De la Baltique à la mer Noire
Atlantique

De la Baltique à la mer Noire + Atlantique

De la Baltique à la mer Noire et Atlantique sont les titres des deux premiers volumes de la collection « Odyssée, villes-portraits », publiés par ENS Editions sous la direction de Nicolas Escach et Benoît Goffin. Ils viennent de paraître en avril 2021 et l’éditeur annonce pour 2022 deux autres volumes : Arctique et Balkans. Disons-le d’emblée, c’est une réussite éditoriale, bâtie sur une collaboration originale entre des géographes et des artistes, pour faire dans chaque volume le portrait de dix villes entre géographie subjective et littérature de voyage.

Les auteurs (universitaires, écrivains, journalistes, architectes…) n’hésitent pas à donner leurs impressions et leurs ressentis pour mieux faire comprendre l’espace urbain décrit. Quant aux illustrateurs ils composent plusieurs types de dessin à partir de différents documents fournis par les auteurs pour rendre compte de la variété des configurations spatiales. Les dessins du volume De la Baltique à la mer Noire ont tous été réalisés par Marie Bonnin, ancienne élève de l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs. En revanche, les dessins du volume Atlantique ont été l’œuvre d’une dizaine d’anciens élèves de l’école Estienne (un illustrateur différent pour chacune des dix villes). (suite…)

Nouveaux territoires, nouveaux noms de la France

Roger Brunet, Nouveaux territoires, nouveaux noms de la France, Hermann, 2021, 238 p., 32 €.

Poursuivant son ambitieuse entreprise toponymique commencée en 2016 avec Trésor du terroir. Les noms de lieux de la France (CNRS Editions), Roger Brunet consacre son dernier ouvrage à la néotoponymie française, c’est-à-dire aux milliers de nouveaux noms créés durant la dernière décennie pour désigner les nouveaux territoires administratifs (communes nouvelles et intercommunalités, nouveaux cantons, nouvelles régions, métropoles…), les nombreux territoires correspondant aux divers dispositifs d’intervention (zones, bassins, pôles, quartiers urbains, nouveaux espaces d’activités, parcs et sites…) et les schémas et périmètres de toutes sortes qui forment un véritable maquis particulièrement complexe. Comme Roger Brunet le souligne d’entrée, « le choix de ces noms n’est pas anodin. Il en apprend beaucoup sur leurs inventeurs, un peu sur les lieux, et il contribue même à éclairer la toponymie traditionnelle. » A l’aide de très nombreuses illustrations (80 cartes et croquis à différentes échelles), l’auteur conduit son étude selon un plan géographique bien adapté à ses objectifs pour conclure sans ambiguïté sur « l’illusion nominaliste » qui l’a trop emporté sur l’action. Tout compte fait, la toponymie est pour Roger Brunet un excellent moyen de réfléchir, parfois avec malice, aux difficultés de l’organisation et de la gestion des territoires français. (suite…)

Visioconférence n°4 : Camille Schmoll parle des migrations féminines en Méditerranée

Frontières des territoires, frontières de l’intime

La crise sanitaire du coronavirus n’en finit pas de bousculer nos manières de vivre, nos habitudes et nos croyances. Alors que débute en France le deuxième confinement, dans un entretien au Figaro paru le 3 novembre 2020, l’écrivain-géographe Sylvain Tesson nous propose sa vision des frontières, celles des territoires comme celles de l’intime :

« Depuis la chute de l’URSS, au fur et à mesure que les frontières des nations disparaissaient, les libertés coutumières se sont rétrécies. Or ce sont les libertés de détail qui font le charme de l’existence, pas uniquement les intentions abstraites. (…)

Les administrations politiques, ne protégeant plus leurs nations, se sont attachées à nous protéger de nous-mêmes. Traduction physique : abolition des frontières territoriales, mais digicodes partout. Fin des patrouilles aux marches du pays, mais vigiles à l’entrée des épiceries et soldats déployés devant les églises. Levée des barrières aux limites du territoire, mais barricade de granit autour de la Préfecture de police de Paris. On trouve affreux que Victor Orban grillage sa frontière, mais on trouve normal de passer sous des portiques de contrôle pour entrer au musée. C’est la transposition dans la sphère privée de la limitation politique qui a été abolie dans l’espace public. L’idéologie a levé les barrières, la réalité les a replacées là où elle le pouvait : dans le domestique, l’intérieur, le familier. Ouverture du global, quadrillage de l’intime ! Les thuriféraires de la planète sympa avaient des intentions nobles. (…) Mais ils ont négligé une double permanence : « Qui se ressemble s’assemble » et « Le plus énergique s’accapare le terrain. » Nous nous sommes laissés enfermer dans l’esprit d’ouverture. »

Sylvain Tesson, extrait de l’entretien accordé au Figaro du mardi 3 novembre 2020.

