SAJALOLI Bertrand et GRESILLON Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris, Sorbonne Université Presses, 2019

SAJALOLI Bertrand et GRESILLON Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris, Sorbonne Université Presses, 2019

 

Titre et image de couverture (le détail d’un tableau de Maurice Denis) peuvent tromper le futur lecteur sur la nature de l’ouvrage. Réflexion philosophique, esthétique, religieuse ? C’est aussi cela, mais c’est avant tout un ouvrage collectif dirigé par deux géographes spécialisés dans les relations entre homme et nature, entre religion et écologie.

 

Le livre paraît après un été caniculaire qui a redonné force et arguments aux mouvements écologistes qui prédisent l’apocalypse, et la consécration de Greta Thunberg comme icone mondiale de la défense planétaire. On pourrait donc évoquer un livre d’actualité. Mais l’objectif de Bertrand Sajaloli et d’Étienne Grésillon est d’appréhender les liens entre nature et sacré dans leur profondeur historique et leur diversité culturelle et géographique. Pour cela ils ont fait appel à plusieurs spécialistes des sciences humaines et même à des théologiens et ont demandé une préface à un historien qui a consacré son travail aux spiritualités médiévales, André Vauchez. Ce dernier définit bien la « nature » comme « construction sociale », mais ni la préface ni l’introduction des deux directeurs de publication ne donnent de définition approfondie des termes « sacré » et « nature »… En fait, il faut les 370 pages de l’ouvrage pour essayer de cerner leur(s) signification(s) dans le temps et dans l’espace.

 

L’ouvrage qui a réuni les communications de vingt-neuf auteurs, est découpé en trois parties dont la première traite de la place de la nature dans les principales religions et pratiques sacrées. Mais c’est essentiellement le christianisme qui est au cœur de la réflexion, parfois confronté au monde religieux gréco-romain, les autres univers religieux ne sont évoqués qu’incidemment.

Si on peut clairement distinguer une nature, incréée, imprégnée de sacralité chez les Anciens, de la Création biblique fortement anthropocentrique où le sacré est banni du quotidien, les approches de la nature ont varié au sein même de christianisme. (suite…)

L’Arctique à l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique

Ce Café Géo s’est tenu au Café de Flore (Paris 6e). Les deux intervenantes étaient Clara Loïzzo et Camille Tiano, agrégées de géographie, professeures de chaire supérieure en classes préparatoires littéraires au lycée Masséna (Nice) et au lycée Louis le Grand (Paris).

Clara Loïzzo & Camille Tiano (2019), L’Arctique à l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique, Paris, Armand Colin

 

La parution récente de leur ouvrage (16 octobre 2019) L’Arctique à l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique aux éditions Armand Colin tombait à pic.

 

I- Qu’est-ce que l’Arctique ? Quelles sont ses limites ? Celles-ci sont-elles relativisables ?

 

Étymologiquement, l’Arctique constitue la région mondiale située autour du pôle Nord, puisque c’est la région de l’ours (du grec arktos), non pas l’ours polaire mais la Grande et la Petite ourse qui permettent en toute saison dans l’hémisphère Nord de retrouver l’étoile polaire, donc le Nord.

Mais si l’on veut être plus précis, il existe une série de frontières et limites reconnues de l’Arctique :

1) des limites astronomiques: le cercle polaire arctique qui est la ligne imaginaire reliant les points à partir desquels se produit le phénomène d’aurore boréale (au moins une fois par an le soleil ne se couche pas). Cette ligne s’établit à la latitude de 66° N., ce qui donne une région arctique de quasiment 21 M km2, dont 14,2 M km2 d’océan.

2) des limites écobiologiques fondées sur différents seuils :

– seuil en matière de température : ligne de Köppen (isotherme 10°C en juillet) ;

– plus largement seuils en matière climatique : limite du climat polaire (quel que soit son faciès) pour les climatologues ;

– seuils en matière de végétation : tree line = limite septentrionale de l’arbre ;

– seuils en matière de cryosphère : limite méridionale du pergélisol (continu ou discontinu) pour les espaces terrestres ; limite méridionale de la banquise hivernale pour les espaces maritimes, …

3) des frontières administratives puisque la plupart des pays arctiques n’ont qu’une partie de leur territoire située dans l’Arctique, d’où des délimitations administratives internes qui ne reprennent pas forcément des critères écobiologiques, et n’ont le plus souvent pas les mêmes critères d’un pays à un autre :

– l’Arctique canadien est administrativement constitué des 3 territoires du Nord (c-à-d Yukon, Territoires du NO et Nunavut) et a pour limite les 60° lat. N ;

– dans les pays nordiques (Finlande, Norvège, Suède), la limite sud est proche du cercle polaire ; en 2013, la zone Arctique russe a fait l’objet d’une redéfinition administrative en vue de circonscrire les zones prioritaires de développement économique dans le cadre de la stratégie arctique 2020 de la Russie (donc limite moins liée à la latitude qu’aux intérêts russes).

