Les Cafés Géographiques de Mulhouse

Les cafés géographiques de Mulhouse se tiennent à 19 h au Café L’Avenue, place de l’Europe.

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Les prochains événements annoncés :

• Café Géo « Comment la Turquie, puissance émergente, veut jouer dans la cour des Grands » le 17/03/2020

La Syrie : une guerre sans fin ?

Fabrice Balanche le samedi 25 janvier 2020 à La Filature au Festival Les Vagamondes à Mulhouse

La Syrie est en 2020 bouleversée par une guerre qui n’est pas terminée. Le Nord-Est est encore sous pression entre Turcs et Kurdes tandis qu’un groupe proche d’al Qaïda, est retranché près d’Alep.

Cependant, les combats semblent se limiter au Nord du pays, avec des attentats et des sièges, mais on commence à voir la fin d’un conflit d’envergure à moins qu’un conflit plus large n’éclate entre Israël et Iran. Dans ce cas, les Israéliens feront peut-être une guerre préventive pour se prémunir d’une militarisation iranienne en Syrie où le gouvernement alaouite (chiite) de Bachar el Assad doit beaucoup à Téhéran.  D’autre part, si on constate actuellement une pause du fait des élections américaines, on peut s’attendre après novembre, si le nouveau Président est Trump ou Biden, à voir éclater un épisode guerrier avec en arrière-plan la question du nucléaire iranien.

C’est dans ce cadre qu’il faut replacer la guerre de Syrie.

 

Le conflit syrien en 2020 dans le Nord-Est syrien

Si s’organisait une aide à la reconstruction une fois la guerre finie, on pourrait espérer une stabilisation de la Syrie mais ce n’est pas le cas.  On constate un blocage occidental de la France, des Etats-Unis, qui ne veulent pas s’avouer vaincus alors qu’ils le sont car ce sont la Russie et l’Iran qui ont remis Assad en place. Assad a gagné la guerre militairement, ce qui ne permet pas aux Occidentaux de l’obliger à se lancer dans une transition politique et Assad ne va pas probablement faire des concessions pour obtenir quelques milliards qu’il peut trouver ailleurs.  A moins de négocier un partage d’influence avec les Russes, comme les Occidentaux devraient le faire aussi en Libye et en Ukraine, le régime syrien ne fera pas de concessions, soumettant leur aide économique à une transition politique.  On se dirige vers un échec annoncé car si la Syrie ne se reconstruit pas, elle va rester un foyer de terrorisme et de migrations.

C’est un dossier brûlant. Les régions kurdes de Syrie sont prises entre le marteau et l’enclume, les Kurdes étant abandonnés, voire trahis par les Occidentaux.

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Israël-Palestine : Quelles frontières ?

A Mulhouse, le vendredi 17 janvier 2020, Festival Vagamondes 2020, Scène nationale de la Filature par Michel Foucher, géographe, diplomate et essayiste : « Israël-Palestine : Quelles frontières ? »

Un mot de rappel de mes travaux sur ce sujet. J’ai publié voici 35 ans mon premier article dans Hérodote et il portait le même titre que celui de cette conférence. C’est un sujet qui n’a jamais été un sujet de recherche ou académique mais sur lequel j’ai travaillé en tant que conseiller d’Hubert Védrine, lorsque nous tentions de faire avancer, finalement sans succès après l’assassinat d’Ytzhak Rabin, le processus de paix.  Ce sujet me tient à cœur et je continue à clarifier pour les politiques français, les enjeux dont l’enjeu territorial et démographique d’autant plus difficile à cerner que la Palestine n’est pas un Etat.

On ne peut pas traiter de tout. Ce conflit dure depuis un siècle et nous ne sommes pas dans une réunion politique de soutien à tel ou tel. En tant que diplomate, je cherche le légitime et l’acceptable dans tous les cas[1].

  • Des limites variables de 1947 à 2002

L’historique de question remonte à la 2ème partie du XXème car si une terre est deux fois promise, il y en a une fois de trop.  Pendant la première guerre mondiale, dans le cadre des négociations secrètes entre Londres et Paris qui se partagent à l’avance les bribes de l’empire ottoman, le territoire de la Palestine jusqu’au Jourdain est convoité par le Royaume-Uni et la Syrie par la France. Le Ministre du Foreign Office, Lord Balfour, qui n’a aucune visée philanthropique, propose aux sionistes européens de créer un « foyer national  juif » en Palestine pour gêner les puissances centrales  (Allemagne, Autriche Hongrie) et pour protéger le canal de Suez. Les Français, de leur coté, s’intéressent aux Chrétiens d’Orient et au pétrole de Mossoul…. En 1919, le plan est appliqué mais si la fin de la Première Guerre Mondiale marque la fin de l’Empire Ottoman sur le plan politique, il persiste en tant que pratiques et organisation des communautés. (Lire la suite…)

 La Chine impose-t-elle un nouvel ordre mondial ?

Les cafés géo à La Filature à Mulhouse, le 28 novembre 2019

« La Chine impose-t-elle un nouvel ordre mondial ? » par Alain Nonjon, professeur de chaire supérieure au Lycée Michelet à Vanves et directeur de collections chez Ellipses

 

Les distorsions des propagandes

Évoquer la Chine peut suggérer … de remonter «  jusqu’à Noé, qui aurait rapporté de Chine, une brassée de rameaux ; des Etats-Unis, une brindille et d’Europe, rien » (Marc de Scitivaux ) . Cette parabole rappelle qu’on a tendance souvent à surestimer la Chine et à sous- estimer l’Europe et que l’on doit réinstaller l’épaisseur de l’Histoire d’une civilisation millénaire. Si on veut éviter les clichés et se garder de tomber dans la propagande d’un communisme chinois qui prédit une Chine hégémonique en 2049, il faut s’intéresser à tous les facteurs.  En dehors des réussites économiques, il existe des limites à l’influence du PC chinois comme le démontrent l’éruption sur la scène de mouvements de revendications démocratiques ou les « 300 000 insurrections intérieures annuelles » s’élevant contre la corruption, les attaques envers l’environnement, les défaillances des transports. Il faut se garder de toute propagande systémique sur  la réussite globale de la Chine et de toute prophétie autoréalisée si nombreuses sur le basculement asiatique[1]. Ainsi en 1994,  pour le dirigeant singapourien Lee Kuan Yew « la Chine dans les  30 ans ne sera pas un acteur de plus sur la scène mondiale mais le plus grand acteur mondial dans l’histoire de l’Humanité.

Un autre risque est d’être influencé par la vision de Donald Trump qui accuse la Chine d’être responsable de tout ce qui se passe dans le monde, de voler des emplois comme d’inventer le réchauffement climatique.  Selon Mike Pence : « si vous voyez la Chine en ennemi, elle vous verra en ennemi ». Trump noircit le tableau pour diaboliser la Chine.

Qui amplifie le retour de la Chine sur la scène monde après une éclipse d’un siècle ?

En pensant de façon aussi manichéenne, on risque d’éradiquer l’Histoire.  À la fin du XVIIIème, la Chine représentait 30% du PIB mondial et avait un revenu par habitant supérieur à l’Europe. En 2009, la Chine a fêté son 60ème anniversaire en organisant un défilé extraordinaire. La puissante armée a défilé dans un long cortège reconstituant son passé millénaire et surtout passant sous les 169 arches correspondant à 169 années d’humiliation,  période difficile du XIXème siècle sur laquelle les Chinois actuels entendent bien prendre leur revanche en revenant au premier plan sur la scène- monde.

Ils sont en effet en demeure actuellement de rivaliser avec les plus grands. En 2018, les États-Unis ont en Afghanistan, lancé la « mère de toutes les bombes ». Néanmoins, cette bombe surpuissante a été lancée depuis un bombardier classique alors que les Chinois parient sur les missiles. La maitrise de l’armement moderne fait partie de l’hégémonie future de la Chine. Ils se sont également lancés à la conquête de la lune, leurs « taïkonautes » prétendant être parvenus à faire pousser du coton sur la face cachée de notre satellite.

Le 26 avril 2019, la Chine a réuni 123 des 193 pays de la planète dans un forum consacré à la BRI [Belt Road Initiative], nouveau nom du projet OBOR [One Belt, One Road] qui ambitionne de ressusciter les « routes de la soie ». 5000 délégués ont été rassemblés dans le cadre d’OBOR afin de construire un destin commun pour l’humanité.  Un projet sans précédent historique qui compte beaucoup pour la diplomatie comptable de la Chine .

Au point d’envisager le XXIème comme le siècle de la Chine …

Est-ce que le XXIème sera le siècle de la Chine après le XIXème siècle britannique et le XXème américain ? Pour le Times, Xi est bien l’homme le plus puissant du monde mais le journal pose une question « La Chine peut s’approprier le monde mais peut-elle le gérer ? ». La Chine a des avancées qui permettent de dire que sa position hégémonique est en cours. Elle domine par exemple l’intelligence artificielle. Nous sommes en présence d’une conjonction de situations qui intervient séculairement : un «  alignement d’étoiles » pour reprendre Stephan Zweig.

 

Dans les années 90, où elle était émergente et encore sous contrôle américain, présents à Taïwan et dominant l’économie mondiale, la Chine se sentait encerclée et en position de faiblesse avec un budget de 155 milliards d’USD. Aujourd’hui, tout semble possible pour la Chine qui affiche un PIB supérieur à l’américain en PPA[2] [25 361 milliards en 2018 selon la Banque Mondiale contre 20 494 milliards pour les États-Unis (3ème après l’UE : 22 435 milliards)]. Comme Claude Meyer, je pense que les Chinois ont facilité l’élection de Trump afin de permettre à la Chine de prendre plus facilement le contrôle du leadership planétaire. Ainsi, le projet « Prosper Africa » lancé en 2018 par le gouvernement Trump en Afrique fait-il bien pâle figure par rapport à OBOR.  Les États-Unis redoutent le multilatéralisme mais la nature ayant horreur du vide, la Chine peut prendre la place d’Etats-Unis isolationnistes et protectionnistes, en profitant d’une conjoncture extraordinaire pour se poser en défenseurs du libre- échange (cf : Xi à Davos en 2017).  Le PIB de la Russie, à peine supérieur à celui de l’Espagne, ne lui permet pas de résister au « rouleau compresseur » chinois, faisant du plus grand pays du monde un simple passage sur les routes de la soie. Tandis que Poutine invective l’Europe et l’Occident, critiquant leur « décadence », la Chine discrètement signe des accords « 16 + un » avec les pays d’Europe de l’Est [3] en 2018. Apolarité ne signifie pas de nouveaux leaders! Surtout face à une Europe  en crise de gouvernance et de projet car l’Europe est en crise. Elle peine, comme l’écrit Nicole Gnesotto, à relever quatre 4 défis :

  • Le défi de l’autonomie alors qu’elle manque d’hard power et dépend de l’OTAN et donc des Etats-Unis
  • Le défi de définir des d’objectifs et des projets clairs
  • Le défi de maintenir son influence alors qu’elle est engluée dans des crises politiques et économiques
  • Le défi de défendre des valeurs de plus en plus remises en question

La Chine a donc tout lieu de se penser sinon en modèle alternatif du moins en puissance d’alternance ( « la Chine cherche   à promouvoir une solution chinoise pour le monde et à s’imposer comme puissance idéologique » écrit Claude Meyer) .

