Le blanc des cartes : quand le vide s’éclaire. Intervention de Matthieu Noucher.

Cafés géographiques de Montpellier, 24 novembre 2024, compte rendu de Sarah Traoré.

Le « blanc des cartes », loin d’être un simple vide, se révèle être un outil puissant, tantôt de protestation, tantôt d’omission stratégique. À travers divers exemples et en s’appuyant sur l’ouvrage qu’il a publié avec Sylvain Genevois (Université de La Réunion) et Xemartin Laborde (journal Le Monde) aux éditions Autrement, Matthieu Noucher a démontré comment ces zones peuvent simultanément dissimuler et éclairer des enjeux locaux et globaux. Dans un contexte marqué par une saturation d’informations, ces « fuites cartographiques » ne se contentent pas de refléter les dynamiques sociales, politiques et environnementales : elles les modèlent et les instrumentalisent, tout en s’affirmant parfois aussi comme une forme de résistance et de contestation.

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Une géographie subjective des Balkans. Skopje (Macédoine du Nord). Daniel Oster.
Le dessin du géographe n°98.

La géographie contemporaine (fin XXe siècle, XXIe siècle) emprunte de nouvelles voies pour représenter le monde qui nous entoure, un monde devenu particulièrement complexe avec l’accélération du processus de mondialisation. Parmi ces nouvelles voies, citons par exemple la géographie « engagée » qui se veut à l’écoute des populations, autrement dit une science appliquée et participative selon le géographe Antoine Bailly https://metropolitiques.eu/Pour-une-geographie-engagee-a-l-ecoute-des-populations.htm

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Géopolitique du cyberespace russophone, par Kévin Limonier.

Kévin Limonier au Café de Flore lors du café géo du 31 janvier 2023

C’est devant une audience nombreuse et curieuse d’aborder un nouveau champ d’étude de la géographie que Kévin Limonier est intervenu au café de Flore le 30 janvier 2023. Kévin Limonier, maître de conférences en géographie et en études slaves à l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris 8) est également directeur adjoint de GEODE (Géopolitique de la dataspère), centre de recherches disciplinaires qui est l’un des deux Centres d’Excellence choisis en 2020 par le Ministère des Armées afin de promouvoir la relève stratégique de la France. Compte rendu de Micheline Huvet-Martinet,

Quels sont les enjeux géopolitiques de la révolution numérique ? En quoi le cyberespace est-il un objet géographique et géopolitique ? Est-il possible de le cartographier ? Comment ? Ce sont les questions qui ont été abordées à travers l’exemple du cyberespace russe et russophone.

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Le corps, la ville, la carte …. Une expérience de dessin « poly-sensoriel » au FIG 2021 de St-Dié-des-Vosges.
Le dessin du géographe n°87.

Remarque introductive du Dessin du Géographe 
Cet article a été retenu car on peut le classer dans la catégorie des « cartes mentales », auxquelles notre page web s’est déjà intéressée (voir le dessin n°57). Il s’agit du compte rendu d’un exercice de terrain, un TP destiné à tester une méthodologie et une taxonomie en cours de mise au point : une ‘analyse des informations reçues par les sens du chercheur au long d’un parcours géographique, urbain en l’occurrence (dans la ville de Saint-Dié-des-Vosges). Sa traduction graphique repose sur une taxonomie et une légende détaillées qui en font un type de dessin nouveau pour notre publication numérique et intéressant pour le rapport sensible qui s’établit entre le chercheur et  l’espace parcouru. Au plan du dessin,  l’accumulation des notations sur un fond de carte demande un apprentissage de la légende et court le risque d’une lisibilité difficile dans la superposition des figurés. Il reste ensuite à interroger les formes et les logiques de l’organisation de l’espace qui sous-tendent et produisent ces impressions, afin de comprendre (à cette grande échelle) l’espace vécu tel que défini et analysé par Armand Frémont (à l’échelle de la région). 

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200e anniversaire de la Révolution grecque du 25 mars 1821. Les aquarelles et dessins du capitaine Peytier. Michel Sivignon
Le dessin du géographe n° 85.

Eugène Peytier cartographe

Eugène Peytier est un polytechnicien de la promotion 1811. Il entre en 1813 dans le Dépôt de la Guerre et de la Géographie au sein duquel figure le Corps des Ingénieurs géographes militaires créé en 1809. Il effectue un premier travail dans les Pyrénées en 1825 où il œuvre à la triangulation destinée à la Carte d’État-Major de la France au 1:80.000 en cours d’exécution depuis 1817.

Il est recruté par Jean Capodistria gouverneur de la Grèce indépendante lors d’une visite de ce dernier à Paris en 1827. Capodistria, formé par son expérience ministérielle en Russie, veut donner à l’État Grec des bases solides. Il confie à Peytier la confection d’une carte topographique précise du Péloponnèse, du plan de plusieurs villes dont Tripoli et Corinthe, ainsi que le relevé des fortifications héritées des Vénitiens et des Turcs. Peytier, accompagné de deux autres officiers cartographes doit aussi former de jeunes officiers grecs au travail cartographique scientifique.
Peytier est rattaché, au sein d’une brigade topographique, à l’expédition scientifique de Morée qui débarque en 1829 après la victoire navale de Navarin, où la flotte franco-anglo-russe détruit la flotte turco-égyptienne.

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« Atlas des mondes urbains », Eric Verdeil, et al. (Les presses Sciences Po, 2020), Maryse Verfaillie.