4) des limites géopolitiques comme l’appartenance à certaines instances de la gouvernance internationale comme le fait d’être un membre (avec différents statuts : membre ou un membre observateur) du Conseil de l’Arctique. ;

Au-delà de ce constat d’une région arctique à géométrie variable, 2 caractéristiques semblent intéressantes à soulever (et on le verra pas uniquement pour ce qui concerne la question des limites) : celle de logiques paradoxales à l’œuvre dans la région, et celle d’une forte incertitude quant aux évolutions à moyen et long termes dans la région.

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Préparer l’épreuve de géographie au concours d’entrée à l’ENS de Lyon avec les ressources des Cafés géographiques (session 2020)

Thème : Les régions de l’Arctique

 

Jean-Louis MARTIN (directeur du département Dynamique et gouvernance de systèmes écologiques CEFE/CNRS, Montpellier) et Sylvie BLANGY (ingénieur de recherche CNRS/CEFE, Montpellier), « Les communautés inuit face au développement minier de l’Arctique », Cafés Géographiques de Montpellier, Rubrique Les comptes rendus, mars 2014

 

  • CANOBBIO Eric, « Les enjeux de l’Arctique», Cafés géographiques de Mulhouse, Rubrique Les Comptes rendus, 18 janvier 2012.

 

ll est intéressant de faire le point aux temps présents polaires, pour remettre en perspective les informations des médias qui s’affolent, évoquant à qui mieux mieux, un eldorado minier, gazier et pétrolier en Arctique. L’Arctique est un territoire sorti de son hiver en 2000 pour rentrer dans l’espace mondial et on a toutes les raisons de penser que l’Arctique est dans une transition historique. C’est la raison pour laquelle on revisite cet énorme espace circumpolaire. Au départ, l’Arctique est un «non lieu», un océan et des littoraux que l’on peut regarder indifféremment par le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest ou parle pôle. La plupart des cartes des années 80 sont des représentations photographiques polycentrées mais la Norvège préférait représenter l’Arctique du Sud.

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Déambulation dans les marais salants de Guérande

Déambulation dans les marais salants de Guérande animée par Armel Jorion et Gildas Buron, samedi 7 septembre 2019

Cet article fait suite à un week-end (7 et 8 septembre 2019) organisé pour les Cafés Géographiques par Micheline Huvet-Martinet en prolongement du café géo du 14 décembre 2017. Dans le cadre de cette sortie dans les « territoires du sel » (voir le compte rendu de Micheline Huvet-Martinet), Armel Jorion, paludier, et Gildas Buron, conservateur du Musée des marais salants sis à Batz-sur-Mer, ont organisé une déambulation dans les marais de la presqu’île de Guérande. Cette déambulation a justifié cet article qui donne des informations sur les marais salants ainsi que sur deux unités hydrauliques de Guérande (Hascouet ou « saline aux moines » et Leni-Cormerais).

 

Une partie des marais salants de Guérande © 2019 Google données cartographiques

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Découverte d’un territoire du sel Atlantique : le pays de Guérande

Week-end (7 et 8 septembre 2019) organisé pour les Cafés Géographiques par Micheline Huvet-Martinet en prolongement du café géo du 14 décembre 2017 (voir https://cafe-geo.net/tag/micheline-huvet-martinet/).

 

Le Pays de Guérande © M. Huvet-Martinet d’après cartographie AFDEC

 

Le sel, généreusement dispensé à l’état naturel, a joué un rôle essentiel dans les diverses cultures humaines. Indispensable aux êtres vivants, présent dans chaque foyer, il est le condiment par excellence ; il permet de conserver les aliments tout en jouant un rôle biologique essentiel dans l’équilibre de l’organisme. Consommé par tous quotidiennement, il a aussi une valeur rituelle, symbolique, voire magique.

Le sel est devenu tellement banal de nos jours que le consommateur ne se préoccupe guère de sa provenance alors qu’il fut autrefois très recherché : notons que les grandes civilisations antiques (Mésopotamie, Egypte, Chine) se sont épanouies à proximité de régions où le sel abondait.