 

 A-t- on raison de dire que la Chine cherche à imposer un nouvel ordre mondial ?

Faisant irruption dans l’ordre mondial, la Chine rompt avec l’ancienne « Triade »[4] et se fraye une place au premier rang. Xi Jinping est fils d’un « prince rouge ». Il est cultivé, ouvert sur l’Occident, aime la musique et sa fille poursuit des études à Harvard, un  profil rassurant en Occident.  Il s’est imposé au pouvoir après avoir éliminé habilement ses rivaux comme Bo Xilai, l’ex « patron » de Chongqing.  Xi apparait comme un personnage recommandable, pas trop technocrate et depuis 2018, Président à vie…gage donc de stabilité  (« il suffit d’un seul mot d’un seul homme pour déterminer le sort d’un empire » disait Confucius. Cet homme est bien le fils de Xi Zhonxun, l’immortel compagnon de la Longue Marche de 1935.

La Chine est membre dirigeant comme l’Arabie Saoudite (2015) de la Commission des droits de l’homme à l’ONU et en profite pour imposer ses valeurs, avançant par exemple qu’il faut d’abord réussir un développement économique avant de jouir pleinement  « des droits humains ». Elle augmente d’autant mieux son influence que les États-Unis de Trump  se sont retirés de cet organisme en 2018.

Quand on a besoin de terres rares, on doit s’adresser à la Chine qui contrôle 97% des exportations de ces 17 métaux qu’elle commercialise à son gré (embargo contre le Japon en 2010) et menaces comme réplique aux sanctions de Donald Trump en 2019).  Même si des gisements existent ailleurs, peu de pays souhaitent les exploiter tant est lourde la facture environnementale de leur extraction, incitant donc la Chine en monopole de fait à « arsenaliser » sa production.  Dans le même ordre d’idée, sur les questions agricoles, si la Chine n’est ni le premier, ni le seul pays à faire du landgrabbing[5] en Afrique, elle s’y impose de plus en plus et multiplie les projets agricoles comme industriels. Les Chinois  sont aussi devenus de très importants producteurs d’armement, étant par exemple le  2ème fournisseur d’armes de la Syrie d’Assad après les Russes et on sait combien  l’influence est souvent proportionnelle aux livraisons de matériel militaire, à leur exclusivité et leurs contreparties. Qui pourrait nier que tout ralentissement de la conjoncture chinoise préoccupe désormais  le monde entier et pas seulement les fournisseurs de matières premières africains ? (85% des matières premières africaines sont exportées vers la Chine pour le président de la BAD (Banque africaine de développement ), Akinwumi Adesina.

 

Les neuf objectifs de la Chine

Néanmoins, la Chine est lucide et consciente d’avoir encore des progrès à accomplir. Elle s’est fixée  9 objectifs :

 

  1. Ne pas se sentir encerclée, vieux complexe obsidional
  2. Suivre les enseignements de Carl Schmitt et savoir discriminer ami et ennemi.
  3. Vaincre le syndrome de l’humiliation rappelée par le défilé de l’armée en 2019 pour les 70 ans du régime.
  4. Reconquérir la première place qui avait été la sienne pendant des siècles. Les Chinois ont une conception cyclique de l’Histoire. Ils ont connu une apogée à l’époque Ming quand les bateaux- trésor de Zheng He sillonnaient les océans et ils auraient même découvert l’Amérique
  5. Accumuler les puissances et, comme l’écrit Zaki Laïdi, s’en servir à toutes les échelles
  6. Respecter le planning fixé par Xi, persuadé qu’en 2049, la Chine sera la première puissance mondiale
  7. Sortir de ses frontières pour y parvenir
  8. Être une puissance du statu quo à l’intérieur mais révisionniste de l’ordre mondial à l’international. La Chine réclame une révision des voix au FMI, montrant l’exemple dans la    BAII[6] où aucun pays n’est hégémonique contrairement au FMI sous contrôle des Etats-Unis.
  9. Affirmer haut et fort que les problèmes asiatiques doivent être gérés par les Asiatiques, le RCEP[7] leur en donne les moyens comme l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï)

 

9 objectifs qui jalonnent la longue marche des Chinois vers la nouvelle ère. 9 comme le chiffre   chinois qui jouit d’une excellente réputation : le plus grand nombre impair écrit avec un seul signe , l’impair étant le  yang. Le 9 est la culmination du yang ; il est produit le des « souffles vitaux « du 3 (3X3)et, par sa prononciation, se rapproche du caractère qui signifie long .. durable….éternité de la civilisation chinoise !

 

La Chine a-t-elle un scénario pour atteindre ces objectifs ?

Dans leur programme de rattrapage, le soft power est un des moteurs. Il ne se limite pas au seul  Lang Lang ,  le seul pianiste au monde qui joue sur un piano fabriqué spécialement pour lui par Steinway en ébène de Macassar ! Chaque jour, un. des 525  instituts Confucius (dont 173 sont établis dans 41 pays européens), ou un des membres d’une active diaspora de plus de 50 millions de personnes, ou une rafale de communiqués de l’agence Xinhu , sont les relais de l’influence chinoise .   La Chine  intervient de plus en plus au Conseil de Sécurité. Entre 1946 et 2019, les Russes ont déposé 105 vetos dont beaucoup récemment, les États-Unis : 80, les Chinois : 10 mais surtout  depuis 5 ans.  Les Chinois se montrent pondérés, se présentent comme sages et responsables particulièrement parce qu’ils redoutent l’ingérence.

L’ONU souffre d’un manque de financement et les Chinois tentent de pallier les atermoiements américains en devenant le 2ème contributeur des Nations-Unies et en intégrant 8000 hommes dans les Casques bleus, dont 1816 en poste en Afrique, à peine moins nombreux que les Casques bleus indiens.  Les Chinois se sont constitués le 1er réseau diplomatique du monde dépassant la France et les Etats-Unis en 2019 avec 276 représentations, trois fois plus que les États-Unis et neuf fois plus que la France.  Depuis 2019, le nouveau directeur général de la FAO est un biologiste, vice-ministre de l’agriculture en Chine : Qu Dongyu. À l’OMC, malgré un rapport accablant sur le travail forcé dans les prisons chinoises au service de produits exportés, un des quatre directeurs adjoints : Xi Ziaoshung est chinois. Au G20, la Chine est si écrasante qu’on évoque même en son sein, un G2 : une « Chinamérique ». C’est un Coréen qui dirige Interpol, depuis le rappel en 2018 du précédent directeur : Meng Hongwei en Chine où il été incarcéré mais l’organisation reste sous le contrôle de Pékin.

Partout, les Chinois font de l’entrisme.

Ils sont même en train de systématiser un « reverse brain-drain ». Leurs étudiants reviennent en Chine après une formation américaine ou anglo-saxonne. Les «  tortues de mer »  sont incitées à participer au défi collectif national. Ainsi dans tous les  registres diplomatiques,  les Chinois sont passés d’une politique prudente à une « politique pro active, multisectorielle et à finalité globale »(T. Gomart ), façon édulcorée de désigner pour certains observateurs  une sinisation du monde,   convaincus qu’ils sont que l’avenir et les salaires du monde  se décideront .. à Pékin !

 

La Chine dans le monde

Les Chinois appliquent la « realpolitik » à leur course aux richesses minérales de l’Afrique. Elle parvient à exploiter le pétrole du Sud Soudan malgré l’insécurité et la guerre, en construisant un oléoduc vers Mombasa avec des ouvriers chinois et le sécurise  avec le même personnel : « A new scramble for Afrika » [Une nouvelle ruée vers l’Afrique]. Petit à petit, elle s’est implantée dans l’ensemble de l’Afrique quels qu’en soient les régimes politiques et au  terme de ce processus, seul le Swaziland  qui ne détient que 0.03% de la richesse africaine reste fidèle à Taïwan. Attention cependant  à ne pas  réécrire la reconnaissance de la Chine à l’Onu parrainée par le continent africain –une vingtaine de pays seulement ont voté pour son adhésion en lieu et place de Taïwan.

 

En Amérique latine, la Chine anime des forums au CELAC[8], soutient l’Alliance du Pacifique, est partenaire du Brésil, devient indispensable au Chili, porte à bous de bras le Venezuela de Maduro (prêts, achat de pétrole) et transforme le réseau eurasiatique des « routes de la soie » en réseau mondial avec la participation des latino-américains : Panama, le Chili, etc …

 

Une omniprésence matérialisée par OBOR et le label « routes de la soie »

 

Les routes de la soie sont potentiellement capables de bouleverser les équilibres internationaux dans le discours chinois et deviennent par les  montants engagés  – de 400 à 1000 milliards de dollars -une obsession chinoise. Mais OBOR est synonyme d’endettement et de lacunes. Il n’y pas de réseaux complets car les raccordements sont insuffisants. Les pratiques de la Chine restent néocoloniales. Le port d’Hambatota au Sri Lanka est revenu aux Chinois pour 99 ans en 2017, quand le pays n’a pas été en mesure de rembourser sa dette à la Chine. Partout, la Chine privilégie les accords bilatéraux comme avec l’Italie qui a rejoint OBOR en 2019 mais elle signe aussi des contrats avec des unions régionales, ainsi avec l’UE sur les origines protégées en novembre 2019.  OBOR peut aussi pousser l’Europe à faire elle-même les connexions manquantes. En effet, plus qu’une intrusion chinoise, ces routes de la soie sont encore anecdotiques et déficitaires car au retour, les convois d’Europe vers la Chine sont vides. La Chine peut aussi utiliser les routes de la soie comme facteur de division, elle a compris les enseignements de Mac Kinder. Elle veut dominer le heartland : « l’ile-monde » : l’Eurasie et pour cela contrôler les mers qui l’encerclent, « le Rimland ». C’est l’explication de la main mise qu’elle a imposée à ses voisins en dépit des condamnations internationales sur les archipels de la mer de Chine (reconnaissance des droits philippins sur le rocher de Scarborough) qu’elle a fortifiés, faisant du « mur de sable » chinois, l’expression de la « méritorialisation » qu’elle a faite des eaux riveraines.