Le journaliste du Figaro qui a réalisé l’entretien avec Sylvain Tesson résume ainsi la pensée de l’écrivain : « Nous, les citoyens exigeants, aspirons en même temps à vivre libres et à être maternés. » Il souligne que l’écrivain « observe avec tristesse le « pictogramme coercitif » envahir l’espace public, la fermeture des librairies et le mimétisme dans le sauve-qui-peut de tous les gouvernants ». Et d’ajouter que Sylvain Tesson en rapprochant l’« ouverture du global » et le « quadrillage de l’intime » fait « le triste bilan de la « planète sympa » que nous promettait l’heureuse mondialisation. » (Entretien avec Sylvain Tesson, Le Figaro, 3 novembre 2020).

Loin de moi de vouloir critiquer ou même commenter ces propos, je vous les rapporte seulement pour exercer, si vous en avez le désir, une réflexion utile à l’entrée de la deuxième période de confinement qui s’avère bien plus compliquée dans son application que la première. Pour les étudiants qui préparent les concours d’enseignement d’histoire-géographie, la nouvelle question portant sur les frontières invite à questionner le renouvellement et la diversité des approches de ce sujet. Ils trouveront peut-être intéressant de lire et méditer les propos de Sylvain Tesson qui évoquent implicitement la mondialisation, le temps long et la conjoncture (à propos des migrations et des crises sanitaires), l’ouverture de certaines frontières et le durcissement d’autres frontières, le rôle du cyberespace, « les discours et représentations (médiatiques, littéraires, artistiques, etc.) que suscitent les frontières chez une pluralité d’acteurs (États, mais aussi organisations supranationales, organisations non gouvernementales, artistes, individus, etc.) ».

Pour les dernières lignes se reporter à la présentation de la question des frontières : https://media.devenirenseignant.gouv.fr/file/agregation_externe_21/84/1/p2021_agreg_ext_geographie_1274841.pdf

 

Daniel Oster, le 3 novembre 2020

 

PS : Comme tout texte paraissant sur le site des Cafés Géographiques, mon texte a été relu avant d’être publié. Avec l’accord de ma relectrice, je publie le petit commentaire de celle-ci :

« Sur le fond je trouve le texte de Tesson un peu facile. Certes, les gens aspirent à « être maternés », mais le musée, l’église, le supermarché sont des espaces publics et non privés. Et puis tout bon historien sait qu’il faut contextualiser. Le plan Vigipirate n’est pas né dans la tête d’un dictateur mais après une série d’attentats.
Les frontières les plus dangereuses sont celles qui sont dans les têtes incapables de comprendre nuances et complexité.

Michèle Vignaux, le 3 novembre 2020

Nos Géographies sur France Culture, une nouvelle émission (passionnante) consacrée à la géographie

Nos géographies : podcast et réécoute sur France Culture

 

 

Une nouvelle émission de France Culture est consacrée à la géographie : Nos géographies. Produite par Dominique Rousset, elle est à écouter le jeudi de 21 h à 22 h ou à podcaster. Cette émission se veut au cœur des cartes et des territoires. Non seulement elle comble un manque mais surtout elle tombe à pic car l’actualité a remis sur le devant de la scène les savoirs des géographes, des démographes, des urbanistes. La géographie humaine, sociale et politique raconte un pays, la vie de ses populations, l’accès à l’emploi, aux services publics, à la culture comme au numérique. Elle éclaire les inégalités, le rapport à la nature, au monde animal, à l’agriculture.

 

Un nouveau voyage aux confins d’une discipline très souvent convoquée sur notre chaîne et ailleurs, omniprésente et pourtant méconnue, complément indispensable à toute intrusion dans les champs du politique, du social, de l’écologie, des pratiques culturelles… la géographie.

 

Nous passons en revue les sujets des premières émissions, du 27 août au 29 octobre 2020 en reproduisant les textes de présentation de la productrice/animatrice Dominique Rousset.