Cet atlas est l’œuvre du géographe Eric Verdeil, et de L’Atelier de cartographie de Sciences Po. Eric Verfeil est professeur des universités, chercheur au CERI (Centre de recherches internationales), et il enseigne à l’École   urbaine de Sciences Po, où il est responsable scientifique du master Stratégies territoriales et urbaines.

L’Atelier de cartographie réunit Thomas Ansart, Benoît Martin, Patrice Mitrano et Antoine Rio. Ils accompagnent, avec leur création graphique, les enseignants, les étudiants et les chercheurs. Cet ouvrage est paru en octobre 2020, aux presses de la Fondation nationale des sciences politiques. L’éditeur souligne qu’il a été imprimé en France, sur du très beau papier d’ailleurs, issu d’une gestion forestière durable et avec des encres végétales.

Dans un monde qui fascine autant qu’il inquiète, on peut tout remettre en cause, mais les solutions pour un avenir urbain moins destructeur de l’environnement ou socialement moins inégalitaire restent limitées. Merci à Eric et à l’Atelier de Sciences Po de nous proposer leurs réflexions.

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Une géographe au Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges (édition 2020), compte rendu de Maryse Verfaillie.

La ville de Saint-Dié-des -Vosges pendant le FIG. https://www.fig.saint-die-des-vosges.fr/

En cette année de pandémie un certain nombre d’évènements ont été purement et simplement annulés. Mais le FIG de Saint-Dié-des-Vosges a fait de la résistance et mérite un grand coup de chapeau !

Certes, sur les deux thèmes prévus, un seul a survécu, le pays invité (le Portugal) ayant disparu de l’affiche. Au départ, la thématique de cette 31ème édition est consacrée au(x) climat(s). A l’arrivée, la Covid-19 s’est largement invitée dans le débat.

Les cieux étaient maussades, mais cela n’a pas dissuadé les intervenants de maintenir leur venue dans les Vosges et de faire des prestations souvent de grande qualité. Ci-dessous sont résumées les interventions que j’ai pu suivre à titre personnel.

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« Quand les artistes dessinaient les carte » – Exposition des Archives Nationales. Michel Sivignon.

Les Archives Nationales présentent à l’Hôtel de Soubise jusqu’au 6 janvier 2020 une remarquable exposition intitulée « Quand les Artistes dessinaient les cartes ». Le tout grâce à la passion visible des deux commissaires pour leur objet, Juliette Dumasy et Camille Serchuk.

Cette exposition est d’un grand intérêt pour le géographe, mais aussi pour l’historien et plus généralement pour qui s’intéresse au rapport au paysage et à sa représentation graphique.

On pouvait  croire que tout ce matériel était connu. Or il est surprenant de constater que sur 97 cartes, 46 n’ont jamais été exposées, et 28 inédites (au sens de non publiées ou publiées de façon confidentielle). Cette exposition est donc d’abord le fruit d’une patiente recherche dans « l’océan des archives judiciaires ». Ce fut aussi l’occasion de leur restauration et de leur numérisation. (suite…)

Olivier Truc « Le cartographe des Indes boréales » (Métailié, 2019). Michèle Vignaux.

Olivier Truc, Le cartographe des Indes boréales, Paris, Métailié, 2019.

Olivier Truc est venu récemment à l’Institut de géographie pour nous parler des Sami aujourd’hui et de leur intégration dans les sociétés d’Europe du nord (voir le compte rendu de Claudie Chantre). Son dernier roman évoque le temps (XVIIème siècle) de leurs premiers contacts avec la Couronne suédoise.

D’abord un titre. Un titre poétique qui renvoie à l’imaginaire de ces hommes du début du XVIIème siècle qui voulaient découvrir le monde et en extraire les richesses symboliques et matérielles. Ne pouvant s’installer durablement ni dans les Indes orientales, ni dans les Indes occidentales, les Suédois ont choisi d’établir leur souveraineté sur les terres du Grand Nord, les terres boréales.

Sous le titre de couverture, une baleine s’acharne, telle Moby Dick, à renverser une chaloupe de marins accrochés à leur rame pour sauvegarder leur vie. C’est à ce monde de baleiniers qu’appartient le héros du roman, Izko.

Monde arctique, ambitions politiques suédoises, chasse à la baleine, société lapone, fanatisme religieux… tels sont quelques-uns des domaines où Izko, évolue avec courage et intelligence. Il nous emmène de Saint-Jean-de-Luz au sud du Portugal et de Stockholm à la mer de Barents, du palais royal aux tentes de Laponie.

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L’œil et la main, dessins de Lesueur et Petit, dessinateurs de l’expédition Baudin, Michel Sivignon.

expedition-baudinL’œil et la main, dessins de Lesueur et Petit dessinateurs de l’expédition Baudin (1800-1804) sur les côtes méridionales de l’Australie. Ambassade d’Australie en France, 2016.

L’exposition des dessins de Lesueur et Petit à l’ambassade d’Australie est d’un grand intérêt.

Elle témoigne d’une étape importante du progrès des connaissances géographiques et elle est révélatrice de l’élargissement des curiosités depuis les sciences naturelles jusqu’à l’anthropologie. Comme c’était la règle, l’expédition de Nicolas Baudin, préparée sous le Consulat embarqua des dessinateurs. Après la défection des dessinateurs officiels qui s’échappèrent à l’escale de l’île de France (aujourd’hui Maurice), Petit et Lesueur furent promus dessinateurs officiels de l’expédition. Si Lesueur a une formation de dessinateur, elle est plus sommaire chez Petit, au départ aide-canonnier. Leur travail doit beaucoup aux directives de François Péron, à la fois zoologue et ce que nous appellerions aujourd’hui anthropologue.

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