Le terrorisme frappe les hétérotopies

Quoi de commun entre la plage de l’hôtel de Sousse en Tunisie, la salle de concert du Bataclan à Paris, l’aéroport de Bruxelles en Belgique, le site de Palmyre en Syrie ou encore la discothèque gay d’Orlando en Floride ? Le terrorisme frappe-t-il au hasard ou n’y a-t-il pas dans ces lieux quelque chose de commun ?

Relire Michel Foucault peut permettre de répondre à ces interrogations. Lors d’une conférence au Cercle d’études architecturales donnée en 19671, Foucault fonde le concept d’« hétérotopie »2. Il distingue ainsi des lieux qui se différencient des autres car ils fonctionnent comme des « contre-espaces », des utopies localisées comme, par exemple, la tente d’indiens dans le grenier ou le lit des parents occupé par les enfants, mais aussi les clubs de vacances, les musées, les bibliothèques ou encore les bateaux. Ces hétérotopies se logent donc dans l’espace privé ou public, des espaces de l’intime ou de l’extime3.

Ces hétérotopies ont alors un autre fonctionnement : les groupes sociaux y agissent suivant des règles qui ne répondent plus ou plus totalement à celles qui peuvent s’exercer dans les espaces environnants. Dans ces espaces, les comportements sociaux et corporels sont modifiés.

Foucault explique que ces lieux servent en quelque sorte à « effacer, neutraliser ou purifier » les autres espaces. Dit autrement, les espaces fonctionnent comme des soupapes : expressions des sentiments et des émotions qui sont normés habituellement et contrôlés dans les espaces du quotidien.

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Pour une géographie de la conservation. Porter une attention à la biodiversité. Pascal Marty, Raphaël Mathevet.

Les Cafés Géo accueillent le 3 février à 18h Pascal Marty, professeur des universités à l’ENS de Lyon et chercheur à l’UMR 5600 Environnement Ville Société, et Raphaël Mathevet, directeur de recherche au CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive UMR 5175. Ils ont été amenés à travailler ensemble dans le cadre de ce laboratoire de Montpellier qui mène des recherches à l’interface entre écologie et sciences humaines et sociales.

Le titre de ce Café est directement inspiré de l’ouvrage Pour une géographie de la conservation récemment paru et dirigé par R. Mathevet et L. Godet. Dans le champ de recherche que constitue la biologie de la conservation, les sciences humaines et sociales ont souvent une place secondaire. Or le titre de cet ouvrage est une forme de revendication : la géographie est aussi une discipline qui produit des connaissances pertinentes pour la conservation.

  1. La biologie de la conservation

Ce premier temps est mené par R. Mathevet. R. Leakey et R. Lewin proposent il y a 20 ans le terme de sixième extinction. La période actuelle est présentée comme la sixième crise, après celle du Crétacé marquée par la disparition des dinosaures et d’animaux marins. Les symptômes de cette crise sont très marqués, notamment si le raisonnement se fonde sur la comparaison avec les taux de disparition liés aux crises historiques. Les causes majeures de cette nouvelle extinction de masse ont été assez clairement identifiées, il s’agit de la surexploitation des ressources naturelles, de la destruction des habitats, des invasions biologiques et des extinctions en chaînes. Ces différentes causes sont plurifactorielles et interagissent entre elles, dans un contexte de changement global. Que faire alors ?

La biologie de la conservation propose un champ pluridisciplinaire depuis les années 1980. La nature est vue comme un patient malade, à travers un discours marqué par une analogie avec la médecine. L’idée est de travailler sur des espaces protégés, la restauration, le renforcement des populations, le monitoring… Ses objectifs sont de promouvoir des principes scientifiques de la conservation, d’identifier des problèmes et des solutions, de faire le lien entre science et gestion, d’établir la base scientifique d’une éthique de la conservation, d’assurer la diffuser de l’information… Elle se définit comme une discipline de crise et donc comme une discipline d’action. Face à l’incertitude, elle considère qu’il vaut mieux agir que ne rien faire. La biologie de la conservation reste cependant mal nommée tant elle invite à l’interdisciplinarité sinon à la pluridisciplinarité (depuis une conférence organisée en 2009 à Montpellier, les scientifiques francophones préfèrent mettre en avant les « Sciences de la conservation »).