En France, les ressources en sel sont quasiment inépuisables et nous sous-utilisons nos capacités de production. La place importante des sels marins (environ 40% de la production) provenant des salins méditerranéens mécanisés est une originalité. Les temps de la concurrence entre sels méditerranéens et sels atlantiques sont révolus. Actuellement la production de toute la côte atlantique demeure modeste et marginale (environ 4% du sel français) mais jouit d’une très bonne image car destinée uniquement à l’alimentation.

Le pays de Guérande s’étend sur les communes regroupées dans la communauté d’agglomération de Cap Atlantique entre Loire et Vilaine et est délimité à l’est par la Grande Brière. Il présente des paysages anthropiques originaux, alliant l’eau et la mer ; il constitue aussi une entité ethnographique et linguistique en étant la partie bretonnante la plus orientale de l’ancien Duché de Bretagne.

Notre déambulation, centrée sur la thématique du sel s’est concentrée sur la presqu’île guérandaise avec ses marais salants (de Guérande à Batz-sur-mer en passant par Saillé) et son espace portuaire du Croisic.

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Rapports sociaux en périnatalité chez les élites migrantes en France

Clélia Gasquet-Blanchard © Maryse Verfaillie

Parmi les huit Cafés Géo programmés au FIG 2019, celui-ci a traité d’un sujet novateur qui a beaucoup intéressé un large public présent au bar L’Actuel, samedi 5 octobre à partir de 11h.

 

Les auteures de ce travail :

Clélia Gasquet-Blanchard (EHESP / UMR ESO / CNRS / Université de Rennes, France)

Paula Cristofalo (EHESP / EA MOS, France)

Maud Gelly (CRESPPA-CSU CNRS ; Hôpital Avicenne de Bobigny AP-HP, France)

Marielle LeRumeur (EHESP, CNRS ESO)

 

Le contexte

Les travaux sur les inégalités sociales de santé s’inscrivent rarement dans la sociologie des classes sociales (Gelly, Pitti, 2016) et portent en général sur la santé des classes populaires, voire sur leurs fractions les plus précarisées (Niewiadomski, Aïach, 2008), et sur la santé des personnes migrantes en situation de précarité administrative et sociale (Desgrées du Loû, Lert, 2017 ; Cognet, 2012). Une analyse des effets des rapports sociaux sur les pratiques de santé nécessite une enquête sur les pratiques de santé des classes supérieures, en affinant l’analyse selon la structure des capitaux (économique et culturel) détenus. Si les pratiques sociales, culturelles, résidentielles et matrimoniales de la bourgeoisie constituent des objets familiers pour la sociologie critique (Pinçon, Pinçon Charlot, 2016), les pratiques de santé de cette classe sociale restent peu explorées. En France, les effets des rapports de domination sur les pratiques gynécologiques ont été explorés sous l’angle de la racialisation, (Sauvegrain, 2012, 2013) mais plus rarement dans les rapports des soignants aux classes supérieures.

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Sous la direction d’Anne Sgard & Sylvie Paradis, « Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils »

 

 

En avril 2019, Anne Sgard et Sylvie Paradis ont dirigé et publié aux Editions MetisPresses, un ouvrage intitulé « Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils ».

Anne Sgard est géographe, professeure conjointement au Département de géographie et environnement et à l’Institut de formation des enseignants de l’Université de Genève. Sylvie Paradis est géographe, architecte-urbaniste et chercheure associée à l’UMR (Unité mixte de recherche) Territoires de l’Université de Clermont-Ferrand.

Ainsi que le définissent les auteures, « Cette recherche est née de la volonté d’une dizaine d’enseignants-chercheurs de réfléchir à leurs pratiques pédagogiques, d’échanger sur leurs outils et leurs terrains et d’identifier ce qui peut nourrir une didactique du paysage afin de renouveler les formations au et par le paysage. »

Ce livre est l’aboutissement d’un programme de recherche international de trois années (2015-2018), financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et intitulé « Didactique du paysage.  Mutualisation des expériences et perspectives didactiques à propos des controverses paysagères. »

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Les outre-mers européens

Le dernier Café de la saison est assuré par Jean-Christophe Gay. Ses thèmes de prédilection sont bien connus des géographes : aussi comprendrons-nous qu’il conclue l’année en proposant une immersion dans les proches, mais exotiques outre-mers européens. L’occasion, pour lui, de présenter un numéro de la Documentation Photographique sorti l’an dernier sur cette question « difficile », car très peu traitée, au regret du géographe qui y a consacré une grande partie de sa carrière. A la Nouvelle-Calédonie il a dédié un Atlas, comme à la Polynésie ; Jean-Christophe Gay a également enseigné à la Réunion. Son parcours et ses publications sont récapitulés à cette adresse.

