Les ségrégations dans l’enseignement supérieur au prisme des dispositifs d’affectation : des inégalités liées à ParcourSup ? Par Leïla Frouillou.

Présentation par Leïla Frouillou, Docteure en Géographie et Maitresse de Conférence en Sociologie, Université Paris Nanterre

Ce Café Géo a eu lieu le mercredi 05 décembre 2018 à la Brasserie des Cordeliers à Albi . Compte rendu de Guilhem CARBONNE, Loïc CEVENES et Valentin SOLIMAN

Il existe des ségrégations universitaires, définies par analogie avec les ségrégations scolaires (écarts sociaux et scolaires entre les publics de différents établissements, se traduisant par des inégalités sociales).

Lors de ce café géographique, Leïla Frouillou analyse non seulement les hiérarchies disciplinaires mais aussi la concurrence entre établissements à partir des seize universités publiques franciliennes ces dernières années. Les dispositifs d’affectations tiennent un rôle central dans la genèse de ces écarts de publics, par exemple à travers la mise en place de priorités académiques qui constituent des inégalités d’accès aux universités. Ces inégalités peuvent être discutées à partir du récent dispositif Parcoursup. Ce dernier assouplit encore la sectorisation tout en promouvant une figure du candidat aux études supérieures auto-entrepreneur de son parcours scolaire dans un contexte de mise en concurrence des formations comme des candidats, et de saturation des capacités d’accueil dans certaines formations.

(suite…)

Les militaires et le changement climatique, Daniel Oster.

Les interventions vont davantage être orientées vers des opérations de sécurité civile en lien avec les catastrophes naturelles (Source: ministère des armées)

Le changement climatique provoque partout dans le monde des analyses et des remises en question qui n’épargnent pratiquement aucun domaine. Le secteur militaire n’échappe pas à la règle. Les dirigeants politiques créent des instances de réflexion et de recherche pour mesurer l’impact du dérèglement climatique sur l’outil militaire et adapter le rôle des armées aux nouveaux défis environnementaux.  (suite…)

Trieste, du déclin à la renaissance ? Daniel Oster.

La ville de Trieste aujourd’hui. Au premier plan, le Grand Canal construit au XVIIIe siècle qui a permis l’entrée des bateaux au cœur de Trieste. (https://www.lepoint.fr/voyages/trieste-concentre-de-culture-22-03-2011)

Situé au pied des Alpes dinariques sur la mer Adriatique, le port de Trieste fut longtemps le principal débouché méditerranéen du Saint-Empire romain germanique puis de l’Empire austro-hongrois. L’histoire complexe de la ville s’explique par une position en Europe au carrefour des influences latine, germanique et slave. La fondation romaine (Tergeste), la rivalité avec Venise, l’installation de nombreux juifs après 1492, l’intégration dans l’Empire des Habsbourg (port franc en 1719), constituent quelques étapes marquantes de cette histoire.

(suite…)

Pourfendre les idées reçues sur le Moyen Age. Crimes et Justices au Moyen Age, Michèle Vignaux.

Exposition à la Tour Jean sans Peur, rue Etienne Marcel à Paris (jusqu’au 29 décembre 2019)

L’affaire est entendue. Le Moyen Age était une période barbare : les misérables pourrissaient pendant de longues années dans les cachots, les tortures usaient de l’eau, du fer et du feu, les pendus se balançaient par grappes à chaque carrefour. Romans et films nous ont effrayés avec des bourreaux à tête de Quasimodo et des sorcières transformées en torches vives. Et Michel Foucault y a apporté une caution scientifique dans Surveiller et Punir.

D’ailleurs les contemporains s’en portent témoins ! Enlumineurs comme Jean Fouquet montrant les pendus du gibet de Montfaucon serrés comme des jambons au séchoir ou poètes comme François Villon dans la Ballade des Pendus :

 

 

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :

Quand de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

(…)

La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.

(suite…)

La géographie aux Éditions du CNRS, Daniel Oster.

La célébration des 80 ans du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) constitue une belle occasion d’attirer l’attention d’un large public sur le travail discret mais efficace de la filiale éditoriale de cette institution française. CNRS Éditions constitue la vitrine de la recherche française qui s’apprête à publier, entre août et novembre, les premiers volumes d’une nouvelle collection (Les nouvelles voix de la recherche) dans laquelle des scientifiques de toutes disciplines proposent une synthèse claire et concise de leurs recherches. A titre d’exemple, signalons la parution dès le 29 août du livre de Jean Jouzel, Climats passés, climats futurs. Nul doute que cette centaine de pages du climatologue français rencontrera un succès mérité à l’heure où l’urgence des questions environnementales nécessite une diffusion à grande échelle du savoir scientifique pour étayer les positionnements citoyens.

 

 

Nous profitons de cette opportunité éditoriale pour rappeler qu’à côté des sciences « dures » les sciences humaines occupent une large place dans les publications de CNRS Éditions. Et au sein de ce vaste secteur la géographie n’est pas en reste. C’est une réalité qui mérite d’être divulguée, non seulement auprès des lecteurs soucieux de parfaire leur culture géographique (étudiants, enseignants…), mais aussi auprès d’un public plus large intéressé par le rôle de l’espace comme clé de compréhension du monde contemporain.

(suite…)

La tour qui ne prend pas garde… Michèle Vignaux.