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La crise sanitaire du coronavirus, un fait éminemment géographique

La propagation du virus sur le globe © Andriy Onufriyenko / Coll. Moment – Getty

 

Dès le début de la pandémie de Covid-19, nous avons eu la conviction que la crise sanitaire actuelle représentait un fait éminemment géographique. Aussi en avons-nous rendu compte dans quelques articles publiés en mars dernier sur le site des Cafés géographiques : Réflexions géographiques sur la Chine et le coronavirus (7 mars 2020), L’efficacité de la gestion de crise du coronavirus dépend-elle du régime politique ? (18 mars 2020), La crise sanitaire du coronavirus est aussi une crise écologique (25 mars 2020). Aujourd’hui, la liste est longue des textes qui ont montré, parfois avec talent, l’utilité du regard géographique pour mieux comprendre la crise du coronavirus. Ainsi, Michel Lussault a parlé du virus comme d’« un opérateur géographique global qui agit sur le Système-Monde » (Le Monde du virus – une performance géographique, AOC, 13 avril 2020) ou encore Denise Pumain a décrit le confinement des populations et la « distanciation sociale » comme des révélateurs « en creux » de « l’importance prise par nos interactions sociales et nos déplacements à toutes les échelles géographiques » (Denise Pumain, « Le confinement géographique ou les vertus d’une expérience », Cybergeo : Revue européenne de géographie, 20 avril 2020,  http://journals.openedition.org/cybergeo/34659).

Il est certain que les outils et les concepts de la géographie permettent d’élaborer des clés de lecture pertinentes de la pandémie. Les notions et le vocabulaire des géographes (mondialisation, mobilités, frontières, disparités, etc.) peuvent être mobilisés pour nourrir des analyses, interpréter des statistiques, construire des cartes, en donnant de l’importance à la question des échelles. A titre d’exemple, trois mots acquièrent dans le contexte actuel une actualité évidente dans l’opinion publique, les médias et les autorités politiques : distance, densité, confinement. Ces termes renvoient immédiatement à une réalité géographique signifiante : la distance, concept central de la géographie, relativise le proche et le lointain à petite comme à grande échelle ; la densité s’avère un facteur essentiel de la propagation du virus et par conséquent de la diversité des mesures sanitaires ; le confinement renvoie à la notion de limite ou de frontière (du latin finis) qui s’inscrit dans le contexte contemporain de la mondialisation. Pour toutes ces raisons le ministère de l’Education nationale n’a pas tardé à proposer aux enseignants des ressources invitant à exploiter les regards croisés de géographes sur la pandémie de Covid-19 (http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/pandemie-de-covid-19-regards-croises-de-geographes).

Distance et distanciation

Par ailleurs, Jean-François Staszak vient de publier dans le journal Libération du 2 octobre 2020 un excellent texte illustrant l’importance de la distance dans l’analyse géographique de la crise sanitaire actuelle. Pour lui la « distanciation sociale » imposée par la pandémie nous fait « prendre conscience que le degré de proximité que nous avons au quotidien avec les autres n’a rien de naturel ni d’anodin ». Et de rappeler que le mot « distanciation », apparu en français au début des années 60 et devenu relativement rare peu de temps après, fait un retour remarqué en mars 2020 dans la locution « distanciation sociale » qui désigne une mesure sanitaire décidée par le gouvernement pour éviter la contagion face à la Covid-19.

Certains politiques ou médecins préfèrent parler de « distanciation physique » pour rendre plus claire la nécessaire précaution « géométrique » d’éloignement entre les individus dans la panoplie des « gestes barrières ». Mais, en fin de compte, les géographes savent bien que « toute distance est à la fois matérielle et sociale ». J.-F. Staszak souligne que « c’est justement entre un ou deux mètres, selon les cultures, que se situe la frontière entre la distance personnelle et la distance sociale ». Je renvoie à l’ensemble de son texte pour apprécier la rigueur mâtinée d’une subtilité parfois amusée de l’auteur. Toujours est-il que l’imposition de la « distanciation » comme précaution sanitaire n’est pas encore intériorisée par chacun au bout de quelques mois d’expérience, c’est pourquoi « son application nous demande une vigilance et un effort pour nous écarter de nos semblables plus qu’à l’habitude ». Avec J.-F. Staszak on se rend compte que la distance entre les personnes « relève d’une pratique sociale dont on commence à saisir les subtilités, les règles et les fonctions ».