 

L’Empire du milieu au centre du monde

OBOR est une vision élaborée d’un projet hégémonique chinois et qui a rapproché la Russie de la Chine : Xi Jinping a été invité aux célébrations de la victoire contre les Allemands en 2015. La Russie est en position de faiblesse, elle doit faire profil bas car la Chine propose aux pays d’Asie centrale des opportunités que jamais les Russes ne leur ont offertes, se contentant d’employer leurs migrants aux tâches subalternes : « Dirty, Dangerous, Difficult ».

La Chine est encline à un discours plus universaliste, elle s’affirme comme révisionniste. Elle veut modifier l’ordre mondial à son avantage et arriver à s’immiscer avec un projet qui est apparemment très clair. La Chine va essayer de bâtir un monde qui lui permettra d’exporter toujours plus et de satisfaire ses besoins intérieurs, ce pourquoi elle s’est faite le chantre du libre- échange intégral (discours de Davos 2017). Elle espère un nouvel ordre mondial construit sur des accords bilatéraux et régionaux et non plus globaux. Elle essaye de développer une conception en étoile en se plaçant au centre d’une galaxie qui rayonne sur des pays divers et lointains avec lesquels elle conclut des accords, sans limite de distance (Projet très peu compatible avec les idéaux multilatéraux  de l’OMC).  Elle s’intéresse actuellement aux Balkans, à l’Éthiopie, à la Mauritanie par exemple. Son ambition est de recréer le monde, de réorganiser la mondialisation. De là,  le sens de la multiplication des forums très médiatisés quitte à faire doublon avec des assemblées du même type dans le reste du monde. Ainsi le Xiangshan Forum est une conférence sur la sécurité en Asie qui double le Shangri –La, un  dialogue organisé à Singapour ou le Boao Forum of Asia,  un Davos bis créé en 2001.  Elle veut donner moins d’importance aux droits intellectuels, être plus vigilante face à la circulation des IDE qu’elle oriente et encadre. La Chine se méfie des Chinois d’Outremer, ses premiers investisseurs.  Elle veut développer son marché et choisir ses cibles à l’étranger. En France, elle a investi dans l’Ecole de commerce de Brest, dans le club de foot de Sochaux mais révise à la baisse désormais ses engagements  dans l’immobilier. La Chine cherche à monter des barrières aux influences américaines, à positionner le Yuan et ambitionne d’en faire une des grandes monnaies d’emprunt…mais même si le yuan se normalise face aux marchés, il ne représente encore  que  moins de 5% des monnaies de réserve.

 

Associée au soft -power   l’intelligence artificielle devient une des  clés de la vraie domination du monde à venir.  La Chine l’a bien compris, le « deep learning » (apprentissage profond), révolution copernicienne dans l’informatique,  a été initié  par les Anglo-saxons mais désormais après l’âge de la découverte, place à l’âge de l’exécution !  L’important est dans les applications : en médecine, agronomie, en robotique etc. .et les Chinois ont des avantages comparatifs potentiels pour Kai Fu Lee auteur de La Plus Grande Mutation du XXIème siècle . Face à « l’apathique Silicon valley »,  ils peuvent mobiliser une ambition constante d’améliorer plus que de découvrir, à travers des publications nombreuses pour échanger, bonifier , un soutien gouvernemental sans faille et peu de censure (avantage pour Graham Allison des Etats « illibéraux » dans son ouvrage   Vers la guerre ) . Les laboratoires et centres bénéficient de commandes d’état. Le géant de la téléphonie Huawei est une émanation de l’armée populaire de libération d’où les réticences des Occidentaux à le laisser disposer des réseaux 5G en Occident en instruisant des procès en sorcellerie à la firme.

Les Américains ne s’y trompent pas : 28 sociétés chinoises de reconnaissance faciale viennent d’être en novembre 2019 blacks listées par les Américains, inquiets du savoir-faire de la Chine en la matière !   La Chine participe à toutes les grandes conférences internationales dans ce domaine d’excellence  qui   ne se déroulent jamais dans le monde pendant le nouvel an chinois…. ! En décembre 2019, la Chine donne même pour consigne à ses entreprises et administrations de se passer en 2 ans  de technologies américaines soit plusieurs dizaines de millions d’ordinateurs et de logiciels à remplacer manu militari : 30 % en 2020, 50 % en 2021 et le reste en 2022

La Chine, comme elle l’a fait pour Google et autres réseaux, est capable d’établir un rideau numérique.

 

La Chine fait –elle peur ?

Les Chinois bousculent les hiérarchies. L’année 2014 a été pour les  Etats-Unis une annus horriblis car le PIB à parité de pouvoir d’achat installait celui de la Chine devant eux, même si leur PIB par habitant est 7 fois supérieur. Le plan Made in China 2025 doit asseoir leur puissance technologique dans des disciplines d’avenir. : IA, biotechs et robots. De là,  la hantise de Donald Trump de voir la Chine « voler » les emplois américains. Leur statut hérité de copieur leur donne,  fantasmée ou non, une avance dans certains domaines d’application de l’intelligence artificielle (reconnaissance vocale par exemple )  et ils ne manquent pas non plus d’humour. Quand on demande aux Chinois quel est leur retard par rapport aux Américains, ils disent 16 heures (distance en fuseaux horaires entre Pékin et la Silicon valley). Dominer certes mais en « gardant ses caractéristiques propres » : tel est le projet chinois de Xi. De là, la promotion d’idéologies réhabilitées (marxisme-léninisme, maoïsme ,et confucianisme même), une réévaluation du rôle du PCC comme supérieur dans sa légitimité et son efficacité, sa méritocratie démocratique verticale (D Bell ), ses valeurs (continuité plus  qu’alternance), intérêt collectif et famille plus que droits de l’individu. Les 90 Millions de membres du Parti n’ont qu’un bréviaire : la pensée de Xi  inscrite dans  la constitution en mars 2018 : le nouveau mantra est « rester fidèle à l’engagement initial , garder toujours à l’esprit la mission ».   Pour obtenir un renouvellement des cartes de presse, obligation est faite de réussir un test sur la pensée du nouveau grand timonier et pour ne pas être déchu de droits : ne pas contrevenir aux règles qu’une dictature numérique installe via une application.

 

Il faut corriger l’idée d’une suprématie fut-elle autoproclamée : la Chine devra  assumer de nombreuses ruptures jusqu’en 2049 et cette nouvelle « longue marche  vers la nouvelle ère »  va lui être  laborieuse sinon  pénible.

Les Chinois  vont devoir progressivement renoncer à la non-ingérence, base de leur diplomatie traditionnelle  (Soudan), le « bu ganshe yuanze ».  Le principe retenu par Zhou Enlai comme un des cinq principes de « coexistence pacifique »,  marqueur de la Chine et base du positionnement théorique des pays non-alignés à Bandung en 1955. Il leur faut réécrire le principe des « 4 non »,  encore affirmé par Hu Jintao en avril 2004 : non à l’hégémonisme, non à la politique de la force, non à une politique des blocs, non à la course aux armements bornage d’une politique étrangère délicate à maintenir.

Il leur faut prendre de la distance avec un Tiers-mondisme militant peu compatible avec leur ambition de diriger la planète. La Chine est plus qu’un « grand pays en développement». Gérer le monde coûte cher et la Chine ne peut espérer beaucoup de « burden sharing » (partage du fardeau). La Chine avait toujours refusé la « politique du bras long » or c’est un moyen de dominer le monde en comptant sur des appuis. Elle va devoir renoncer à la passion des Chinois pour le politique bien que celle-ci se soit affaiblie depuis Tienanmen en 1989, et accepter l’érosion d’un parti qui recrute de moins en moins.  Elle va devoir dépasser le statut de puissance régionale pacifique et responsable et sortir de son pré carré.  Toutes ces contradictions, la Chine les affronte mais avec des difficultés croissantes.

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Des problèmes régionaux jamais réglés

 

La Chine a son « Alsace-Lorraine » : Hong Kong et Taïwan : la 23ème province chinoise. Le résultat électoral de Hong -Kong après des semaines de manifestations violentes a mis les pro- Chinois en déroute et réintroduit dans le jeu la pression des Etats-Unis qui menacent de rompre des accords préférentiels si la démocratie est bafouée. Même si Taiwan a rejeté le parti le plus indépendantiste et promu le parti le plus conciliant : le KMT, la normalisation des rapports avec la  Chine continentale n’est pas encore d’actualité.

Même avec deux porte-avions, des missiles braqués sur l’ile voisine, la Chine n’a pas encore la capacité militaire de s’opposer aux Américains qui veillent sur Taïwan. L’armée chinoise mobilise certes le 2ème budget militaire du monde (175 milliards de $) hors budget de R&D et celui consacré à la dissuasion nucléaire .Les progrès de la marine sont impressionnants. L’industrie des armements fait de la Chine un exportateur gagnant des clients en Asie du Sud comme le Pakistan, chasse réservée des Russes mais la Chine n’a pas de groupe aéronaval opérationnel, ni de réelles capacités de projection (le D Day sur Taiwan est différé). La coordination des armées est un défi et la Chine a beaucoup  à apprendre, dit-elle, des Russes en Syrie ou de l’opération Vostok[9].

La Chine a-t-elle une croissance assez solide pour être une locomotive ? Le modèle chinois s’érode. L’économie chinoise a crû de 6 % au troisième trimestre 2019, son plus bas niveau depuis vingt-sept ans. L’actuelle voie chinoise débouche de plus en plus sur un appétit de consommation , une baisse de la pauvreté mais des inégalités accrues contenues par la répression , des performances qui vont tôt ou tard buter sur la disparition d’une exception démographique, la fin  d’un réservoir de main d’œuvre siphonnée des campagnes et marginalisée par le refus de lui appliquer le  statut du Hukou (résident) qui a la vie dure malgré les propos de Xi Jinping sur sa disparition. Longtemps encore le développement chinois se fera au péril de son environnement Malgré les efforts engagés, la Chine est confrontée à une crise écologique et Pékin est pollué 10 mois sur 12. «  L’airpocalypse » qui faisait 1,6 million de morts en 2016 et frappaient 460 millions de personnes a-t- il quelques raisons de disparaître du jour  au lendemain ?

Son économie est mue par le libéralisme économique mais elle demeure une économie planifiée et ralentie par un secteur public qui fournit la moitié des productions chinoises. On déplore les très fortes inégalités de richesses qui perdurent en Chine. La pauvreté a été réduite mais des écarts considérables entre villes modernes et campagnes quasi féodales, où l’on vit avec moins de 200 USD par an, se maintiennent. Sans pessimisme excessif, beaucoup et j’en fais partie, s’inquiètent de ces dysfonctionnements  de la Chine qui pourraient imposer une introversion intérieure, un durcissement du régime avec la mise en sommeil de toute prétention extérieure pour un pays qui certes est loin devant l’Inde (en 1978, les Chinois avaient des revenus inférieurs à ceux des Indiens. Désormais ils sont 4 fois plus riches) mais derrière eux, il y a deux autres BRICS : le Brésil et la Russie.

