Lüneburg (Basse Saxe), cité hanséatique du sel, 76 000 habitants, Micheline Huvet-Martinet.

Petite ville universitaire cossue et reposante, Lüneburg bâtie sur les rives de l’Ilmenau, affluent de l’Elbe, garde les traces de son dynamisme et de son opulence entièrement fondée sur la production et le commerce d’un beau sel blanc réputé autrefois dans toute l’Europe du Nord. La ville, qui n’a pas été bombardée pendant la guerre dégage beaucoup de charme en conservant une belle architecture civile gothique et Renaissance. Ville libre depuis 1247, Lüneburg était dirigée par le conseil municipal aux mains des grandes familles maîtres salineurs et négociants, véritable noblesse urbaine dont la richesse et le pouvoir s’expriment dans la décoration des salles de l’hôtel de ville. (suite…)

Le Canal du Midi : création, abandon, résurrection, Maryse Verfaillie.

Ecluses de Fonseranes © M. Verfaillie

 

L’idée de relier la Méditerranée à l’Atlantique par une voie navigable s’est imposée dès la naissance de l’Empire romain. Ils en ont rêvé, Auguste et bien d’autres après lui, mais ils ont renoncé jusqu’à ce qu’un illustre inconnu, Pierre-Paul Riquet visionnaire de génie, aussi hardi que tenace, ne parvienne à réaliser, sous le règne de Louis XIV une voie d’eau reliant la mer Méditerranée et l’océan Atlantique. Le Canal du Midi et Versailles sont sans conteste les deux chefs-d’œuvre du règne du roi Soleil. (suite…)

Le tourisme mémoriel de l’esclavage dans la métropole de Limbé-Bimbia (Cameroun anglophone), Jean Rieucau.

La ville de Limbé et le port négrier de Bimbia, localisés sur les côtes septentrionales du Cameroun, appartiennent au golfe du Biafra (Document 1). Limbé possède un site de baie remarquable, protégé par des îles volcaniques, situées à 500m du rivage. Cette cité est la principale ville anglophone du Cameroun par sa démographie (110 000 habitants). Elle s’appuie sur des aménités touristiques complémentaires entre elles : balnéaires, de montagne (randonnées, ascensions, sur et autour du volcan du Mont Cameroun), patrimoine architectural colonial allemand et anglais. Les rivages de sa baie servent également de plages aux habitants de Douala, située à 60 km plus au sud. Mais, cette destination touristique, en forte baisse de fréquentation, est pénalisée par la guerre civile, commencée en 2016, dans les régions sécessionnistes anglophones qui la jouxtent.

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Fragilités démocratiques et enseignement de l’Histoire, Michèle Vignaux.

Vers la création d’un Observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe

Le centre d’Histoire de Sciences Po a retransmis par zoom un séminaire consacré à l’enseignement de l’histoire en Europe (celle des pays siégeant au Conseil de l’Europe), à partir du rapport d’Alain Lamassoure (1) montrant une grande méconnaissance de ce sujet par les élèves et étudiants.

Alain Lamassoure insiste sur ce que sa double expérience de député du Pays basque et de député européen lui a appris : le besoin de bien connaitre l’histoire pour réaliser le « gros œuvre de notre temps », c’est-à-dire le chantier européen, ce « miracle historique » de la conjuration de la malédiction de la guerre. Pas d’art de la paix sans connaissance historique.

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Guatemala : sur la route des Mayas, des Conquistadors et de leurs descendants. (22 février – 7 mars 2019)

Voyage des Cafés géographiques, vendredi 22 février – jeudi 7 mars 2019.

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Olivier Truc « Le cartographe des Indes boréales » (Métailié, 2019). Michèle Vignaux.

Olivier Truc, Le cartographe des Indes boréales, Paris, Métailié, 2019.

Olivier Truc est venu récemment à l’Institut de géographie pour nous parler des Sami aujourd’hui et de leur intégration dans les sociétés d’Europe du nord (voir le compte rendu de Claudie Chantre). Son dernier roman évoque le temps (XVIIème siècle) de leurs premiers contacts avec la Couronne suédoise.

D’abord un titre. Un titre poétique qui renvoie à l’imaginaire de ces hommes du début du XVIIème siècle qui voulaient découvrir le monde et en extraire les richesses symboliques et matérielles. Ne pouvant s’installer durablement ni dans les Indes orientales, ni dans les Indes occidentales, les Suédois ont choisi d’établir leur souveraineté sur les terres du Grand Nord, les terres boréales.

Sous le titre de couverture, une baleine s’acharne, telle Moby Dick, à renverser une chaloupe de marins accrochés à leur rame pour sauvegarder leur vie. C’est à ce monde de baleiniers qu’appartient le héros du roman, Izko.

Monde arctique, ambitions politiques suédoises, chasse à la baleine, société lapone, fanatisme religieux… tels sont quelques-uns des domaines où Izko, évolue avec courage et intelligence. Il nous emmène de Saint-Jean-de-Luz au sud du Portugal et de Stockholm à la mer de Barents, du palais royal aux tentes de Laponie.

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« Gilets jaunes » (suite) : les sciences sociales pour y voir plus clair, Daniel Oster.