Ce compte-rendu présente une réflexion balayant un large spectre de thématiques, et appuyée sur un grand nombre d’exemples. La plupart d’entre eux sont développés et richement illustrés dans le numéro de la Documentation Photographique susmentionné.

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Pontoise : « ville d’art et d’histoire »… ou ville de la glorification de la France coloniale

Photographie de la rue Thiers à Pontoise, (vue sur la cathédrale Saint-Maclou, dont la statue jouxte le côté sud), prise par Mélyna Lair-Mendes, le 25 avril 2019 à 19h.

 

Au premier plan, les escaliers mènent à la rue de la Bretonnerie. Dans la partie centrale, sous l’arche, le blason de la ville est identifiable par la représentation du château, dont ne subsiste aujourd’hui qu’une partie des remparts. Le pont rappelle la proximité de l’Oise, tandis que les deux fleurs de lys évoquent le passé prétendu prestigieux de la ville, notamment son statut de « bonne ville » du royaume de France. Au second plan, les escaliers sont coiffés de la statue du général Leclerc. Celui-ci possède une posture que revêtent nombre de « grands hommes » français : du haut de ses 3 mètres, il se dresse, en uniforme, prenant appui sur le pommeau de son épée, le regard fier et portant au loin. Les escaliers monumentaux offrent au général une vue dégagée de la rue Thiers, pentue, conduisant à la gare de Pontoise, située au pied de la vallée. Juché sur son piédestal, Charles Victoire Emmanuel Leclerc a le regard posé sur les individus pénétrant la ville. Avec la cathédrale Saint-Maclou et son clocher, il est le premier élément du paysage que le voyageur sortant de la gare peut apercevoir face à lui. Le général devient de plus en plus imposant à mesure que l’on s’en approche en remontant la pente. Pratiquement situé à la même altitude que les immeubles latéraux encadrant les escaliers, il est spatialement dans une position de pouvoir, de domination face à nous. La lumière du soleil couchant illuminant le mur de la cathédrale attire le regard vers le général, qui dans la lumière voit sa majesté et sa pompe rehaussée. Il est, pour la commune, l’incarnation de la réussite : si les remparts de la ville ont longtemps constitué l’image que cette dernière donne à voir d’elle-même, le général Leclerc représente désormais le nouveau visage de la commune. Considéré comme « l’enfant de la ville » par Christian Duvivier, directeur des musées pontoisiens Camille Pissarro et Tavet-Delacour, Charles Victoire Emmanuel Leclerc naît à Pontoise en 1772, au sein d’une ancienne famille originaire du quartier Notre-Dame. Proche de Napoléon, il épouse sa sœur Pauline et soutient son beau-frère lors du coup d’Etat du 18 brumaire. Si elles ne sont pas visibles sur la photographie, les batailles auxquelles le général a participé sont inscrites sur son piédestal. La commune met à l’honneur un vaillant guerrier, faisant de celui-ci un emblème de la ville. A l’échelle nationale, le général est également glorifié : à sa mort, il reçoit les honneurs d’un deuil national et ses funérailles sont célébrées au Panthéon. Depuis 1869, se dresse au sommet de la rue Thiers, la statue de Charles Victoire Emmanuel Leclerc, offerte par sa sœur à la ville de Pontoise.

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Préparer la question « Asie du Sud-Est » au CAPES externe et aux agrégations externes d’Histoire et de Géographie avec les ressources des Cafés géographiques

  • FUMEY Gilles, « Géopolitique de l’Asie (Pierre Gentelle) », Cafés géographiques, Rubrique Des Livres, 9 février 2007.

http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/geopolitique-de-l-asie_p-gentelle.pdf

Pierre Gentelle explique d’emblée que l’idée d’Asie n’existe pas dans l’esprit des Chinois et des Japonais. En dissipant ce malentendu, il a les mains libres pour présenter ce «continent» par des «blocs ethniques»et des «minorités», des terres fermes et des archipels, des aires religieuses et une construction régionale qu’il positionne par rapport à d’autres grands ensembles du monde, l’Europe, les États-Unis et la Russie. Cette présentation thématique en ondes concentriques a le mérite de casser le déterminisme physique en superposant différents types de données qui déterminent un objet qu’on appelle «l’Asie» mais qui n’a de réalité que chez ceux qui le désignent comme tel.

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