La Chine peut-elle être un modèle comme le fut Mao en 68 sur les barricades de la contestation où le révisionnisme russe était interpellé et les aphorismes de Mao commentés  « La femme est la moitié du ciel » ? Peut- on parler réellement de modèle en évoquant la dictature numérique, les trois millions de Ouigours persécutés, la population fichée et surveillée? Prendre l’initiative pour les Chinois ne veut pas dire prendre le pouvoir dans la gouvernance mondiale. Le repli américain ne veut pas dire un abandon de poste : « America  first » a deux traductions, intérieure et extérieure.

 

La Chine, une puissance du monde parmi d’autres ou une puissance mondiale avant d’autres ?

 

Face aux  Chinois,  les Américains ne baissent pas la garde  et peut- on croire que derrière le slogan « America first », l’ambition de Trump  ne soit-pas que les Etats-Unis retrouvent leur premier rang mondial que selon leur Président, ils n’ont jamais perdu et pour lequel il consacre près de 700 milliards de dollars  de budget militaire ?

Si le PIB par habitant de la Chine, qui se classe en PPA au 84ème rang mondial, a dépassé celui d’un pays de l’UE, c’est la Bulgarie (70ème mondial). Il lui faudra du temps pour rattraper l’Amérique.

La Chine va être une grande puissance, la grande puissance économique mondiale mais pas forcément la puissance gouvernant le  monde.

La Chine est une puissance d’équilibre plus que d’impulsion et de domination. Je la pense réincarnée car elle a dominé le monde plusieurs fois notamment du VIIème au XIIème siècle à l’époque des dynasties T’ang et Song et Francis Bacon fasciné en rappelait les prouesses (imprimerie, compas de navigation et poudre à canon) mais aussi des inventions capitales pour la modernité le papier, l’acier les feux d’artifice, la soie ou les allumettes. Le  XVIIIème siècle pour Paul Bairoch fut aussi une période de domination où le PIB par habitant en Chine s’élevait à 228 dollars (valeur de 1960) contre 150 à 200 dollars selon les pays en Europe.

Cette puissance à 360° touche à tout : industrie, recherche, capitaux mais elle n’est pas une hyper puissance globale comme a pu l’être l’économie américaine dans les années 50 et à l’acmé de sa puissance après 1991.

C’est une puissance mondialisée mais la Chine n’est pas le monde, c’est une puissance surévaluée à qui l’on attribue beaucoup de performances qu’elle n’a pas.

C’est une puissance asiatique, surtout dominante en Asie orientale …mais c’est surtout une puissance qui a besoin de temps pour qu’elle apparaisse plus comme puissance de stabilité que d’instabilité, comme capable de mener une politique pas uniquement liée à ses propres intérêts comme en Afrique par exemple.  L’humiliation peut-elle – être le seul vecteur de l’affirmation ?

On rappellera la formule de  Louis Blanc, « le destin n’aime pas qu’on lui force la main ». La Chine a pour elle le temps. La diplomatie chinoise pour François Jullien s’ordonne autour du rond et du carré. « Rond » signifie qu’on reste mobile, ouvert aux différents possibles, sans se raidir dans aucune position, sans offrir d’arrête ou d’angle comme dans la normalisation des rapports en mer de Chine  en 2004, pour apparaître puissance responsable … « Carré » signifie qu’une fois que l’on s’est fixé une règle, un cap, on sait faire preuve de détermination et s’y tenir comme dans le raidissement du nationalisme chinois en mer de Chine désormais.   C’est là tout le pragmatisme chinois qui analyse les situations… et comme le disait Deng Xiaoping « sait attendre son heure » en « masquant son talent ».La Chine est-elle délibérément rentrée dans une phase « carrée » ? L’avenir le dira, mais « l’avenir ne se prévoit pas, il  se prépare » (Maurice Blonde) .

 

Questions

Comment l’Europe peut-elle peser dans les affaires de la Chine ?  n’aurions-nous pas intérêt à nous rapprocher de la Russie ?

C’est la vision d’Emmanuel Macron qui a bien compris que les Européens devaient avoir leur projet OBOR : dans le prolongement d’un  plan de connectivité Europe Asie lancé en 2017 qui consiste à développer  des solutions  numériques dans les régions isolées. Les Européens ont  tout intérêt à se rapprocher de l’Est, comme autrefois l’avait fait de Gaulle qui dès 1966 reconnaissait la Chine. Ils ont intérêt à établir un partenariat avec la Chine et la Russie, en alternative à Trump. Mais c’est aussi aller vers une redéfinition du partenariat atlantique avec Trump surtout si l’Otan est « en mort cérébrale » .

L’Europe peut choisir de jouer la carte de puissance douce et normative, médiatrice, celle qui dénonce des excès et bouclier du multilatéralisme. Mission délicate qui impose d’abord de recapitaliser les valeurs occidentales autour desquelles l’Europe se réunit.

 

 

Est-ce que la Chine avec une politique de contrôle aussi stricte de sa population, peut étendre ce système au monde ?

Selon un sondage, 52% des Chinois soutiennent le régime et ne se sentent pas surveillés…. Pourtant en Chine, nul ne peut nier le verrouillage d’Internet, l’espionnage de citoyens qui pour 5 yuans filtrent les messages hostiles au pouvoir central,  le remplacement des GAFA par les BATX[10] de plus en plus systématisé, le sentiment général de « démocrature libérale » qui pourra à terme non pas s’effondrer mais probablement perpétuer une domination.  Le PC chinois est méritocratique, et fournit une élite intellectuelle et financière, qui sait se diversifier et durer. Toutes les extrapolations sur plus de commerce et d’ouverture et plus de crises du PCC sont  illusoires. Dans la même phrase, Xi Jinping cite Confucius, Mao, sa femme, son amour du multiculturalisme…étrange synthèse mais le cap reste unique « au milieu de ce siècle la Chine se hissera au premier rang du monde en termes de puissance économique globale et de rayonnement culturel » (  Xi Jinping 2017 ).

Certes il ya  des dissidences en Chine, mais elles restent sous contrôle.

 

Quel rôle joue la démocratie chinoise sur sa croissance ?

La Chine change de cap.  Sa population vieillit et se rapproche de celle de l’Italie et du Japon avec un indice de fécondité parmi les plus bas (1.62 enfant par femme). C’est un frein. Cependant dire, comme Isabelle Attané, qu’elle est à bout de souffle car elle a des problèmes de retraite et de démographie,  est un peu réducteur. La croissance chinoise a d’autres blocages à surmonter. Evaluer la puissance chinoise dans un ordre international doit prendre en compte qu’au- delà des performances,  il y a une réalité plus prosaïque : un revenu moyen faible pour que le modèle soit efficace,  exceptionnel et exportable. La Chine reste au milieu du gué du statut de grande puissance globale.

 

Quels sont les risques de tensions avec la Russie ?       

Il y a avant tout  des condominiums entre la Chine et la Russie dans l’Extrême-Orient russe et la gestion des richesses du Kamchatka (du crabe au bois et au gaz). A l’occasion de la construction du gazoduc de Sibérie qui va alimenter la Chine depuis la Sibérie orientale, les différents frontaliers ont été quasi réglés. L’opération Vostok  2018 se voulait emblématique du rapprochement d’un Poutine devenu « le meilleur ami » de XI Jinping .  Mac Kinder en parlait déjà anticipant la force de la puissance contrôlant le « Heartland » russe mais trois réserves s’imposent : la Russie de Poutine est encore une puissance économique mineure et un partenaire parmi d’autres  pour les  Chinois et ce depuis  1995 où le PIB russe  était inférieur à celui de la Belgique ! Le tropisme de la Russie vers la Chine  n’est peut-être qu’à l’aval de l’échec de l’Eurasie … européenne voulue par Poutine et si la Russie est une puissance économique asiatique, n’est- elle pas avant tout un pays européen ?

Merci de votre écoute et rendez- vous …en 2049 !

 

 

Alain Nonjon à Mulhouse à la Filature

Le 28 novembre 2019

Les cafés géo de Mulhouse

Notes :  Françoise Dieterich

 

[1] Des analystes avaient prévu que l’économie soviétique surpasserait celle des EU dans les années 60 que celle du Japon ferait de même dans les années 80….

[2] PPA : Parité de pouvoir d’achat. Que peut-on acheter en Chine avec l’équivalent d’un dollar américain. Cette donnée exprime une vision plus réelle que le dollar « nominal » mais propulse la Chine au premier rang économique ce qui panique les Américains.

[3] Initiative 16 + 1. 7ème sommet Chine Europe de l’Est en 2018. Accords signés entre la Chine et la Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie, tous membres de l’UE, ainsi que l’Albanie, la Bosnie et l’Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie

[4] Etats-Unis, Europe occidentale et Japon

[5] Landgrabbing : achat ou location de terres de longue durée dont les produits sont exportés au pays du locataire

[6] BAII.  Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures. AIIB en anglais. Créée par la Chine en 2014 avec un siège à Pékin dont sont membres la majorité des pays d’Asie (sauf le Japon), la Russie, les grands pays de l’UE, le Brésil, le Canada. 75 membres en 2019. Son objectif est le financement d’OBOR et d’offrir une alternative au FMI

[7] RCEP. Regional Economic Comprehensiv Partnership. Marché commun en cours de finalisation depuis 2012 qui réunit 16 états d’Asie dont la Chine, l’Inde, les pays de l’ASEAN, le Japon, la Corée du Sud à l’Australie et la Nouvelle-Zélande  dans des a accords de libre -échange.

[8] CELAC : Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes.  2010. Organisme intergouvernemental allant du Mexique à la Terre de feu, succédant au groupe de Rio

[9] ·  Vostok a plusieurs significations en Russie car c’est entre autre le nom d’une base russe en Antarctique. Il s’agit ici d’un exercice militaire de grande envergure qui s’est déroulé en septembre 2018 entre la Sibérie et l’extrême orient russe et auquel a été invité Xi Jinping car des troupes mongoles et chinoises participaient à l’exercice.

[10] BATX désigne, face aux GAFAM américains  (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les géants du Web chinois tentant leur chance à l’international depuis les années 2010 : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi

 

La géopolitique pour les nuls. Comprendre le Moyen-Orient par les cartes

Pascal Orcier Cartographe et géographe
Festival Vagamondes  la Filature de Mulhouse samedi 12 janvier  2019

Le Moyen-Orient fait référence au mystère, à l’exotisme et on l’a parfois surinvesti. Mais il est   souvent défini de l’extérieur. D’où vient ce nom de Moyen-Orient ?

