015, annus horribilis pour la France. Les attentats de Paris en janvier et novembre, la crise des migrants, le chômage au plus haut, la forte poussée du Front National aux élections départementales et régionales, les interventions militaires en Afrique et au Moyen-Orient, les catastrophes climatiques…Des drames, des angoisses, des inquiétudes qui affectent la société française dans son ensemble, d’où la recherche – parfois désespérée – de remèdes efficaces pour soigner des maux toujours plus graves, du moins pour une partie de la population du pays.
Compte rendu du Café Géographique du 13 octobre 2015 à Paris (Café de Flore), avec Pauline Guinard (MCF ENS Ulm, UMR Lavue-Mosaïques, UMR IHMC (associée)) et Bénédicte Tratnjek (doctorante en géographie). Animation Judicaëlle Dietrich et Michel Sivignon
Michel Sivignon rappelle dans un premier temps que les émotions ont longtemps été ignorées en géographie, parce que contraires à une vision objective et scientifique. Aujourd’hui, il existe un retour aux émotions, pas seulement dans le discours des sciences sociales, mais dans le vocabulaire quotidien Il donne des exemples comme le service Internet payant Canalplay qui fait sa publicité grâce au slogan : « des émotions à la demande » ou du magazine Elle qui titrait il y a peu : « Ne gardons que les émotions positives ». Il termine en affirmant que les émotions appartiennent à tout le monde.
Judicaëlle Dietrich explique rapidement la raison de l’invitation de Pauline Guinard et Bénédicte Tratnjek. Elle est en effet à l’initiative de ce café et du choix de cette thématique qui l’intéressait : « comment prendre en compte les émotions dans le fait de faire de la géographie ? ». Elle s’est donc intéressée au séminaire organisé à l’ENS Ulm par les deux intervenantes. Ce séminaire Géographie des émotions a accueilli lors de sa première année d’existence des chercheur.e.s spécialistes de ces questions comme pour n’en citer que quelques-un.e.s : Elise Olmedo, Anne Volvey et Jean-François Staszak. Parallèlement à ce séminaire, les intervenantes ont lancé un appel à articles sur la même thématique dans la revue Carnets de Géographes qui devrait sortir en 2016. Après avoir présenté les intervenantes, Judicaëlle Dietrich leur a demandé comment elles en étaient venues à réfléchir sur la géographie des émotions.
Pauline Guinard s’est intéressée à la question des émotions à partir de son terrain de thèse, Johannesburg, où elle a travaillé sur l’art dans les espaces publics et plus précisément sur ce que l’art peut faire à ces espaces (en termes de publicisation, de privatisation, etc.). Elle poursuit : « Quand on est une jeune fille blanche à Johannesburg, il arrive qu’on ait peur, notamment lorsque l’on fréquente le centre-ville de Johannesburg, en particulier la nuit. J’ai ainsi eu peur à plusieurs reprises, ce qui a parfois contraint mes déplacements et mes pratiques dans la ville ». Elle rappelle alors qu’une des questions qui revient le plus souvent dans les échanges ordinaires à Johannesburg est : « Is it safe ? » (« Est-ce sûr ? »). Elle a pris conscience que cette peur des usagers de la ville relevait en fait d’une intériorisation des normes sur ce qui est perçu comme sûr et ce qui ne l’est pas à Johannesburg. Elle voulait insister sur « cette peur, dont j’ai réussi partiellement à m’affranchir et avec laquelle j’ai fait mon terrain ». Pourtant, elle explique qu’il n’y a rarement de la place pour ce type de considération dans la recherche. Elle a donc fait un chapitre 0 dans sa thèse (Guinard, 2012), pour analyser la façon dont la peur (la sienne et celle des autres) avait contribué à façonner sa recherche, en l’incitant notamment à renoncer à étudier certains espaces-temps de la ville, à l’image des espaces publics du centre-ville la nuit. Puis elle explique que, pour poursuivre ce type de démarche réflexive et continuer sa réflexion sur la place des émotions en géographie, elle en a d’abord fait un cours. C’est dans ce cadre qu’elle a découvert l’article de Bénédicte Tratnjek sur les viols de guerre (2012). Elles se sont rencontrées et ont décidé de promouvoir ce débat dans la géographie française sous la forme d’un numéro spécial de revue, mais aussi d’un séminaire de recherche, organisé à l’ENS depuis 20151. Barbara Morovich et Pauline Desgrandchamps sont ainsi venues parler de la notion de quartiers sensibles et de la possibilité d’aborder les émotions par le son, Jean-François Staszak a analysé la place des émotions qu’il a appelées « post-coloniales » dans le cinéma, etc.

Les nouvelles prisons. Enquête sur le nouvel univers carcéral français , Cholet Didier (dir.), 2015, Rennes, PUR, 366 p.
Comme son titre l’indique, cet ouvrage porte sur les « nouvelles prisons », c’est-à-dire les établissements pénitentiaires construits à partir de 2007 dans le cadre du « plan 13 200 »1 qui vise à répondre à l’augmentation de la population carcérale et à l’inadaptation du parc pénitentiaire dont certains établissements, vétustes, offrent des conditions de détention déplorables et déplorées2.