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L’Espagne, une nation éclatée ? par Cyril Trépier.

Compte rendu du café géographique de Saint-Brieuc, 21 avril 2016, compte rendu de Christiane Barcellini.

Cyril Trépier est géographe, il enseigne à l’université de Cergy et en classe préparatoire à Meaux. En 2011, il soutient sa thèse « Analyse géopolitique de l’indépendantisme en Catalogne ». Elle est éditée en 2015,  dans la collection Logiques politiques, L’Harmattan. Cet ouvrage ainsi que « L’Espagne en crise(s), une géopolitique au XXIe siècle » de Nacima Baron, professeure à l’université de Paris-Est, et de Barbara Loyer, professeure à l’université de Paris 8, Armand Colin, 2015, sont les deux ouvrages de référence pour ce café géographique.

Ce café géographique s’est tenu dans le cadre du projet pédagogique des lycées Renan et Rabelais sur le thème « La musique dit le monde », autour du combo barcelonais Muyayo*Rif invité en résidence. Le sujet de ce soir « L’Espagne, une nation éclatée ? » fait écho à ce groupe de musiciens au répertoire espagnol et catalan. Et en guise d’introduction, les Muyayo ont chanté pour l’auditoire l’Estaca, composé en 1968 par Lluis Llach. Chanson de résistance sous le franquisme, elle est aujourd’hui l’hymne populaire catalan.

Le groupe barcelonais MUYAYO*RIF

Le groupe barcelonais MUYAYO*RIF

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Territoires de santé, santé des territoires : vers des déserts médicaux en France ? Par Christophe Evrard.

Café géographique du 03/ 05/ 2016 au Gazette Café de Montpellier, avec Christophe Evrard, maître de conférences de l’Université Paul Valéry Montpellier 3. Compte rendu rédigé par Guillaume Poinsignon.

« Les professions de santé sont en mauvaise santé. »

Cet exposé a pour objectif de vous aider à comprendre le pourquoi et le comment de la situation de la démographie médicale en France, mais surtout de montrer quelles conséquences territoriales cela implique. Les médias sortent souvent ce sujet quand il faut se mettre quelque chose sous la dent : les déserts médicaux, les difficultés de certaines populations pour trouver un médecin au quotidien, le déficit de la sécurité sociale… sont autant de thématiques récurrentes. Mais parmi ces thèmes, la baisse du nombre de médecins est une réalité fréquemment soulignée, ainsi que l’augmentation du nombre de « déserts médicaux ». En 2013, un rapport du Conseil National de l’Ordre des Médecins souligne que le nombre total de médecins (généralistes, spécialistes et chirurgiens) a enregistré une baisse de -0,3%. D’ici 2020, la France risque de manquer de médecins ! Toutefois, certains faits établis il y a quelques décennies, permettent d’apporter les premiers éléments de compréhension de la situation actuelle.

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Violence politique au Burundi ou l’impossible démocratisation

Ce café géographique, programmé le mercredi 25 novembre 2015, a été animé par Aloys NDAYISENGA, chef du département de géographie de l’université de Bujumbura. En 2010, il a soutenu une thèse intitulée « La reproduction d’un système paysan à travers les revenus extérieurs à l’exploitation : le cas de la région du Bututsi au Burundi ». Elle a été réalisée au laboratoire « Dynamiques Rurales », à Toulouse.