En 1914, l’empire ottoman était encore puissant, contrôlant l’Anatolie et le Proche-Orient tel que vu par les Français et qui comprenait les régions de l’Iran à la Palestine.

Pour les Anglais, le Moyen-Orient est la zone séparant l’Europe du monde indien, une zone intermédiaire allant de l’Iran à l’Égypte englobant la péninsule arabique et la Turquie

Il fallait contrôler cet espace qui va se singulariser. Après les accords Sykes&Picot de 1916, le Moyen-Orient va s’insérer dans le grand jeu mondial avec des acteurs limités au départ : ottomans, français, anglais et russes, des acteurs beaucoup plus nombreux aujourd’hui.

Comment concevoir sa place et celle de tous les autres sur un même espace ?

Comment situer la région dans les ensembles qui l’entourent ? L’Iran parait comme un intermédiaire en termes de peuplement. En effet, alors que la région est un des plus anciens foyers de peuplement, elle est aujourd’hui un creux sur la carte de la répartition mondiale du peuplement, entre les deux aires de peuplement dense que sont l’Europe et l’Asie du sud.. Cette région a perdu sa centralité politique depuis le Moyen-Âge où le monde rayonnait autour de Damas ou encore Bagdad , Constantinople puis Istanbul,. Aujourd’hui, la région est en retard de développement malgré un PIB de 3750 milliards contre 18 162 milliards pour l’UE, il est vrai.

La région est politiquement non structurée. Depuis 1981, des pays du Golfe sont bien réunis dans le CCG [Conseil de Coopération du Golfe], une réunion d’états riverains qui exclut l’Irak, le Yémen et l’Iran. Une alliance entre des régimes monarchiques traditionnalistes et riches, plutôt que de partenaires commerciaux. Le pauvre Yémen, l’Iran et l’Irak républicains n’ont pas été invités à la rejoindre  Bien que membres de l’OMC, les pays de la région fonctionnent avec des accords bilatéraux mais qu’ont-ils à échanger entre eux ? Ils importent leurs produits alimentaires et exportent des hydrocarbures, peu d’échanges sont possibles localement. Ils sont pourtant au cœur des flux mondialisés car même si l’approvisionnement européen en pétrole ne dépend plus uniquement du Moyen-Orient, il en va tout autrement pour les Asiatiques.  Les hydrocarbures moyen-orientaux sont déterminants pour les émergents d’Asie et 80% des importations de la Chine, de la Malaisie, de la Thaïlande, de l’Indonésie ou de Singapour passent par Ormuz.  C’est aussi une autre explication du désengagement américain  de la région. Les Etats-Unis sont de moins en moins dépendants de leur pétrole maintenant qu’ils ont développé la production nationale d’hydrocarbures non conventionnels. (Gaz et pétrole dits de schiste)

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L’Irak après Daech

Cyril Roussel, Université de Poitiers
Festival Vagamondes Mulhouse
12 janvier 2018

Réfléchir à l’Irak après DAECH revient à analyser les enjeux territoriaux car DAECH est un produit de l’Irak, né dans la région sunnite d’Anbar. Depuis les accords Sykes-Picot de 1916, l’Irak, dans la sphère d’influence anglaise, a conservé les 3 wilayats de l’empire ottoman: Bagdad, Mossoul et Bassora.

Dans les années 60, le régime de Bagdad a essayé de modifier la société où prédominaient les logiques communautaires, où se côtoyaient arabes, kurdes, turcomans, turkmènes, yazidis, chrétiens. Le prolongement de la plaine mésopotamienne (région d’Erbil) occupe une grande part du nord de l’Irak, où réside la majorité des Kurdes, minorité persécutée, disséminés dans un territoire enclave aux contours flous. Si DAECH se bat en plaine, les Kurdes se battent en montagne où ils mènent une guérilla depuis 1950.

Le mouvement politique kurde se structure au début des années 50 autour de la figure du général  Mustapha Barzani, ancien chef de tribu dont le fils Massoud, a dirigé la région autonome du Kurdistan irakien de 2005 à 2017,sans pour autant réussir à unifier le mouvement et mène la révolte de 1961

Face à eux l’Irak se construit autour de partis dont le parti Baas, que l’on trouve aussi au Liban et en Syrie, un parti nationaliste arabe,défendant une idéologie pan arabe qui s’oppose au nationalisme des Kurdes dont les revendications sont nationales. Émerge progressivement un mouvement pan-kurde, qui associe le PKK  (Peshmergas de Turquie), le PDK (Barzani) et l’UPK  répartis entre la Turquie, la Syrie et l’Irak.

Au début des années 70, le parti Baas vient de prendre le pouvoir à Bagdad et entame des pourparlers avec les Kurdes sur la reconnaissance d’une région autonome mais la loi promulguée par Bagdad en 1974 est rejetée par les Kurdes qui reprennent les armes. En 1975, l’Iran cesse de soutenir les Kurdes d’Irak en échange d’un accord avec Saddam Hussein sur le Chatt el Arab. Les Kurdes d’Irak sont isolés car le PKK qui naît en Turquie en 1978 a une couleur marxiste qu’ils ne partagent pas mais continuent à résister.

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Aujourd’hui et demain, les réfugiés

Céline Schmitt
Porte-parole du UNHCR à Paris
[Haut Commissariat  des Nations Unies pour les réfugiés
11 janvier 2017
Société Industrielle de Mulhouse
Festival  Vagamondes 2017

La problématique des réfugiés est devenue une question de tous les jours. Je travaille pour le HCR depuis 9 ans et me réjouis que cette conférence ne soit qu’une des expressions de cette thématique, très présente dans le festival Vagamondes. Le HCR travaille avec African Artists for Development  qui a conçu avec Salia Sanou le spectacle « Désir d’Horizons » et utilise la danse comme vecteur de réconciliation, comme message de paix

Le monde compte en 2016 65,3 millions de déplacés de force, un chiffre sans précédent. Sur ce chiffre, la grande majorité, 37,5 millions, est déplacée à l’intérieur du pays et 21,3 millions cherchent refuge dans les pays voisins

Pour le HCR, un réfugié est quelqu’un qui se trouve hors du pays dont il la nationalité où il qui craint d’être persécuté en raison de sa race, de sa religion, de ses idées politiques, de sa nationalité ou de son appartenance à un groupe social et qui ne peut, en raison de cette crainte, être protégé par les autorités de son pays.

Le HCR s’occupe aussi des 10,3 millions d’apatrides qui ont besoin de protection.

Créé à l’origine pour 5 3 ans et doté de 34 employés à sa fondation en 1950, le HCR en emploie aujourd’hui  10 700. En 2016, 146 pays ont signé sa convention et le HCR a reçu deux prix Nobel pour son action en 1954 et en 1981.

Le HCR travaille depuis la guerre des Balkans dans les zones même de conflit et est présent sur tous les terrains car le XXIème siècle doit gérer un chiffre record de plus de 65 millions de réfugiés. Il travaille en partenariat avec les autres agences onusiennes, les ONG, avec l’appui des gouvernements, des citoyens car les besoins sont énormes.

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La « Belt &Road Initiative »,  l’Europe et la Chine

Café de géographie de Mulhouse
Mardi 25 février 2017
Xavier Richet

Xavier Richet est Professeur émérite d’économie de Paris Sorbonne-nouvelle,
Chaire Jean Monnet ad personam d’économie de l’intégration européenne
Co-animateur du Séminaire BRIC, FMSH, www.bric.hypotheses.org

“Si tu veux te développer, construis une route…”  proverbe chinois

Dans cette présentation, on expose les objectifs généraux de l’ambitieux projet porté par le gouvernement chinois : One Belt, One Road (OBOR), récemment renommé Bridge and Road initiative (BRI), sa conception, les motivations à son origine, les modalités de financement et sa mise en œuvre. Le projet envisage deux routes, l’une terrestre, qui rejoint l’Europe, l’autre maritime, qui arrive au sud de l’Europe et contourne l’Afrique. La route terrestre, elle-même divisée en plusieurs routes, traverse l’Asie centrale et occidentale. Elle traverse, en Asie, de grands espaces, des économies riches en matières premières mais peu peuplées et peu développées, dont certaines étaient des Républiques de l’ancienne Union soviétique (Figure 1). En Europe, à la sortie de l’Union économique euro-asiatique (UEE) une construction supranationale récente à l’initiative de la Russie (parfois considérée comme une tentative de re-soviétisation) elle transite ensuite dans les nouveaux Etats membres de l’Union européenne et les pays en accession des Balkans, la destination finale étant le cœur de l’Europe (Allemagne, France, Grande Bretagne).

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Quelle présence chinoise en  Afrique?

Thierry Pairault. EHESS/CNRS
La Filature

Vagamondes
17 janvier 2018

Je me bats régulièrement contre l’expression « Chinafrique » car elle enferme la pensée dans un cadre prédéfini. Si on l’écrit en deux mots : « Chine-Afrique », on a de fait un gros problème impliquant la perception d’une Afrique homogène alors qu’elle se décompose en 54 entités avec des histoires, des trajectoires économiques et sociales différentes. L’Afrique est tout sauf homogène, donc il ne saurait y avoir une politique mais des politiques fondées de fait sur des accords bilatéraux

L’expression « Chinafrique », avec le e gommé rappelant la « Françafrique » est une autre hérésie. Même si, un des acteurs de cette Françafrique, Pierre Falcone, œuvre à présent à l’établissement de rapports entre la Chine et l’Afrique après l’avoir fait pour la France, cette acception renvoie l’analyse à des rapports de domination hors de tout contexte réel.

Je combats partout cette expression qui nous impose un jugement, une démarche, nous enferme dans une réflexion déterministe et nous interdit de jeter un regard froid sur les réalités de cette présence chinoise.

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Festival Vagamondes 2017 à Mulhouse (10-21 janvier 2017)

Les Cafés Géographiques vous présentent la programmation du festival Vagamondes 2017, auquel les Cafés Géo de Mulhouse sont comme chaque année étroitement associés. Venez nombreux !

Consulter le programme du festival Vagamondes 2017 [Format PDF - 8 Mo]

Consulter le programme du festival Vagamondes 2017 [Format PDF – 8 Mo]

Voici la programmation du festival Vagamondes 2017 à Mulhouse en janvier qui poursuit l’expérience menée avec succès l’an dernier grâce aux talents des conférenciers invités l’an dernier (Christian Grataloup, Gilles Fumey, Jacques Levy, Antoine Frémont, Hélène et Philippe Baumert, Michel Sivignon, Michel Bussi).