La recherche dont rend compte le livre vise d’abord à répondre à la demande publique. Il s’agit en effet de voir dans quelle mesure ces nouveaux établissements peuvent servir de modèle : quels en sont les échecs et les réussites ? Les auteurs se donnent ainsi pour objectif de participer, par les résultats de leur étude, à l’amélioration des constructions futures. Ensuite, cette étude interroge les changements que ces constructions ont entraînés : permettent-ils à la prison de mieux remplir les fonctions qui lui sont assignées ?
Pour répondre à ces questions, cette recherche, qui aura duré 3 ans (2011-2014), a été menée par une équipe pluridisciplinaire rassemblant des juristes, des sociologues, des architectes, des économistes, des géographes et des spécialistes de l’aménagement du territoire. Elle repose sur des études de terrain et de documents, et sur la réalisation d’entretiens avec des personnes détenues, des agents pénitentiaires (surveillants, personnel de direction, conseiller pénitentiaires d’insertion et de probation), des architectes, des élus. Parmi les 30 nouveaux établissements pénitentiaires construits depuis 2007, 5 ont fait l’objet d’investigations approfondies : les maisons d’arrêt3 du Mans et de Nantes ; les centres pénitentiaires4 de Nancy, Poitiers et Rennes. Afin d’obtenir des éléments de comparaison, d’anciens établissements ont également été visités et étudiés (notamment l’ancienne maison d’arrêt de Nantes).
Les Cafés Géo de Lyon accueillent Jean-Paul Bravard, Professeur émérite de géographie à l’Université Lyon 2, pour évoquer la gestion des grands fleuves en Chine. Plusieurs voyages au Vietnam, en Chine et dans les pays du Mékong dans le cadre de missions d’expertise ou de participations à divers colloques, lui ont permis d’accumuler certaines observations qu’il nous livre aujourd’hui. Compte-rendu réalisé par Franck Ollivon.
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La répartition géographique de la ressource
Même si l’on peut noter une progressive ouverture, la question de la gestion de l’eau en Chine fait encore l’objet de peu de publications en raison notamment des enjeux politiques qu’elle soulève. Ce pays qui compte pas moins de 20% de la population mondiale ne représente que 7% des ressources en eau de la planète. L’eau est donc un enjeu primordial pour la société chinoise. 50% des fonds de la Commission nationale du développement et de la réforme lui sont d’ailleurs consacrés. Malgré tout, près de 400 villes et de 30 millions de ruraux sont rationnés en eau.
Pour synthétiser, une ligne est-ouest qui court de Shanghaï jusqu’à Chongqing à peu près différencie une Chine sèche d’une Chine humide. A l’ouest et au nord, le volume des précipitations annuelles est souvent inférieur à 400 mm d’eau. A titre de comparaison, le volume moyen en France est de 800 mm et le Bassin parisien, qui manque d’eau, compte en moyenne 600 mm de précipitation. En conséquence, le nord et l’ouest de la Chine sont confrontés à l’avancée des déserts et au phénomène des pluies acides ce qui n’est pas sans effet sur les sols. A contrario, la Chine du sud est bien mieux pourvue en eau.
Cette dichotomie nord-sud s’explique en bonne partie par l’impact du relief sur les masses d’air. Les chaînes de montagne du sud bloquent l’humidité de la mousson estivale. L’Himalaya notamment empêche les masses d’air humide de remonter par le sud ce qui explique la sécheresse du plateau tibétain. Les flux qui pénètrent par la Mer de Chine ne suffisent pas à pallier cette carence. Pékin par exemple est une ville froide en hiver qui ne connaît pas la mousson avant juillet alors qu’au sud, elle commence au mois de mai. Lorsque la mousson s’arrête dans le sud de la Chine, Pékin manque d’eau. Certes les barrages assurent une réserve conséquente en eau potable pour la population mais ils ne permettent pas d’alimenter en eau l’agriculture.
Café Géographique animé par Romain Garcier (professeur à L’ENS de Lyon). Compte rendu de Juliette Dop.
A l’occasion de l’ouverture prochaine de la COP 21, ce nouveau café géographique apporte une contribution aux réflexions sur les questions environnementales. Mais aussi à l’occasion de la venue de Jean Marc Rochette et Olivier Bocquet pour la dédicace du dernier opus du Transperceneige.
Il faut rappeler que la région Rhône Alpes représente 40 % de la production française hydro-électrique ET est la première puissance nucléaire régionale en France (20% du parc, 14 des 58 réacteurs français).
Les champs abordés ici, du climat et de l’énergie, sont centraux dans la démarche géographique, avec une approche à la fois globale (avec la COP 21) et locale (la Région).
Café géo du 13 novembre 2015 à Liège. Animateur : Gabrielle Labescat , urbaniste, consultante en développement touristique. Compte rendu : Camille EK.
1. Les villes et le tourisme
Le tourisme se pratiquât jadis dans la montagne, le désert, sur la plage, les lacs, dans la nature.
Les choses ont bien changé. Les grandes villes se sont embellies, se sont munies d’équipements culturels, et sont revenue de plus en plus attractives.