Introduction

Petit État de la région des grands lacs (environ 28 000 Km²), le Burundi est peu connu des Français et des Européens en général. Cette méconnaissance est même utilisée à des fins comiques : à la fin du film à succès « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », Christian Clavier présente son acolyte, avec lequel il voyage en fraude dans un train de la SNCF, comme le ministre des finances burundais ! De façon moins « légère », les Occidentaux se souviennent que deux de ses principales composantes « ethniques », les Hutus et les Tutsis, se sont affrontés dans un génocide particulièrement meurtrier dans la première moitié des années 1990. Ils ont découvert plus récemment, et en même temps que les membres de la diaspora vivant sur le « Vieux Continent », le déclenchement d’une nouvelle crise politique, dont les origines semblent se trouver dans la réélection contestée de Pierre Nkurunziza, en 2015. L’objet de ce café géographique était donc de débattre et d’apporter, en toute modestie, quelques pistes d’interprétation de ce blocage politique. Deux questions ont guidé le propos de l’intervenant et structurent ce compte-rendu : Pourquoi le « pays des mille collines » fait-il face à un nouveau cycle de violence, après ceux de 1972 et 1993 ? Et quelles sont les perspectives d’accalmie à moyens termes ?

Un territoire élevé, sous-urbanisé et uni autour d’une langue

En se limitant aux aspects généraux, le Burundi peut être subdivisé en trois grands ensembles topographiques :

  • L’Ouest du pays est cisaillé par une profonde ride, dans laquelle se trouvent le lac Tanganyika et la capitale : Bujumbura. C’est une partie du « Rift Albertien », appelée localement Imbo, et dont l’altitude n’excède jamais 1000 mètres.
  • Cette dépression est interrompue vers l’Est par une crête acérée, qui présente les plus hauts sommets du territoire (les massifs du Heha, du Teza ou encore du Twinyoni culminent tous à plus de 2600 mètres) et sépare le bassin hydrographique du Congo de celui du Nil.
  • La crête Congo-Nil est raccordée à l’Est du pays par des plateaux, qui s’affaissent doucement en direction de la frontière tanzanienne. Les « cuvettes » du Bugesera et du Kumoso, situées aux confins orientaux du territoire, ne dépassent pas 1400 mètres d’altitude.

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Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque.

Musée d’Orsay
22 mars-17 juillet 2016-05-22

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Prenant pour thème « l’innocence archaïque du peintre », la très belle exposition organisée par le musée d’Orsay et la Fondazione Musei Civici di Venezia, replace les œuvres de Rousseau entre ses sources d’inspiration académiques et les influences qu’il exerça sur les avant-gardes du début du XX ème siècle. Delaunay, Léger, Picasso, Kandinsky, lui doivent beaucoup.

Bizarre, l’œuvre du Douanier Rousseau ? Naïve ? Primitive ? Allez vite, déguster comme un bonbon, acide ou sucré, une œuvre non conforme qui libère et qui fait rêver.

Henri Rousseau, homme et peintre singulier

Une vie difficile (1844- 1910)

Il naît et grandit à Laval dans un milieu modeste. Sur les bords de la Mayenne, il observe la lumière et dans les églises, les chapiteaux et leur bestiaire.

Après des études de droit, il s’engage dans l’armée, puis trouve un poste à l’octroi de Paris (douane sur la Seine). Toute sa vie sera une vie immobile, sédentaire, même s’il affirmera avoir voyagé jusqu’au Mexique.

Alors qu’il n’est jamais allé dans une école d’art, il se met à peindre et obtient une carte de copiste au musée du Louvre. Ce n’est qu’à 49 ans qu’il quitte son métier de douanier pour vivre (ou tenter de vivre) de son art.

Marié, veuf, remarié, à nouveau veuf, père de nombreux enfants dont un seul lui survivra, Rousseau doit aussi endurer des échecs comme artiste peintre.

Pendant vingt ans il expose au Salon des Indépendants, parfois considéré comme celui des « peintres du dimanche », parce qu’il n’y a ni prix, ni jury. Il doit essuyer les moqueries de nombreux visiteurs et la critique acerbe d’un journaliste : « Monsieur Rousseau peint avec ses pieds, les yeux fermés ».

Mais il s’obstine et se prétend le plus fort de son temps (avec Picasso). Il n’est reconnu que pendant sa dernière décennie d’artiste, mais par les plus grands peintres de l’avant-garde de son temps : Il fascine Delaunay, Léger, Picasso, Kandinsky, qui lui achètent des toiles.

