Le Haut-Karabakh : la question des frontières dans le Caucase, rencontre avec Henry Jacolin.

Henry Jacolin et M. Huvet-Martinet (modératrice) Photo J.P.Némirowsky.

L’Institut de géographie accueillait le 18 novembre 2023 Henry Jacolin (H.J), ancien diplomate, ambassadeur de France à Sarajevo pendant le siège (https://cafe-geo.net/henry-jacolin-lambassadeur-et-le-siege-sarajevo-1993-1995-paris-fauves-editions-2018/), fin connaisseur de la géopolitique du Caucase puisqu’il a assuré, de 2002 à 2005, la médiation du conflit du Haut-Karabakh en tant que co-président  groupe de Minsk.

Café géographique de Paris, Institut de géographique, 18 novembre 2023, compte rendu de Micheline Huvet-Martinet.

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Une visite au Mémorial du génocide arménien (2022).

Les Cafés géographiques ont organisé en juillet 2022 un voyage en Arménie, petit Etat du Caucase dont les relations conflictuelles avec le voisin azerbaïdjanais ont encore provoqué plus d’une centaine de morts ces dernières semaines. L’histoire des Arméniens dont le territoire a longtemps été partagé entre les puissants empires russe et ottoman, est marquée de nombreux épisodes tragiques. Le plus douloureux est sans doute le génocide (terme inventé par le juriste Raphaël Lemkin en 1943) subi en 1915 dans l’Empire ottoman. Les Jeunes Turcs, alors au pouvoir à Istanbul, planifient le massacre puis la déportation de toute la population arménienne, hommes, femmes et enfants, jusque dans le désert syrien où la plupart moururent.

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L’Arménie, montagne christianisée du Caucase

Le monastère arménien de Khor Virap © Maryse Verfaillie, juin 2022

A l’aube du jour, dans l’air froid et pur de la plaine, le mont Ararat apparaît en majesté, marquant la frontière avec la Turquie. Ne dit-on pas que Noé s’y échoua avec son arche ?
A l’aube de l’histoire, à l’aube du christianisme, gardienne de vieux et précieux manuscrits, l’Arménie fascine.
Montagne magique, parsemée de monastères, c’est un pays de pierre, riche et pauvre à la fois, enclavé dans les hauteurs du Caucase, maintes fois convoité, amputé, mais jamais anéanti. Etat disparu, ressuscité, soviétisé au XXe siècle, c’est un pays indépendant depuis 1991, mais toujours en zone de grande turbulence.
Les Arméniens, perpétuellement en marge des grands empires se sont aujourd’hui constitués en Etat-nation. Un pays qui garde une part de mystère et exerce un attrait impérieux pour le voyageur géographe.

Consulter le dossier en pdf, réalisé par Maryse Verfaillie

Carnets d’une Géographe sur les chemins d’Arménie, 1997-2017, Françoise Ardillier-Carras.

Le dessin du géographe : n°69

20 années de recherches en Arménie, 20 années de géographie rurale dans les montagnes de ce pays du Sud-Caucase…et une vingtaine de carnets de voyages, illustrés de dessins pour raconter mes « géographies voyageuses ».

Voici quelques-uns de ces dessins et aquarelles issus de ce parcours de chercheur.

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Vivre aux frontières en Arménie, entre mémoire et géopolitique

Vivre aux frontières en Arménie, entre mémoire et géopolitique
100 ans après le génocide de 1915

Café géographique organisé par l’AGUO (Association de Géographie de l’Université d’Orléans) avec la participation de Mme Françoise ARDILLIER-CARRAS, professeur émérite des Universités, chercheuse au laboratoire CEDETE-Orléans et vice-présidente de la Société de Géographie-Paris

CAFE-GEO-9-DECEMBRELe café géographique a lieu à 18h30 dans la salle de conférence du Bouillon, sur le campus universitaire d’Orléans-La Source.

Eileen CHARLES, Présidente de l’AGUO, se présente et introduit Mme ARDILLIER-CARRAS, qui fait part de son émotion de participer à ce premier café géographique de l’AGUO. Elle explique ensuite son sujet d’étude, dont la thématique des frontières prend place dans une actualité brûlante. Une frontière de droit est l’aboutissement d’un accorde et elle exprime la souveraineté d’un Etat. Ces délimitations peuvent donner lieu à des conflits lorsqu’un Etat franchit la frontière d’un autre, c’est alors un casus belli. Plusieurs situations ayant trait aux frontières du Sud-Caucase et de l’Arménie vont être présentées au cours de l’exposé, avec en second lieu des questions pour ceux qui le souhaitent.