 

Daniel Oster, octobre 2020

 

Quelques ressources sur la géographie de la Covid-19 :

*Sur le site internet de la Société de géographie, dans la rubrique « Les Géographes lisent le monde », lire les articles de nombreux géographes sur la Covid-19

https://socgeo.com/2020/05/16/retrouvez-lensemble-de-nos-articles-consacres-au-covid-19/

L’interview de Cynthia Ghorra-Gobin, « La pandémie représente un risque inhérent à la mondialisation« , septembre 2020

*Sur le site Géoconfluences, lire :

-Collectif, « La pandémie de Covid-19, regards croisés de géographes », mai 2020.

-Laurent Carroué, « Mondialisation et démondialisation au prisme de la pandémie de Covid-19. Le grand retour de l’espace, des territoires et du fait politique », mai 2020.

-Eudes Girard et Thomas Daum, « La mortalité du Covid-19 en Europe et en France métropolitaine : des espaces ruraux davantage protecteurs ? », juin 2020.

*Sur le blog Géographies en mouvement, lire de nombreux textes de Gilles Fumey, Boris Grésillon, Laurent Simon

https://blogs.mediapart.fr/geographies-en-mouvement/blog

*Sur le site de la revue Cybergeo, lire :

-Denise Pumain, « Le confinement géographique ou les vertus d’une expérience », Cybergeo : Revue européenne de géographie, 20 avril 2020,

-Jérôme Monnet, « Le confinement en croquis, vu de France. Géographie politique, sociale et culturelle du monde post-Covid19 », Cybergeo, 18 mai 2020,

*Sur le site de The conversation, lire :

Fabrice Rousselot, « Géographie de la pandémie de Covid-19 en France et en Allemagne : premiers enseignements », The Conversation, 26 mai 2020,

 

La crise sanitaire du coronavirus est aussi une crise écologique

 

C’est « la plus grave crise sanitaire » que la France affronte depuis un siècle. Cette crise, de dimension mondiale, n’est pas seulement sanitaire, elle est également économique et financière, et son volet politique ne saurait être négligé avec ses replis nationaux et l’absence d’une véritable coordination globale. Pour les spécialistes qui réfléchissent aux liens entre la biodiversité et la santé, derrière la crise du coronavirus, il y a, à l’évidence, une crise écologique qui est en rapport avec l’anthropisation croissante de la planète et la globalisation des échanges.

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Un siècle de géographie française

Café géo de Paris, mardi 25 février 2020, Café de Flore (Paris 6ème)

A gauche, la façade de l’Institut de Géographie à Paris (inauguré en 1926). A droite, la couverture de la deuxième partie du tome VI de la Géographie Universelle, consacrée à la « France économique et humaine » et rédigée par Albert Demangeon (la première partie, consacrée à la « France physique », faisant l’objet d’un autre volume rédigé par Emmanuel de Martonne).

 

Denis Wolff présente le sujet du café géo en évoquant l’importance des années 1920 dans l’histoire de la géographie française car, en ces lendemains de Grande guerre, la géographie française se réorganise. La mort de Paul Vidal de la Blache en 1918 y contribue fortement. Emmanuel de Martonne fonde en 1920 l’AGF (Association de géographes français) ; les Annales de géographie sont restructurées ; l’UGI (Union géographique internationale) est fondée en 1922 ; la Géographie universelle, initiée par Vidal de la Blache, est remise en route sous la direction de Lucien Gallois. En réalité, les transformations de la géographie française ont été décisives dès la fin du XIXe siècle, sous la houlette de Vidal de la Blache et de ses élèves, ce qui conduira ce café géo à dépasser les limites chronologiques annoncées par son titre afin d’explorer les bouleversements de la géographie française dans les années antérieures à la guerre de 14-18.

Denis Wolff présente alors les deux intervenants du café géo : Christian Grataloup, géohistorien, professeur émérite à l’Université Paris Diderot-Paris 7, et Pascal Clerc, géographe, professeur à l’Université de Cergy-Pontoise.

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L’efficacité de la gestion de crise du coronavirus dépend-elle du régime politique ?

Le Président chinois, Xi Jinping, en visite mardi 10 mars 2020 à Wu Han, la ville où s’est déclaré le coronavirus en décembre 2019 et qui est toujours en quarantaine (https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Coronavirus-A-Wuhan-Xi-Jinping-garde-crier-victoire-2020-03-11-1201083349).