17 novembre 2018, Dozulé (Calvados). Des « gilets jaunes » manifestant à un péage de l’autoroute A13. (© Charly Triballeau/AFP)

« Gilets jaunes », acte IV, 8 décembre 2018. Le mouvement dure déjà depuis plusieurs semaines et personne n’est aujourd’hui en mesure de prédire sa fin précise. Une nette majorité de Français estiment « comprendre » ce mouvement hors norme mais cherchent-ils pour autant à réfléchir aux diverses composantes qui s’agrègent pour constituer un phénomène complexe dont la prise en compte est loin d’être aussi évidente que beaucoup le proclament ?

Fracture territoriale, fracture numérique, mondialisation néolibérale et recomposition économique, creusement des inégalités sociales, essor de la précarité et craintes d’un déclassement, transition énergétique et fiscalité écologique, usure du « système » démocratique traditionnel, pouvoirs respectifs des Etats et des multinationales, boucs émissaires (Europe et migrants entre autres) désignés par la vague populiste… La liste des facettes du mouvement des « gilets jaunes » est en réalité celle des ingrédients de notre modernité qui attisent notre inquiétude et parfois notre désarroi. Si nous voulons rester des citoyens lucides et respectueux de nos semblables, il nous faut réellement « comprendre », du moins tenter de le faire, pour aider notre démocratie et notre société à faire les bons choix en toute connaissance de cause. Les sciences sociales (sociologie, géographie, histoire, sciences politiques, sciences économiques et même psychologie) sont là pour guider notre réflexion et nos comportements.

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L’épopée du Canal de Suez, des pharaons au XXIe siècle, Michel Sivignon.

Atlas classique Vidal-Lablache. Armand Colin 1907 p. 85.

L’épopée du Canal de Suez, des pharaons au XXIe siècle à l’Institut du Monde Arabe du 28 mars au 5 août 2018

Voilà bien une exposition idéale pour réconcilier histoire et géographie, si c’est nécessaire.

Elle a plusieurs mérites. Elle présente d’abord la cérémonie de l’inauguration elle-même avec son faste étonnant, ses invités au premier rang desquels l’impératrice Eugénie, dont le Yacht impérial l’Aigle est placé en tête de la flottille officielle, puis François-Joseph de Habsbourg qui a déjà commencé son long règne. Des portraits et photos nous permettent d’admirer les épaules d’Eugénie, puis les moustaches et favoris de l’empereur d’Autriche-Hongrie. Les visiteurs furent sensibles nous dit-on au contraste entre ce faste et la misère populaire alentour. Un bal fut organisé pour 5 000 personnes, où figurait peut-être Paul Vidal de La Blache. Ce dernier en effet était alors membre de l’Ecole Française d’Athènes où il se préparait à une carrière d’archéologue et épigraphiste ; il vint assister à l’inauguration. Peut-être cet épisode de sa vie ne fut-il pas étranger à son choix de devenir géographe

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La Russie un siècle après la Révolution d’octobre : la renaissance d’un pouvoir impérial ? Par Denis Eckert.

La chute de l’Empire tsariste et surtout la prise de pouvoir par les bolcheviks avaient marqué en 1917 la fin officielle de la référence impériale, et la proclamation de la construction d’un Etat de type radicalement nouveau. L’évolution ultérieure de l’URSS a donné corps à la théorie du retour des logiques impériales, notamment lors des phases d’expansion impulsées par Staline. Lors de l’éclatement de l’URSS en 1991, on a pu croire à la fondation d’une nouvelle Russie, « plus petite mais meilleure », apte à se développer dans des frontières sûres et reconnues. Mais est-on aujourd’hui, après les multiples interventions russes des dernières années (Géorgie, Ukraine), en train d’assister à la résurgence de ce qu’on pourrait qualifier d’une puissance impériale, pour laquelle la volonté d’expansion territoriale et de contrôle des marges deviennent centrales dans l’idéologie politique ?

Café géographique de Montpellier, 2018, rencontre avec Denis ECKERT, Directeur de recherche au CNRS, Centre Marc Bloch, Berlin. Compte rendu rédigé par Emma Berger, 

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Emilienne, 1917 : Itinéraire d’une jeune Française réfugiée de la Première guerre  mondiale. Claudie Lefrère-Chantre.

Claudie Lefrère-Chantre, Emilienne, 1917. Itinéraire d’une jeune Française réfugiée de la Première guerre mondiale, Editions Fauves, 2017, 255 pages, 20 €.

Les Français aiment les commémorations historiques. Depuis 2014, la Grande Guerre suscite un intérêt considérable qui se traduit par des manifestations de toutes sortes, des initiatives publiques et privées, des colloques, des publications, etc. Le battage médiatique autour de la commémoration du centenaire de la guerre de 14-18 est soutenu par une véritable déferlante de livres sur la première guerre mondiale, une guerre toujours présente dans la plupart des familles françaises. Dans la production considérable orchestrée par les éditeurs, les sujets « classiques » sont bien sûr abordés mais d’autres questions, bien moins connues, profitent de ce coup de projecteur conjoncturel. Parmi ces derniers sujets, celui des réfugiés français pendant la guerre vient d’être illustré par un livre instructif et passionnant, émouvant même lorsqu’il s’insinue dans la chair et l’esprit de son « héroïne », Emilienne Richard. En février 1917, cette jeune fille lorraine de quinze ans doit obéir à l’ordre de l’occupant allemand qui la contraint à quitter son village de la Woëvre pour un long périple à travers l’Allemagne et la Suisse la menant à Villars-du-Var, un autre village situé à l’autre bout de la France, où elle va vivre la fin de la guerre et quelques années de plus jusqu’en 1923.

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