Il vit comme une apothéose de sa vie artistique le banquet organisé en son honneur en 1908 par Picasso et ses amis dans l’atelier du Bateau-Lavoir.

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Nucléaire et territoires : Je t’aime, moi non plus ! par Teva Meyer.

Compte rendu du Café géopolitique qui s’est tenu au Café de la Mairie, Paris 3e, le 23 mars 2016. Compte rendu de Amandine BONNIN, Mathilde COSTIL, Floriane OLLIVIER, Hugo SOUTRA, Maelly VIARD,

C’est l’actualité qui nous a guidé vers le thème « Nucléaire et territoires » pour plusieurs raisons :

  • 5ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima
  • le vote, cet été 2015, d’une loi sur la transition énergétique
  • quelques mois après, la tenue de la COP 21 à Paris
  • des moments politiques récents : la volonté de la ministre de l’environnement de prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires; la plainte de la ville et du canton de Genève contre X pour les conséquences de la centrale du Bugey (Genève étant défendue par Corinne Lepage, ancienne ministre en France).

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Un géomorphologue sur le terrain aujourd’hui: des tors et des paléo piétinements

Le dessin du géographe : n°61

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L’ile d’Ouessant est totalement incluse dans le périmètre du parc Marin d’Iroise et son littoral est intégralement protégé. La lande littorale, les pelouses halo-éoliennes, très sensibles au piétinement sont soigneusement observées et suivies par le Centre d’Etude du Milieu d’Ouessant (CEMO) et des chemins côtiers spécifiques canalisent les promeneurs loin des espaces les plus écologiquement fragiles.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Ainsi vers 2840 cal BC des occupants de l’île marchaient régulièrement vers des lieux de pêche et creusaient des chemins. Vers 1190 cal BC * le piétinement aux alentours des pêcheries était suffisant pour que les horizons organiques s’accumulent 10 fois moins vite que sur des sites non fréquentés. Il s’agit bien sur de mesures et de datations qui n’ont pas une exactitude absolue mais elles indiquent que les premiers occupants de l’île avaient déjà un impact sur les pelouses littorales et localement sur le recul de certaines falaises meubles.

A une époque un peu moins lointaine, mais encore non datée, des constructions littorales autre que des pêcheries ont été installées dans de toutes petites anses où un bateau (petit) peut s’abriter et s’échouer, même par grande tempête d’Ouest : ainsi à Porz Milin juste à l’Est du phare de Creac’h.

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Le classement de la Champagne au Patrimoine mondial de l’UNESCO (Vidéo)

Retrouvez en vidéo le café géographique de Reims du 3 février 2016, sur le thème « Le classement de la Champagne au Patrimoine mondial de l’UNESCO », avec Amandine Crépin (directrice de la Mission côteaux, maisons et caves de Champagne) et Olaf Holm (directeur du Parc Naturel Régional de la Montagne de Reims).

• Vidéo à visionner sur le site de l’université de Reims :
https://podcast.univ-reims.fr/videos/?video=MEDIA160229103433794

L’Asie centrale, des empires à la mondialisation, par Julien Thorez.

Julien Thorez est géographe, chargé de recherche au CNRS, membre du laboratoire « Mondes iranien et indien ». Il a récemment dirigé la publication d’un ouvrage intitulé Asie centrale : des indépendances à la mondialisation.. Compte-rendu rédigé par Clara Curmi.

L’expression « Asie centrale » désigne une entité géographique dont les limites diffèrent suivant les périodes, les approches, les auteurs. Dans le cadre de cette conférence, Julien Thorez s’intéresse à l’Asie centrale post-soviétique, aujourd’hui composée de cinq états indépendants : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Au cœur du continent eurasiatique, cette région du monde turco-iranien été au centre du « grand jeu » entre l’empire britannique et l’empire russe au XIXe siècle. Après avoir été colonisée par l’Empire tsariste puis intégrée à l’Union soviétique, elle entre dans la mondialisation.

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