 

Depuis le 11 mars dernier, l’épidémie du Covid-19 est qualifiée de « pandémie » par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Les chiffres à ce jour : 6 000 morts, plus de 150 000 personnes contaminées, 120 pays affectés. Pour l’OMS, l’Europe est devenue l’épicentre de la pandémie avec la situation la plus préoccupante tandis que la Chine semble avoir contenu le coronavirus, même si le doute persiste sur la fiabilité des statistiques officielles du géant asiatique. Les autorités de Pékin n’hésitent plus à vanter les mérites de sa gouvernance autoritaire et cela d’autant plus qu’il y a du règlement de compte dans l’air. En effet, elles dénoncent les médias occidentaux, accusés d’avoir critiqué la Chine pour sa gestion de l’épidémie dans les premiers temps de la crise sanitaire. Mais les critiques ne viennent pas seulement des États-Unis, d’Europe ou d’Australie. Jeudi 12 mars, des rapports de scientifiques chinois ont été repris par les journaux de Hongkong. Selon ces travaux, le virus aurait été identifié dès le 17 novembre dans la province du Hubei, mais l’information aurait été cachée par les cadres du Parti communiste chinois. Beaucoup d’experts pensent toujours, en Chine comme en Occident, que la Chine a perdu au moins cinq semaines au moment où le coronavirus commençait son œuvre mortifère. La raison de ce retard à l’allumage serait liée à la nature même du régime chinois : « hypercentralisation de la décision politique, obsession du contrôle social, répression de la moindre espèce de dissidence, fût-elle médicale (Alain Frachon, Le Monde, 13 mars 2020). Aujourd’hui, trois mois après le début de la crise sanitaire, la visite de Xi Jinping à Wuhan a été suivie par des manifestations contre la vie chère et le manque de soutien de l’État alors que les habitants sont en quarantaine depuis deux mois. Cela n’empêche pas la presse chinoise de dénoncer la « propagande américaine » et de souligner l’efficacité du « socialisme à la chinoise » qui a permis de gagner la guerre contre le virus.

Est-ce à dire que du côté de la démocratie libérale la gestion de la crise est plus transparente et plus efficace ? On peut en douter quand on regarde du côté des États-Unis où la démocratie dans sa version « trumpienne », autrement dit un « populisme à tendance narcissique » (A. Frachon, Le Monde, 13 mars 2020), énonce d’abord des contre-vérités d’ordre climatique, puis accuse des boucs émissaires (les démocrates, l’Union européenne). Pourtant, républicains et démocrates de la Chambre des représentants se sont unis pour adopter un ensemble de mesures exceptionnelles : gratuité du dépistage, fonds fédéraux pour les frais de santé des Américains les plus modestes, accès facilité à l’assurance chômage… Au Royaume-Uni, après le choix controversé de « l’immunité collective », le gouvernement de Boris Johnson s’est décidé à prendre des mesures drastiques. En tout cas, selon Alain Frachon, éditorialiste au Monde, le Covid-19 met à mal les gouvernements, qu’ils soient autoritaires ou démocratiques.

 

Daniel Oster, 16 mars 2020

 

 

Réflexions géographiques sur la Chine et le coronavirus

Depuis son apparition à Wuhan (Chine) à la mi-décembre 2019, l’épidémie de coronavirus a beaucoup fait parler d’elle jusqu’à inquiéter aujourd’hui (6 mars 2020) le monde entier. Le coronavirus, nommé officiellement « covid-19 » par l’OMS, a déjà causé plus de 3 400 décès tandis que le nombre de 100 000 personnes infectées dans une soixantaine de pays va être dépassé ces jours-ci. Certains n’hésitent plus à parler d’une véritable psychose collective qui se répand largement grâce à la médiatisation planétaire et la puissance des réseaux sociaux. La France n’échappe pas à cette vague déferlante malgré la gestion raisonnée des pouvoirs publics. Il nous semble qu’une réflexion géographique, même succincte et parcellaire, a toute sa place dans le flot des innombrables commentaires de toute nature que le coronavirus suscite, ne serait-ce que pour mettre en évidence quelques simples faits spatiaux qui ne manquent pourtant pas d’importance.

Après le SRAS apparu en 2003, un nouveau coronavirus est parti de Chine en décembre 2019 pour ensuite se propager dans le reste du monde (Source: https://img.medscape.com/thumbnail_library/is_200117_china_map_800x450.jpg)

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