La Mondialisation contemporaine (1/2), Daniel Oster.

mondialisation_drapeauxSi la mondialisation est devenue incontournable pour appréhender les mutations du monde actuel, il n’est pas toujours aisé de se retrouver dans le maquis, parfois bien confus, des définitions et des notions telles que la mondialisation et la globalisation, sans parler des hypothèses formulées par les chercheurs et des controverses suscitées par la dynamique mondialisante.

1– Est-il possible de définir et de dater la mondialisation ?

Le développement du capitalisme libéral depuis le XIXe siècle se traduit par une expansion géographique continue mais contrariée par les guerres mondiales, le colonialisme et le socialisme. Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’internationalisation des échanges ne connaît quasiment plus de limites spatiales. La mondialisation contemporaine favorise la convergence des prix, homogénéise les marchés locaux en un seul marché unique, intégré. Ce qui n’existait à aucune autre époque d’élargissement des échanges, ni à la Renaissance, ni au début du XXe siècle. Sans doute est-ce la raison de l’apparition du terme « mondialisation » en 1961 dans sa version anglaise de « globalization », un terme qui ne s’est imposé véritablement qu’au début des années 1980, il y a donc 30 ans environ. Un terme aujourd’hui dont le contenu fluctue selon les utilisateurs  qui l’emploient. A cela plusieurs raisons :

  • La traduction française du terme anglais « globalization » hésite entre « mondialisation » et « globalisation ».
  • La mondialisation est un processus, à la fois inédit et en évolution constante.
  • L’idée reçue d’un phénomène essentiellement économique, associé au triomphe du capitalisme néolibéral.
  • Les jugements de valeur, écartelés entre ceux qui l’encensent et les autres qui l’accusent de dérives préjudiciables à des territoires et des populations considérables, voire à l’ensemble de la Terre sur le plan environnemental.

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La géographie des familles pour comprendre le monde, avec Emmanuel Todd.

Café géo « La géographie des familles pour comprendre le monde » animé par Emmanuel Todd (historien et démographe, Institut national des études démographiques INED), le mardi 26 février 2013, au premier étage du Café de Flore, Paris. Compte rendu : Benjamin Leborgne.

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Emmanuel Todd revient dans un premier temps sur le qualificatif de géographe qui pourrait lui être attribué : sa pensée étant spatialisée, il accepte bien l’idée qu’il l’est aussi. Après tout, la géographie, comme on l’a dit souvent au café géo, n’est pas la propriété des géographes.

Gilles Fumey pose tout de suite la question : « Comment en êtes-vous venus à l’analyse des familles ? »

Emmanuel Todd explique que concernant la famille, ce sujet lui est tombé dessus un peu par hasard. Quand il était étudiant, ce qui le passionnait c’était la démographie historique (travaux de Jacques Dupâquier) et qu’il aimait beaucoup la statistique. Emmanuel Le Roy Ladurie l’a envoyé à Cambridge pour travailler avec Peter Laslett qui lui demande d’étudier des listes d’habitants de Longuenesse, un village du Pas-de-Calais à la fin du XVIIIe siècle. Il fallait calculer le réseau de parenté en combinant la reconstitution des familles faite avec le registre paroissial et la liste d’habitants pour calculer une densité des réseaux de parenté. Puis Emmanuel Todd explique avoir été pris par le « démon du comparatisme », et avoir travaillé notamment sur des familles toscanes, du sud de la Suède et de Bretagne. « Quand on parle de système familial, les gens pensent immédiatement à leur famille, à une relation verticale. Mais il y a souvent un malentendu. » En vérité, Todd concède être arrivé tardivement à une définition satisfaisante de ce terme, qu’il a émise dans son dernier ouvrage (cf : Le Mystère français, 2013 avec Hervé Le Bras) : un système familial, ce sont des familles qui échangent des conjoints sur un territoire. Le système familial présuppose l’existence de valeurs communes à des familles sur un territoire. Si l’on pense en termes de modèle familial, E. Todd évoque son propre exemple familial en affirmant avoir vécu dans un système nucléaire égalitaire, étant né à Saint-Germain-en-Laye. Son système familial relève donc de celui de ce territoire.

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Les mondes du froid, avec Béatrice Collignon, Martin de la Soudière, Martine Tabeaud.