Cette année, toute une équipe de la Sorbonne se réunira à Mulhouse autour de Florence Desprest : Elise Olmedo, Pascal Clerc, Florence Troin, Louis le Douarin ainsi que Serge Weber, Roland Pourtier et Dominique Roquet car Vagamondes s’intéresse aux Suds, c’est-à-dire cette année la Méditerranée et l’Afrique.

Le festival associe étroitement les spectacles aux conférences et prolonge ses actions dans de nouveaux quartiers de Mulhouse en partenariat avec les associations qui organisent par exemple des déjeuners avec les géographes (un déjeuner algérien, un déjeuner libanais, un déjeuner africain) dans un cadre très convivial.

Retrouvez plus d’informations sur le site de La Filature – http://www.lafilature.org/

Enjeux environnementaux et géopolitiques au lac Tchad

90ème Café de géographie de Mulhouse,
avec Roland Pourtier, Professeur émérite, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne,
le 23 mars 2016, au Carré des associations

Le lac Tchad est au centre d’une région bouleversée par le terrorisme, où sévit Boko Haram qui a fait allégeance à DAECH.

Suite à un Forum du développement durable à N’Djamena, en 2010, il a été décidé de faire un atlas du lac Tchad, le premier du genre, qui regroupe toutes les problématiques sur ce lac, partagé entre 4 États. Un espace unique au sein du Sahel, le seul grand lac de la région, la seule grande zone humide.

Longtemps ignoré des Européens mais au cœur des empires Bornou et Kanem, on n’a commencé à s’y intéresser qu’au XIXème après des voyages d’exploration dont celui d’Heinrich Barth en 1851. A cette occasion, une cartographie approximative en représente les contours pour la première fois.

Sauver le lac Tchad est depuis longtemps une préoccupation majeure bien avant que les exactions de Boko Haram ne s’y déroulent car la menace sur le lac Tchad est d’abord climatique.

Face au changement climatique certains ont craint la disparition de ce lac, situé au contact entre Sahara et Sahel [un mot qui veut dire la bordure, le rivage]. Le Sahel est fragile. L’agriculture, l’élevage sont aléatoires. Les sécheresses récurrentes (1970- 1990) ont entraîné une rétraction du lac Tchad.

Entre 1963 et 2001, le lac a, d’après les images satellites, perdu une bonne partie de ses eaux. Les cartes établies à partir de ces images sont destinées à mobiliser l’opinion, les ONG, les OIG pour les pousser à agir : on veut attirer leur attention

  • En 1963, le lac présentait une surface de 25 000 km2 en eau, à l’achèvement d’un cycle humide caractérisé par des débits élevés du Chari, principal tributaire du lac.
  • En 1973, c’est le début des sécheresses larvées depuis 1969. Se cumulent des déficits pluviométriques et une baisse du débit des fleuves.
  • En 1997, l’effet des sécheresses persiste

Ce lac est marqué par des fluctuations constantes. Ses contours bougent sans arrêt. On s’interroge depuis le début du XXème sur sa disparition potentielle. Situé à une altitude de 280 mètres, il est exposé à un risque de capture par la Bénoué, le grand affluent du Niger.

Les images satellites montrent les variations des surfaces en eau mais les images indiquent l’année et non pas la saison ! Selon la période de crue ou d’étiage, cela change tout. Il faudrait que les photos soient toujours prises au même moment pour être comparables.

Surtout, il faut différencier les eaux libres où l’on circule aisément en pirogue et les eaux marécageuses, encombrées de végétation aquatique mais qui font partie du lac, la profondeur pouvant atteindre un mètre. Les représentations cartographiques qui ne tiennent pas compte de ces deux faciès du lac faussent la réalité.. C’est ainsi qu’en 2013, au moment de la crue, le lac (eaux libres et marécageuses) couvrait plus de 13 000 km2, Il était à peu près identique à ce que révèle la première cartographie dressée par la mission Tilho en 1908. Les marécages servent de frayères, de réservoir de biodiversité. Ils ont une utilité indéniable. Un lac ne se résume pas à ses seules eaux libres.

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Festival Les Vagamondes à Mulhouse, du 13 au 23 janvier 2016

Le festival Les Vagamondes d’Arts et de Sciences Humaines, consacré à la Méditerranée, se déroulera du 13 au 23 janvier 2016 à Mulhouse avec de nombreuses conférences et représentations dans lesquelles la géographie va tenir une place très importante.

Au cours du festival auront également lieu plusieurs conférences géographiques, sur le modèle des Cafés Géo, avec notamment des apéro et des petits-déjeuners de géographie !

Nous vous invitons à découvrir ci-dessous le programme complet du festival, en espérant vous-y retrouver nombreux.

vagamondes15-16

Festival_les_Vagamondes_2015_Mulhouse (PDF)

 

Alsace-Kivu, destins croisés

75ème Café de géographie de Mulhouse
Thierry Kranzer, United Nations, Department of Public Information, News and Media Division – Meetings Coverage section, Président des Alsaciens de New-York.
17 avril 2015
À la Cour des chaînes à Mulhouse

L’ONU au Kivu

On me dit toujours que je mets l’Alsace à toutes les sauces. Mais le fait est que je trouve nombre de similitudes entre ma région d’origine et celle du Sud-Kivu où j’ai été en mission pour l’ONU de mai 2006 à septembre 2007.  Nos quatre changements de nationalité, nos dizaines de milliers de morts, l’évolution de notre situation entre 1945 et Maastricht en 1992 m’ont permis de trouver des arguments pour sensibiliser la société civile du Sud-Kivu, en essayant de montrer que l’exemple de l’Alsace était la démonstration que tout est possible en termes de développement et de pacification d’une frontière, mais qu’il fallait laisser le temps au temps.

Je me suis retrouvé dans ce coin des trois frontières, coincé entre la RDC, le Rwanda et le Burundi,  où en « nonante-quatre », pour reprendre le vocabulaire local hérité des Belges. Les images des massacres au Rwanda de 1994 m’avaient bouleversé.  On ne comprenait pas à l’époque comment cette crise rwandaise avait eu un tel impact sur l’Est de la RDC voisine où s’étaient réfugiés 2 millions de Rwandais hutus craignant les représailles du FPR qui venait de prendre le pouvoir à Kigali.  Nous ne savions pas encore alors que nous vivions la fin de l’ère Mobutu. Deux ans après le génocide rwandais, en 1996, Laurent Désiré Kabila envahissait la RDC à partir de la Ville d’Uvira, avec le soutien logistique des nouveaux maîtres du Rwanda. A l’époque tout semble compliqué. On ne sait plus à un moment qui massacre qui, jusqu’à l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir à Kinshasa en 1997, ni pourquoi et comment s’était développé en RDC un nouveau « génocide » provoqué par la colère et la vengeance des rescapés, parfois parqués dans les mêmes camps en RDC que leurs bourreaux : les génocidaires du Rwanda en 1994.

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Les murs frontaliers ou la face obscure de la mondialisation

77ème Café de géographie de Mulhouse .
Stéphane Rosière, P
rofesseur à l’Université de Reims Champagne Ardenne
21 mai 2015 Engel’s coffee. Maison Engelmann. Librairie 47° Nord Mulhouse

J’enseigne à Reims mais je suis aussi enseignant à l’université Matel Bel (Banska Bystrica, Slovaquie) où j’assure des cours de Master de géopolitique conjoint Franco-slovaque. Je suis aussi le directeur de publication de la revue de géographie politique et géopolitique « L’Espace politique » dont le contenu est gratuit.

J’ai travaillé sur la question des violences politiques (génocides, nettoyages ethniques) qui sont des thèmes rarement abordés par les géographes, autant de politiques létales ayant un fort impact spatial, parmi ces violences le refoulement des migrants qui une des formes de « modification coercitive du peuplement » m’a conduit à m’intéresser aux frontières où se multiplient les « murs ».

Le retour des murs a commencé dans les villes avec la construction des gated communities décrites dans « Fortress America » d’Edward Blakely et Marie Snyder, paru dès 1997. Est-ce le signe d’un nouvel « encastellement » (pour reprendre le terme Pierre Toubert, l’historien médiéviste) ? L’analogie contemporaine entre gated communities et les états a déjà été soulignée (Van Houtum et Pijpers 2007, Ballif et Rosière 2009). Mais les frontières internationales, objet d’étude plus ou moins « ringardisé » dans les années 1990, ont été moins étudiées que les villes.

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« Penser le monde avec des cartes »

76ème Café de géo de Mulhouse
« Penser le monde avec des cartes »
D’après L’Atlas global (Les Arènes, 2014)
6 mai 2015, Maison Engelmann Engels café. Librairie 47°Nord

Gilles Fumey, Professeur de géographie culturelle à l’université Paris-Sorbonne, Chercheur au CNRS

Les co-auteurs de l’atlas se sont posé deux questions :

  • Comment parler du Monde avec une représentation intelligible au temps des atlas numériques ? Google Earth bouleverse notre pratique de la carte. Surtout pour les plus jeunes qui n’auront, dans quelques années, rarement eu contact avec la carte papier.
  • Quel récit du Monde pouvons-nous construire ? Laissons-nous toujours l’Occident au centre de nos représentations ? Il nous faut « désoccidentaliser » notre manière de voir le monde.

On part du travail de Christian Grataloup, selon lequel la cartographie est une convention. Faut-il en changer ? Non pas, comme on aimerait le faire, mettre en ordre le monde, mais bien exposer les désordres. De manière visuelle. Et que cette exposition soit l’engagement d’une pensée destinée à lever des lièvres plus qu’à relier des pensées éparses.

Certes, le globe est une figure fascinante, totémique. Il porte avec lui l’idée de totalité, mais pourtant le Monde est très fragmenté. Et, surtout, depuis 1969, on ne va plus le voir du dedans. Mais du cosmos. Révolution ! Car la planète bleue paraît tout d’un coup très fragile. D’aucuns y voient le point de départ de nos visions de l’environnement aujourd’hui. Qui insiste sur l’enveloppe atmosphérique, la bulle, les océans….

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Le Moyen Orient, épicentre de l’arc de crises

Le Moyen Orient, épicentre de l’arc de crises
Fabrice Balanche
Festival Vagamondes La Filature
Samedi 17 janvier 2015
Café de géographie de Mulhouse

Ce sujet est au cœur d’une actualité brûlante, qui nous rattrape et met en lumière les responsabilités de la politique étrangère de la France dans le drame de Charlie hebdo.

Moyen-Orient, Proche-Orient ou MENA ?

Il convient pour bien comprendre de préciser certaines notions.

Quelle différence entre Moyen-Orient et le Proche-Orient ?

Je pense que la meilleure définition est celle de Winston Churchill.