L’Arménie est un petit Etat, grand comme la Belgique mais il n’en a pas toujours été ainsi puisqu’il existait en effet une grande Arménie sous Tigran Medz, pendant l’Antiquité. C’est une ancienne république soviétique qui vivait en vase clos, séparée de l’OTAN (par le biais de la Turquie) par le rideau de fer. L’héritage soviétique y est encore très présent. Le pays a obtenu son indépendance en septembre 1991 mais il s’est retrouvé enfermé dans d’autres types de frontières. Elle reste cependant souveraine de son territoire, avec des frontières de jure (établies par le droit). Son principal désavantage est l’enclavement : elle ne possède pas d’accès à la mer. Elle connaît également un enclavement géopolitique suite au conflit du Haut-Karabagh. Les populations locales ont été bouleversées par le choc des changements économiques et politiques. Enfin, l’Arménie fait office d’exception au cœur du monde turcophone, puisqu’elle le premier Etat à s’être converti au christianisme, en 305.

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Pierre Bonnet, géologue et géographe en Transcaucasie, 1909-1914, par Françoise Ardillier-Carras.

Dessin du géographe n° 58 (novembre 2015), par Françoise Ardillier-Carras, Professeur émérite

Fig. 1 : Rare perspective du lac Goktcha, actuel lac Sevan (Arménie)

Fig. 1 : Rare perspective du lac Goktcha, actuel lac Sevan (Arménie)..
Dessin à la plume, aquarellé, de Pierre Bonnet (1910) ©Académie des Sciences de la République d’Arménie

Tel un bloc diagramme, Pierre Bonnet a réalisé ce dessin en conjuguant ses observations sur le terrain et les données des cartes topographiques russes qui lui servaient durant ses expéditions. La vue est orientée sud-nord (le Mont Ararat se trouve au sud-ouest de l’espace dessiné).

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2015. Elisée Reclus, la géographie et le génocide arménien, Michel Sivignon.

l-homme-et-la-terreEn ces temps de commémoration des massacres qui ont amené au génocide arménien, il n’est pas inutile de revenir sur les textes des géographes qui ont abordé la question arménienne.

Commençons par Elisée Reclus. Après lui, une orientation scientiste de la géographie, une forme de pudeur devant ce qui est supposé du domaine du choix personnel et non pas de la science, et aussi un souci parfois exclusif du lien avec la géographie physique donnèrent à la littérature géographique un tout autre ton.

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L’Arménie et le mont Ararat, Daniel Oster.

grand-araratDes Cartes postales, 2014

Les deux cônes mythiques du Grand Ararat (5165 m), presque entièrement masqué par les nuages, et du Petit Ararat (3925m), largement dévoilé, dominent la vallée de l’Araxe qui marque la frontière entre la Turquie et l’Arménie. Du côté arménien, le monastère de Khor Virap, haut lieu de la chrétienté juché au bout d’une ligne de collines, veille sur une mer de vignes et d’arbres fruitiers. (Cliché de  Daniel Oster, mai 2014)

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Banquet géorgien
Présenté par Gilles Fumey (Université Paris-Sorbonne) le 9 novembre 2009.

Les convives se pressent nombreux dans cet étonnant appartement de la rue Saint-Jacques, l’ancien cardo de Paris, au cœur du Quartier latin. Nous sommes tout de suite plongés dans l’ambiance d’un banquet géorgien, avec beaucoup de monde, de l’improvisation, mais tout va bien se passer et nous allons vivre un moment inédit. Il faut se serrer, trouver de la place, les uns s’assoient sur des tabourets, d’autres sur un canapé bas, d’autres enfin sur des chaises hautes le long du mur, mais la plupart prennent place autour de la table, élément important du banquet, comme le rappelle l’étymologie du mot banquet = banc de bois.

Le banquet Photographie : Jean-Pierre Nemirovski

Le banquet
Photographie : Jean-Pierre Nemirovski

Le banquet géorgien, ou supra, pour employer son nom local, est le plus souvent un dîner, mais ce peut être aussi un déjeuner, voire s’organiser à tout moment de la journée. Le supran’a besoin que d’un prétexte pour être organisé. C’est de toute façon une réunion où l’on mange et où l’on boit beaucoup (en Géorgie, le fait de participer à un supra exempt du travail le lendemain), un moment traditionnel et culturel très important, dans un pays où les traditions restent vives. Cette pérennité est aussi peut-être un moyen pour ce pays montagneux du Caucase, peuplé de 5 millions d’habitants, de résister à l’envahisseur : en 2008, c’était la 28e fois que la Géorgie se faisait envahir…

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