Café géo « Les mondes du froid », mardi 15 octobre 2013 de 20h30 à 22h30 au Café de Flore., Béatrice Collignon, Professeure de géographie à l’Université Bordeaux 3, Martin de la Soudière (EHESS), Ethnologue « du dehors », membre fondateur du Centre de recherche sur la perception du climat, Martine Tabeaud, Professeure de géographie à l’Université Panthéon Sorbonne – Paris 1 Compte rendu rédigé par Judicaëlle Dietrich. Le café est animé par Claudie Chantre. Le café de ce soir est consacré à la nouvelle question du programme des classes préparatoires littéraire Ulm en géographie : « les mondes du froid ».

Claudie Chantre présente la question et rappelle toutes les représentations qui sont associées à ces mondes du froid : des espaces périphériques, immobiles, … Le pluriel formulé dans le programme souligne une plus grande complexité, entre les espaces en altitude, les déserts, les lieux où l’on va subir une saison, les moments où l’on perçoit le froid, reliant la question à une dimension temporelle. Il faut croiser le temps avec le temps qui passe… Des espaces aussi souvent vus comme répulsifs et en pleine perturbation, avec le « réchauffement » ou plutôt le changement climatique. Ainsi, ce serait aussi des mondes dynamiques qui disparaitraient, un dernier eldorado auquel on s’accrocherait ou dont on voudrait s’emparer des richesses.

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Un abécédaire géolittéraire (2/26) : B comme Balcon

un_balcon_en_foretUn géographe qui voyage cherche assez vite à «  prendre de la hauteur », non par un quelconque complexe de supériorité mais plutôt pour embrasser le paysage qu’il découvre. Cette position lui permet d’exercer ses capacités d’analyse spatiale liées à sa formation géographique. Julien Gracq appartient à cette catégorie d’écrivains pour qui un paysage révèle plus facilement ses secrets depuis un promontoire ou un belvédère, ce qui lui fait préférer les vues panoramiques, les vastes espaces et les horizons vertigineux. Dans Un balcon en forêt (1958), dès les premières pages du livre, le personnage principal s’arrête un instant sur un point haut aménagé au bord de la route en lacets pour regarder le paysage de la vallée en contrebas :

« De là le regard effleurait le sommet du versant d’en face, un peu moins élevé ; on voyait les bois courir jusqu’à l’horizon, rêches et hersés comme une peau de loup, vastes comme un ciel d’orage. A ses pieds, on avait la Meuse étroite et molle, engluée sur ses fonds par la distance, et Moriarmé terrée au creux de l’énorme conque de forêts comme le fourmilion au fond de son entonnoir. La ville était faite de trois rues convexes qui suivaient le cintre du méandre et couraient étagées au-dessus de la Meuse à la manière des courbes de niveau ; entre la rue la plus basse et la rivière, un pâté de maisons avait sauté, laissant un carré vide que rayait sous le soleil oblique un stylet sec de cadran solaire : la place de l’église. Le paysage tout entier lisible, avec ses amples masses d’ombre et sa coulée de prairies nues, avait une clarté sèche et militaire, une beauté presque géodésique (…) »

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« Dictionnaire géopolitique de l’Islamisme », Antoine Sfeir, dir. (Bayard Jeunesse, 2009), Benjamin Guinet.
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Dictionnaire géopolitique de l’islamisme, dit. Antoine Sfeir, Bayard Jeunesse, Études et Essai, octobre 2009.

La récente intervention de la France au Mali suivie de la prise d’otages d’In Amenas et aujourd’hui les attaques des Shebab somaliens au Kenya ont ouvert le champ médiatique à une invraisemblable quantité « d’experts », psalmodiant régulièrement de non moins invraisemblables vérités, erreurs grossières aux conséquences parfois lourdes, que ces « caporaux stratégiques », chers au général Krulak[1], n’auraient assurément pas commis s’ils avaient pris la peine une fois d’ouvrir le Dictionnaire géopolitique de l’islamisme, ouvrage de référence qui conjugue synthèse et précision pour ouvrir des horizons nouveaux aux lecteurs, qu’ils soient ou non spécialistes.

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La vie domestique (I. Czajka, 2013) : desperate périurbain, Bertrand Pleven.

La vie domestique (Isabelle Czajka), France, Octobre 2013, 1h33

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Desperate périurbain

« Domaine du grand parc », indiquent des lettres posées sur un  panneau de bois, tandis que la voiture emprunte l’allée. Il ressemble étrangement à celui planté par le générique de la série télévisée américaine Weeds (1) à l’entrée d’« Agrestic », la gated community qui sert d’environnement aux deux premières saisons

Juliette et son mari rentrent d’un diner chez un voisin, chef d’une entreprise de photocopieuse et caricature de misogynie affable. Il a remis Juliette a sa place, celle d’une Desperate Housewife dont la seule ambition devrait être de s’ « occuper ».