  • Le Proche-Orient, c’est le Maghreb plus l’Égypte et la Syrie
  • Le Moyen-Orient : c’est la péninsule arabique et l’Iran
  • L’Orient : le monde indien
  • L’Extrême-Orient : la Chine et le Japon

Pour les Français, le Proche-Orient, c’est le Levant : la façade méditerranéenne de la péninsule arabique : Syrie, Liban, Égypte, Israël

En fait, la région n’existe pas, c’est une notion géopolitique qui dépend de la puissance dominante dans le monde qui la détermine.

Le terme « Middle East » des Etats-Unis s’est imposé longtemps, élargi depuis les années 2000 au MENA ; Middle East North Africa. Un arc s’étendant du Pakistan à la Maurétanie, régions qu’ils entendaient dominer alors que Churchill se focalisait sur la région allant du Caire à l’Inde.

La notion de Proche-Orient n’est plus utilisée qu’en France, parfois en Espagne, en Italie et souvent restreinte au conflit Israël-Palestine

L’AFPAK, la zone Afghanistan- Pakistan est une « sous-zone » pour les Etats-Unis qui cherchent à en dissocier les conflits qui contribuent cependant à désorganiser l’ensemble de la région

Le Maghreb, plus proche de l’Europe, appartient au monde arabe et musulman. Il obéit à des problématiques différentes, éloignées de celles dominantes en Israël, Palestine, Arabie saoudite ou Iran. Les Maghrébins migrent davantage vers l’Europe que vers les Pays du Golfe. Pourtant, ces pays qui ensemble ont une puissance égale à la Chine, sont le centre géo économique de la région. Puissances rentières, ils sont engagés politiquement. Le Qatar soutient des mouvements extrémistes comme les Frères musulmans en Égypte, Nahda en Tunisie, il héberge et finance le Hamas, organisation considérée comme terroriste par les Etats Unis et l’Union Européenn, contrairement aux dires de Laurent Fabius. Le Qatar surenchérit car il est en lutte avec l’Arabie saoudite pour le leadership de la région et ils s’affrontent en Syrie à travers des mouvements radicaux opposés.

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Le Cameroun, l’Afrique en miniature

En 1472, les Portugais avec à leur tête l’explorateur Fernando Pô arrivent sur les côtes du Cameroun et sont étonnés par les milliers de crevettes pullulant dans le fleuve Wouri. Ils baptisent cette terre inconnue des Européens « Rio dos Camarões », ce qui évolué en «Cameroun».  Au cœur de l’Afrique, proche de l’Équateur, le Cameroun combine à la fois tous les atouts et tous les problèmes du continent, au point qu’il est possible en s’intéressant au Cameroun, d’étudier dans un seul territoire, l’Afrique dans son ensemble.

Le poids des héritages coloniaux

Le Cameroun est revendiqué mais non exploité par les Portugais.  Au XIXème, les Allemands installent un comptoir de commerce près de Douala, ouvrant la porte à l’explorateur Gustave Nachtigal,  dont les expéditions permettent à Bismarck de déclarer le territoire comme protectorat allemand en 1884 sous le nom de Kamerun.

Cette appropriation est confirmée lors des conférences de Berlin en 1884-85 qui attribuent à l’empire allemand outre le Cameroun,  les actuels Togo, la Namibie, la Tanzanie et le Rwanda.  En 1911, en compensation du Maroc, le Kamerun allemand est agrandi par l’adjonction de territoires sous contrôle français leur ouvrant un accès au fleuve Congo. Au Cameroun, comme dans tous les territoires colonisés, on n’a jamais consulté les populations locales, mises devant le fait accompli.

Après 1918, la France et le Royaume-Uni se partagent les dépouilles de l’empire colonial allemand en Afrique. La France devient le tuteur mandaté par la SDN du Togo et du Cameroun en 1922. La langue française devient la langue véhiculaire, ce qui est à la fois un atout car une « lingua franca » facilite la communication et un handicap car elle fait disparaître certains parlers locaux et exclut ceux qui ne la maîtrisent pas.

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Habiter le monde

73ème Café de géographie de Mulhouse
Olivier Lazzarotti
Professeur de géographie à l’université de Picardie

Mulhouse, 2 octobre 2014

Le monde change, la géographie change.  Habiter, c’est un moyen de penser ce changement et les concepts qui le signalent. C’est au cœur de la transformation du monde et de la géographie

Le monde change on le sait. Les changements sont économiques, sociaux, écologiques géopolitiques, technologiques. La géographie des années 80 ne rend plus compte de ces nouveaux phénomènes qui impliquent une nouvelle manière de lire le Monde. Une partie des bouleversements qui concernent la géographie touche aux mobilités. Ceux qui bougent et ceux qui ne bougent. Ceux qui sont bougés, ceux qui font bouger. Tout le monde bouge. En se multipliant, les mobilités se diversifient : migrations internationales, déplacements touristiques, déplacements pendulaires etc. De ces mobilités émergent des types sociétaux spécifiques, les sociétés à habitants mobiles. Aborder le Monde par l’ « habiter » est l’un des moyens de prendre en compte ces transformations dont le tout constitue une révolution géographique sans précédent.

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Géopolitique de l’Europe

Café de géographie du 11 février 2014
Pascal Orcier (Université de Lyon III)
Café l’Avenue, Mulhouse

La géopolitique de l’Europe est un sujet d’actualité à 100 jours des élections européennes, 48 heures après la votation suisse et en pleins Jeux Olympiques de Sotchi.

La question de l’Ukraine est au cœur de l’actualité car écartelée entre l’UE et la Russie mais comment se représente la frontière pour chacune de ces entités ? Une frontière négociée pour l’UE?  Un front ou un glacis pour les Russes ?

Sur un autre plan, l’attitude ambiguë de la Suisse face à UE dont elle est une enclave depuis l’adhésion de l’Autriche en 95 mais qui reste en marge de l’UE.

L’Europe est un continent neuf en terme géopolitique. Ses frontières ont été stables entre 1945 et 1990, avant les bouleversements liés à la fin de la Guerre Froide. Ensuite sa carte politique a changé à plusieurs reprises : implosion de l’URSS,  morcellement de la Yougoslavie, scission de la Tchécoslovaquie.  La dernière modification date de 2008 avec la création du Kosovo. Elle va peut-être encore évoluer selon le résultat du référendum de septembre prochain en Écosse.

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Les capitales européennes de la culture en Méditerranée : lieux, acteurs, enjeux

Débat « Les capitales européennes de la culture en Méditerranée : lieux, acteurs, enjeux »
avec Boris Grésillon, professeur de géographie à l’université d’Aix-Marseille,
le 18 janvier 2014, à La Filature, Mulhouse

Présentation
Le titre de « capitale européenne de la culture » est devenu au fil du temps un label envié par les villes européennes. Il est censé, pendant un an, faire porter les feux des projecteurs sur une ville européenne. Au-delà de l’organisation d’une année culturelle, ce label suscite des enjeux qui dépassent la stricte sphère culturelle : il s’agit tout à la fois d’attirer des touristes, de réaliser une opération économiquement rentable, de réorganiser un territoire, d’améliorer l’image ou la visibilité internationale d’une ville, de recréer du lien social à partir de projets culturels de terrain, etc. D’une certaine manière, Marseille et son territoire offraient en 2013 un terrain de jeu idéal pour répondre à ces défis.

Exceptionnellement, et en l’absence de compte-rendu, retrouvez sur cette thématique l’article de Boris Grésillon, Marseille-Provence 2013, analyse multiscalaire d’une capitale européenne de la culture, publié le 4 novembre 2013 sur le site de Géoconfluences.

L’Amérique centrale l’est-elle vraiment ?

68ème café de géographie de Mulhouse
Jeudi 28 novembre 2011
Lucile Medina, UMR ART-Dév, Université de Montpellier 3

Quelle est la centralité de l’Amérique centrale ? A part sa position géographique, la question se pose vraiment.  La géopolitique et l’économie peuvent aider à y répondre.

Il faut tenir compte de deux dimensions :
– La dimension longitudinale : l’Amérique centrale est-elle un lien entre le Nord et le Sud du continent ? Est-elle une charnière ?
– La dimension transversale : sa centralité à l’échelle mondiale avec  Panama à la centralité d’échanges mondiaux.

L’isthme est cependant le « ventre mou » du continent avec 40 millions habitants, 500 000 km² fragmentés en 7 Etats. Des paysages différents, un relief morcelé avec une cordillère centrale. Pour Alain Musset, c’est une mosaïque de petits mondes. L’Amérique centrale est mal connue ou partiellement comme « région chaude », affectée par des séismes, le volcanisme, des cyclones, des inondations. Un climat politique longtemps délétère : les Sandinistes, les guérillas etc..

Néanmoins, l’Amérique centrale est un ensemble original qui s’étend géographiquement de l’isthme de Tehuantepec à celui de Panama. Elle se rattache à la Méso Amérique et à l’Amérique du Sud.

On a peu de publications en français (et même en espagnol et en anglais) sur cet espace. Alain Musset en 1994, a publié « Amérique centrale et Antilles ». Le tome sur l’Amérique latine dans la collection de la Géographie Universelle de Belin-Reclus lui consacre également un chapitre en 1994, rédigé par Noëlle Demyk. On peut aussi mentionner “Guerre et paix » en Amérique centrale d’Alain Rouquié (1992) ou encore un numéro thématique de la revue Problèmes d’Amérique latine en 2009 « Amérique centrale, fragilité des démocraties ». En anglais, est paru « Historic Atlas of America », (coord. Hector Perez Brignoli et Carolyn Hall), en 2003.

Pour revenir sur le modèle centre- périphérie qui vient de l’économie avant d’avoir été récupéré par la géographie en 1980 (Alain Reynaud), il se rapproche des théories néo marxistes décrivant un monde vu en terme de dominations : celle des PDEM [Pays Développés à Economie de Marché] sur les PED  [Pays En Développement]

L’Amérique centrale est-elle un centre ou une périphérie ? Elle semble plutôt périphérique, sous dépendance de l’Amérique du Nord, mais est-elle intégrée ou dominée ? C’est en question.

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Tropismes balnéaires

63ème café de géographie de Mulhouse
Jérôme Lageiste
Maitre de conférences à l’université d’Artois

Mardi 12 février 2013
Café l’Avenue Mulhouse

Le tourisme s’exerce – pas exclusivement, mais majoritairement – sur des espaces conduisant à une orientation vers la nature.  Les littoraux – combinaison des éléments primaires : plage, mer, soleil – font l’objet d’un véritable tropisme impérieux s’exerçant de date ancienne et dans divers régions du monde.

Comment appréhender cet attrait pour les littoraux ? Qu’est-ce qui conduit des légions individus vers les littoraux ?

S’agirait-il d’une phénoménologie particulièrement expressive de cet espace ?

