PDF :
 Croquer la pomme.pdf

La mondialisation du Père Noël
Présentation du café géographique « La mondialisation du Père Noël » avec Marc Lohez, à Mulhouse, le 17 décembre 2003.

Noël, et le personnage mythique qui lui est associé depuis peu ne sont pas seulement les résultats d’une histoire culturelle. Noël est le produit de glissements dans l’espace de la fête et de ses figures : tout d’abord le basculement initial de l’est du bassin méditerranéen vers l’Europe de l’Ouest et du Nord, ensuite, une traversée de la Manche et deux traversées de l’Atlantique, des « migrations » profondément liées aux courants commerciaux des époques concernées.

Les espaces fondateurs de Noël ont souvent les même caractéristiques : plutôt riches, ouverts sur d’autres espaces mondiaux et capables d’innover. Noël ne se pare du manteau des traditions que pour mieux cacher ses modernisations. Le cas de la Finlande, qui sera particulièrement étudié lors du café de Mulhouse le prouve : le petit pays nordique a pu « kidnapper » le Père Noel en se fondant sur ses propres traditions et en profite aujourd’hui pour organiser un actif tourisme international de Noël, de la capitale à la lointaine Laponie. Le père Noel est donc l’un des symboles de la mondialisation, ce qui ne retire rien à la dimension culturelle ou spirituelle de Noël : il est l’héritier d’une culture marchande que l’on ne peut séparer de sa dimension religieuse.

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