Ces dernières années, la ville est même devenue un espace touristique majeur. Le top 10 des destinations touristiques urbaines est le suivant : Londres, Paris, Bangkok, Singapour, Hong-Kong, Madrid, Istanbul, Francfort, Dubaï, Rome.
On voit qu’à côté des métropoles européennes, il y a cinq villes asiatiques
Les séjours urbains son généralement très courts (deux à quatre jours) , concentrés sur la culture et le patrimoine .
Il recherche beaucoup les centres historiques et est friand d’insolite.
La virulence de la compétition entre les villes pour ce nouveau type de revenu entraîne une explosion de la publicité touristique des villes.
Les murs sont devenus omniprésents dans ces contrées du Proche-Orient. Murs de pierre blonde, de terre, de barbelés, de béton, ils barrent l’horizon et ne s’ouvrent que parcimonieusement par des portes, des check-points, des tunnels sans fin. Ils racontent une histoire millénaire et des histoires plus récentes. Ils parlent d’espoir et surtout de désespoir.
Chers ami(e)s des Cafés géo, vous pensiez que je vous présenterais
Dans l’acception courante, un panorama est une « vaste étendue de pays qu’on découvre d’une hauteur » (dictionnaire Larousse). Pourtant, le terme existe également en peinture, pour désigner une oeuvre de grande dimension développée circulairement sur le mur intérieur d’une rotonde, c’est-à-dire d’un édifice cylindrique surmonté d’une coupole (par extension on appelle aussi panorama la rotonde, le bâtiment lui-même). En effet, le spectateur, après avoir parcouru un couloir et des escaliers assombris qui le désorientent, est le plus souvent placé sur une tribune au centre ; il voit les objets représentés sur le tableau comme si, sur une hauteur, « il découvrait tout l’horizon dont il serait environné » (dictionnaire Littré). Un autre dictionnaire[2] précise : « Les tableaux de ce genre imitent exactement l’aspect d’un site vu dans toutes les directions et aussi loin que l’oeil peut distinguer. » Ce dictionnaire précise : « La lumière vient d’en haut par une zone de vitres dépolies ménagées à la partie inférieure du comble et frappe spécialement le tableau. Un vaste parasol, suspendu à la charpente au-dessus de la tribune, qu’il dépasse en diamètre, couvre le spectateur d’une pénombre et lui cache en même temps les points d’où vient la lumière. » (voir photographies ci-dessous). La réalisation d’un panorama est longue et coûteuse : plusieurs mois de travail avec une équipe de plusieurs peintres.
Compte rendu du Café Géographique du 24 novembre 2015 à Paris (Café de Flore). Compte rendu rédigé par Daniel Oster.
Ce mardi 24 novembre, la salle du premier étage du Café de Flore est comble pour un café géo consacré au sujet de géographie de l’année 2015-2016 des classes préparatoires au concours de l’ENS Ulm. Plutôt que l’intitulé officiel (« Géographie des patrimoines et des patrimonialisations ») le café géo a préféré un libellé un peu différent pour souligner la diversité de la notion de patrimoine et des processus de patrimonialisation (« Patrimoine et patrimonialisation, de l’objet à la relation »).
Deux éminentes spécialistes de cette question ont été invitées : Maria Gravari-Barbas, Professeur de géographie à l’IREST (Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures du Tourisme) de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Edith Fagnoni, Professeur de géographie à l’Université de Paris-Sorbonne-Paris 4. Elisabeth Bonnet-Pineau est chargée d’animer la soirée.
Une première version de ce dossier a été mise en ligne le 24 janvier 2013. Suite à la panne du site, les liens étaient morts et le travail de republication a nécessité un long travail. Voici donc une seconde version – actualisée – du premier dossier sur « Géographie et littérature » concernant l’œuvre majeure de Julien Gracq, avec les liens vers les articles tels que republiés sur le nouveau site des Cafés géographiques.
Pour le lancement de la rubrique « Littérature » des Cafés géographiques, Daniel Oster a consacré les quatre premiers textes à l’œuvre de Julien Gracq, dont la littérature est empreinte de géographie. Comment ne pas commencer cette série de dossiers « Géographie et littérature » avec l’évocation des textes sur Julien Gracq ? Que ce soit dans le Rivage des Syrtes (qu’Yves Lacoste qualifie de « roman géopolitique »), dans La forme des villes ou encore dans Un Balcon en forêt, Louis Poirier (professeur d’histoire- géographie) inspire Julien Gracq (son pseudonyme) : « un écrivain-géographe puise dans sa culture géographique pour nourrir son œuvre »[1]. Et la culture géographique de Julien Gracq (de son vrai nom Louis Poirier) est celle d’un professeur de géographie, particulièrement attentif aux paysages. Les lignes de Julien Gracq « ne peuvent laisser un géographe indifférent. Au détour d’une page, au moment où, la description se fait habituellement plus lâche, plus distante, car en tant que géographes, nous sommes souvent gênés par la rencontre du paysage et de la littérature, soudain nous reconnaissons des mots, une démarche, des attitudes »[2].