 

La Tour Jean sans Peur à Paris © Michèle Vignaux

Paris n’aime pas les tours. Elle adule son caractère haussmannien et se méfie de toute construction qui dépasse les six étages. Les tours du XIIIème arrondissement sont considérées comme médiocres et tout projet de tour nouvelle, même proche du périphérique, suscite les pétitions indignées des riverains et de tous « les amoureux de la capitale ».

Bien sûr il y a des exceptions. Il y a celle qui se hausse du col au milieu du Champ de Mars, exploit d’ingénieur et non œuvre d’architecte, aussi célèbre que les pyramides égyptiennes malgré son jeune âge (moins d’un siècle et demi). Il y a aussi la Tour Saint Jacques, ni très haute, ni très large, mais qui a su faire de la place autour d’elle. La tour Montparnasse n’a d’attrait que pour les clients du restaurant du dernier étage. On ne parlera pas des tours de La Défense… des banlieusardes.

(suite…)

La question de la traversée ferroviaire franco-italienne dans les Alpes, Daniel Oster.

A l’heure où le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin continue de se heurter à de fortes résistances, surtout du côté italien, il est utile de se pencher sur la question plus générale du rapport entre la voie ferrée et le massif alpin. Dans ce contexte il nous a semblé intéressant d’attirer l’attention sur un autre projet de liaison ferroviaire, bien moins ambitieux, entre la France et l’Italie, précisément entre Briançon et Bardonecchia. Nous remercions la revue Chemins de fer de nous avoir donné l’autorisation de reproduire l’article de Jean-Louis Tane et Henry Jacolin paru dans le numéro 576 de juin 2019.

Briançon-Bardonnèche 1

Briançon-Bardonnèche 2

Briançon-Bardonnèche 3

Daniel Oster, août 2019

Le lac Tchad au péril de l’Anthropocène, par Géraud Magrin.

Café géographique de Montpellier, 2019. Intervenant : Géraud Magrin, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – U.M.R. PRODIG. Compte rendu rédigé par Pierre-Félix Vautrin.

La notion d’Anthropocène et son actualité au Sahel 

La notion d’Anthropocène est une notion proposée au début des années 2000 par Paul Crutzen (chimiste de l’atmosphère) pour nommer un nouvel âge géologique influencé par l’impact de l’activité des sociétés humaines sur le système « Terre ». À travers la notion d’Anthropocène, Paul Crutzen et d’autres chercheurs ayant travaillé sur cette notion, prennent en compte un certain nombre de dynamiques : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les changements dans le cycle de l’eau, etc. Ces éléments renvoient à l’évolution du système « Terre » d’un point de vue surtout biophysique : la principale critique soulevée par la notion d’Anthropocène est que celle-ci a tendance à dépolitiser la question des crises environnementales. En considérant d’une part que toutes les sociétés humaines ont (eu) la même empreinte sur les écosystèmes. Et en débouchant sur la proposition de solutions purement techniques pour résoudre le problème, à travers différents projets d’ingénierie environnementale, dont les enjeux politiques ne sont pas davantage questionnés. Les géographes ne s’intéressent à cette notion que depuis peu de temps : certains d’entre eux interrogent, à l’échelle des territoires, la manière dont cette notion permet d’éclairer d’un jour nouveau leurs objets d’étude, en prenant au sérieux la crise environnementale globale mais sans éluder la perspective politique qui fait le sel et l’intérêt des approches critiques de l’environnement.

(suite…)

Sur la route du Tokaido, Michèle Vignaux,.

Affiche de l’exposition

Exposition d’estampes japonaisesMusée Guimet (6, place d’Iéna, 75116 Paris), Jusqu’au 7 octobre 2019

(suite…)

Terres agricoles des villes : des expériences innovantes d’agriculture. Avec Christophe-Toussaint Soulard, Pascale Scheromm et Camille Clément.

Café géographique de Montpellier, 2019, intervenants : Christophe-Toussaint Soulard, Pascale Scheromm et Camille Clément, Chercheurs à l’INRA, UMR Innovation, Montpellier. Compte rendu rédigé par Pierre-Félix Vautrin.

Comment se met en place l’agriculture urbaine dans un contexte qui n’est pas traditionnellement celui de l’agriculture ?

I. L’agriculture urbaine : de quoi parle-t-on ?

L’agriculture urbaine, c’est l’ensemble des activités de production de denrées alimentaires (ou d’autres denrées notamment ornementales, fourragères, médicinales etc.) qui vont être pratiquées dans l’espace urbain ou en périphérie.

Les agricultures urbaines peuvent concerner toutes les productions végétales et animales. Les pratiquants agricoles sont très divers : certains sont des professionnels, d’autres des amateurs. Par ailleurs des associations voire même des institutions s’investissent dans cette activité. L’agriculture urbaine peut se pratiquer sur sol ou sans sol : sur les toits ou sur les murs des maisons par exemple. Les agricultures urbaines sont souvent des agricultures sociales et militaires : elles renvoient à des projets liés, par exemple, à l’éducation alimentaire, à l’insertion sociale par l’emploi, à l’amélioration de la santé physique et mentale. Par ailleurs, les projets d’agriculture urbaine sont souvent des projets de mobilisation citoyenne pour permettre de conserver des espaces de production dans le tissu urbain. De nombreux projets en effet prônent l’idée que l’agriculture urbaine est un moyen pour permettre aux populations défavorisées de produire et de développer une alimentation de qualité.

(suite…)

« Page précédentePage suivante »