Il fait nuit, la voiture progresse. On ne voit rien encore du cadre que le film va progressivement définir et indurer, celui d’un lotissement périurbain cossu, d’un espace social agissant comme une nasse sur notre captive  volontaire à son corps défendant  jouée par Emmanuelle Devos.

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« Un géographe français et la Roumanie. Emmanuel de Martonne (1873-1955) », Gavin Bowd (L’Harmattan, 2012), Denis Wolff.)

 

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Gavin Bowd, Un géographe français et la Roumanie. Emmanuel de Martonne (1873-1955), L’Harmattan, 2012, 218 p.

Si Emmanuel de Martonne est resté célèbre en raison de ses travaux en géographie physique (cf. notamment son fameux Traité) et de son rôle organisationnel dans la géographie à l’échelle nationale et internationale, il ne faudrait pas oublier qu’il fut tout au long de sa vie passionné par un pays : la Roumanie. C’est dire tout l’intérêt du livre de Gavin Bowd, professeur à l’Université de St Andrews (Ecosse), première étude approfondie de géographie politique sur les relations entre Emmanuel de Martonne et la Roumanie, où l’auteur mobilise,  pour la première fois à notre connaissance, les nombreuses archives roumaines où il est possible de suivre les étapes de ces relations.

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La Renaissance et le rêve, Daniel Oster.

Musée du Luxembourg, 9 octobre 2013- 26 janvier 2014

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Pâris Bordone, Vénus endormie et Cupidon, Venise, collection G. Franchetti (détail)

Les expositions thématiques s’attachent désormais à explorer des sujets originaux comme cette exposition du Musée du Luxembourg qui montre,  pour la première fois à notre connaissance, la façon dont les artistes de la Renaissance ont représenté le rêve. Même si ce thème est très présent dès l’Antiquité, la Renaissance lui donne une dimension nouvelle entre le XIVe et le début du XVIIe siècle, non seulement dans les arts et la littérature, mais aussi dans la vie politique et sociale, et même les débats théologiques. Les plus grands peintres et sculpteurs européens s’emparent de ce sujet pour l’interpréter de façon très diverse, soit comme la mise en contact avec le divin ou le démoniaque, soit comme le moyen de transfigurer le vécu du quotidien. Et même pour certains, le rêve est perçu comme une métaphore de l’art lui-même. Mais tous doivent tenter de représenter l’irreprésentable, comment peindre l’onirique ? En suivant un parcours débutant à la tombée de la nuit et s’achevant à l’aube, l’exposition entraîne le visiteur dans un monde de rêves et de visions qui témoigne de la puissance de l’art et de l’imaginaire.

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Reims et la Champagne (20-22 septembre 2013).

clocher-champagne Un week-end  champenois, 20-22 septembre 2013, compte rendu rédigé par Daniel Oster<.

L’histoire prestigieuse de Reims vaut à la ville des sacres d’avoir 4 sites inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1991. L’autre attraction touristique de la métropole champenoise réside dans la présence de nombreuses maisons de champagne avec leurs caves et leurs hôtels particuliers. Mais les Cafés Géographiques ont préféré  sortir des « lieux communs » pour découvrir différentes facettes de la ville et de sa région : des témoins de l’histoire urbaine de Reims, un joyau Art nouveau (la Villa Demoiselle), des paysages forestiers et viticoles, le fonctionnement d’une coopérative viticole, un spectacle son et lumière, un circuit Art Déco, la visite de la cathédrale guidée par le meilleur spécialiste de ce monument prestigieux, etc.

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Un abécédaire géolittéraire (1/26) : A comme Abécédaire, de Daniel Oster.

abecedaireLa littérature contemporaine aime les listes, témoignant ainsi de la fécondité des formes de l’abécédaire, du dictionnaire, du florilège et de l’inventaire. Un écrivain comme Gérard Genette, a consacré sa carrière professionnelle à l’étude de la théorie littéraire, notamment le sens du discours et les aspects du langage. Mais il occupe désormais une partie de sa retraite à écrire des ouvrages à la fois savoureux et érudits qui prennent la forme d’abécédaires où l’émotion le dispute à la clairvoyance. C’est ainsi qu’après Bardadrac (2006) ont suivi Codicille (2009) et Apostille (2012). Dans ces trois livres où l’auteur regarde avec humour et tendresse son passé, la géographie n’est pas négligée. Accordant une place importante à son goût des villes et des rivières, aux lacs et aux ponts, aux Etats-Unis et à la France, à ses rêveries géographiques, Gérard Genette révèle une inclination géographique évidente en  même temps qu’un regard capable d’analyser l’espace avec lucidité.

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