Dans une démarche géographique assurément subjective, plaçant l’individu au centre de nos préoccupations, il s’agira ici de s’intéresser à l’intimité que chacun entretient avec les éléments, à ses affects, de comprendre le sens de cette topophylie.

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Quel avenir pour le commerce en centre-ville ?

66ème café de Géographie de Mulhouse 29 Avril 2013
Bernadette Mérenne-Schoumaker

Phénomènes généraux

Le commerce a toujours été un secteur qui change et cette évolution touche bien sûr les centres-villes.

Pourquoi des changements ?

Le commerce est le reflet de la société qui évolue sans cesse. Les technologies ont toujours favorisé les changements comme les transports, les cartes de crédit et l’e-commerce mais il se passe des choses très différentes dans des villes similaires selon les pays.

Plusieurs acteurs influencent le commerce ainsi : les pouvoirs publics qui ne peuvent cependant porter seuls le poids des responsabilités, les distributeurs qui décident des implantations et les consommateurs qui pèsent beaucoup en orientant le commerce par leur comportement et leur choix.

Évolutions de la demande

Plusieurs facteurs interviennent pour expliquer les changements. Des facteurs socio-économiques comme l’accroissement global des revenus des ménages et la bipolarisation des extrêmes [très riches et très pauvres], la réduction de la taille des ménage, le vieillissement des populations , le multiculturalisme, de nouvelles valeurs plus hédonistes qui priment : la santé, la famille, le plaisir, l’écologie… et des facteurs spatiaux liés à la mobilité comme l’étalement urbain des classes moyennes qui induit une segmentation des espaces.

Évolutions de l’offre

On constate la montée en puissance des grandes enseignes internationales omniprésentes mais aussi la transformation des modes de vente avec la banalisation du libre-service, de l’e-commerce, du discount. Se multiplient les « offres bouquet » : « tout pour l’enfant » et on voit apparaitre de nouveaux produits et services. Le plus grand changement est la généralisation de la distribution périphérique, d’une banalité évidente sur le plan paysager à l’inverse des centres-villes. L’opposition centre-périphéries s’accroit et le commerce urbain se reconcentre sur quelques petites rues alors qu’à l’inverse, on constate une dégradation des quartiers non centraux.

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Quand l’Afrique s’éveillera !

65ème Café de géographie de Mulhouse

Roland Pourtier
Professeur émerite de géographie.

Mulhouse, Café L’Avenue 3 avril 2013

Si j’avais pensé l’Afrique mal partie, j’aurai changé de métier ou de continent. En effet, s’il y a encore beaucoup de problèmes dans la région, l’Afrique bouge énormément.
J’ai en main un texte de Nicolas Baverez, paru ce matin qui contredit René Dumont car en effet : « L’Afrique noire est bien partie ». Nous venons d’aborder une période « d’afro-optimisme »
Il faut cependant raison garder, savoir qu’il y a des éléments extrêmement positifs mais encore nombre de problèmes à résoudre.
Les « Lions africains » répondent aux « Tigres d’Asie ». L’heure des lions qui vont dévorer la terre entière telle que décrits par le numéro spécial de Courrier International sur l’Afrique composé d’articles écrits uniquement par des Africains ayant une vision stimulante.

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La crise : vers une redistribution des cartes à l’échelle monde

64me café de géographie de Mulhouse

Campus de la Fonderie
20 mars 2013

Laurent Carroué
Inspecteur Général . Ancien Professeur de géographie. Université de Paris VIII

La pression humaine : la durabilité de nos modèles de développement en débat

CR_Laurent_Carroué_Crise_Subprimes (4)

La croissance démographique est un des premiers éléments d’explication de la redistribution des cartes car la présence de plus de 6 milliards d’hommes, inverse les équilibres. Les pays développés stagnent sur le plan démographique, la croissance vient à 90% de la vitalité des Suds.

Partout les améliorations sociales, sanitaires, médicales, expliquent les progrès de l’espérance de vie mais aussi la baisse de la mortalité plus rapide que celle de la fécondité qui reste élevée. Les pays les plus évolués du Sud rejoignent le modèle européen (cf. enjeux du vieillissement en Chine) mais dans le reste monde 50 % de la population a moins de 20 ans.

L’enjeu géopolitique de gestion, au XIXème, qui a permis à l’Europe de peupler le reste du monde, grâce à un boom démographique qui lui a permis de s’étendre sur les ¾ de la planète a vécu. Au XXème, ce processus est interdit au Sud car il n’y a presque plus d’espaces à développer.

Les niveaux de migration actuels (en %) sont équivalents à ceux de la Première Guerre Mondiale mais aujourd’hui, on observe un cloisonnement des flux induisant des enjeux de développement internes tout à fait nouveaux.

Il est possible que l’on aille vers des catastrophes géopolitiques (Côte d’Ivoire) car les processus fonciers, d’accueil sont bloqués. C’est la même chose au Kivu dans la région des Grands Lacs d’Afrique ; au Sahel quand il y a pression sur la terre. Cela pose un problème de solidarité comme de transferts de compétence. « La terre est finie » dit-on en Afrique.

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L’extension de la crise des subprimes aux Etats-Unis

Hugo Lefebvre
ATER à l’université d’Artois, doctorant à l’Institut Français de géopolitique, Université Paris VIII

Café L’Avenue Mulhouse
4 octobre 2012

Hugo Lefebvre a passé un an en Californie pour cette thèse qui sera déposée demain matin. Il a étudié les enjeux et conflits de pouvoir nés en Californie de la crise de 2008, entre plusieurs acteurs à diverses échelles. Cette crise, la plus grave crise depuis 1929, a commencé en 2007. Elle s’est traduite par une augmentation rapide des saisies immobilières. Elle se résorbe cependant progressivement depuis 2010.

La crise a frappé dans un premier temps les villes centres car le modèle urbain américain est très différent de l’Européen : d’une manière générale, les villes centres sont pauvres et les périphéries riches. À l’échelle du pays, la Californie est l’un des États les plus touché par l’augmentation des saisies. La répartition des saisies immobilières n’est cependant pas homogène en Californie. La vallée de San Joaquin, petite région rurale de 1.5 millions d’habitants située 150 km à l’est de San Francisco , constitue l’une des régions les plus touchés par la crise, non seulement à l’échelle de l’État, mais également à l’échelle du pays. Ce territoire ne ressemble pourtant en rien aux villes centres car c’est une région rurale, qui a connu un développement urbain rapide avant le déclenchement de la crise.

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La mondialisation du Père Noël
Présentation du café géographique « La mondialisation du Père Noël » avec Marc Lohez, à Mulhouse, le 17 décembre 2003.

Noël, et le personnage mythique qui lui est associé depuis peu ne sont pas seulement les résultats d’une histoire culturelle. Noël est le produit de glissements dans l’espace de la fête et de ses figures : tout d’abord le basculement initial de l’est du bassin méditerranéen vers l’Europe de l’Ouest et du Nord, ensuite, une traversée de la Manche et deux traversées de l’Atlantique, des « migrations » profondément liées aux courants commerciaux des époques concernées.

Les espaces fondateurs de Noël ont souvent les même caractéristiques : plutôt riches, ouverts sur d’autres espaces mondiaux et capables d’innover. Noël ne se pare du manteau des traditions que pour mieux cacher ses modernisations. Le cas de la Finlande, qui sera particulièrement étudié lors du café de Mulhouse le prouve : le petit pays nordique a pu « kidnapper » le Père Noel en se fondant sur ses propres traditions et en profite aujourd’hui pour organiser un actif tourisme international de Noël, de la capitale à la lointaine Laponie. Le père Noel est donc l’un des symboles de la mondialisation, ce qui ne retire rien à la dimension culturelle ou spirituelle de Noël : il est l’héritier d’une culture marchande que l’on ne peut séparer de sa dimension religieuse.

Archives – Café géographiques de Mulhouse

Retrouvez toutes les archives des comptes rendus des Cafés Géographiques de Mulhouse, à consulter et télécharger au format PDF.

Un monde touristique, une lecture géographique, Philippe Duhamel, 3 octobre 2013
pdf_icon_16 CR monde touristique P Duhamel.pdf

Quel avenir pour le commerce en centre-ville ?, Bernadette Mérenne-Schoumaker, 29 avril 2013
pdf_icon_16 CR commerce centre ville B. Merenne Schoumaker.pdf

Quand l’Afrique s’éveillera !, Roland Pourtier, 3 avril 2013
pdf_icon_16 CR Afrique R. Pourtier.pdf

La crise : vers une redistribution des cartes à l’échelle mondiale, Laurent Carroué, 20 mars 2013
pdf_icon_16 CR crise L. Carroue.pdf

Tropismes balnéaires, Jérôme Lageiste, 12 février 2013
pdf_icon_16 CR tropismes balneaires J. Lageiste.pdf

Le développement durable : utopie ou avenir économique ?, Alexandra Monot, 21 novembre 2012
pdf_icon_16 CR developpement durable A. Monot.pdf

L’extension de la crise des subprimes aux Etats-Unis, Hugo Lefebvre, 4 octobre 2012
pdf_icon_16 CR subprimes H. Lefebvre.pdf

Quelle place pour les prisons ?, Olivier Milhaud, 30 mai 2012
pdf_icon_16 CR prisons O. Milhaud.pdf

Les Etats-Unis, des paysages emblématiques, Christian Montes, 28 mars 2012
pdf_icon_16 CR Etats-Unis Montes.pdf

Différences entre les lieux, injustices entre les personnes. Pour une lecture géoéthique du Brésil, Bernard Bret, 16 février 2012
pdf_icon_16 CR B. Bret Bresil.pdf

Les enjeux de l’Arctique, Eric Canobbio, 18 janvier 2012
pdf_icon_16 CR enjeux arctique.pdf

« Notre vision cartographique du monde est pleine de cicatrices… », Christian Grataloup, 6 décembre 2011
pdf_icon_16 CR Grataloup.pdf

Les régions françaises sont-elles des espaces vécus ?, Armand Frémont, 12 mai 2011
pdf_icon_16 CR régions françaises.pdf

Les banlieues, territoires du passé ou terre d’avenir ?, Marie-Claire Vitoux, Didier Burcklen, Hervé Vieillard-Baron, 1 avril 2011
pdf_icon_16 CR banlieues.pdf

L’énergie en Europe : bilan et enjeux, B. Mérenne-Schoumaker, 10 février 2011
pdf_icon_16 CR Energie Europe.pdf

L’Iran, Etat voyou ou pays émergent ?, Bernard Hourcade, 24 janvier 2011
pdf_icon_16 CR Iran.pdf

Le Mexique entre deux Amériques, Alain Musset, 24 novembre 2010
pdf_icon_16 CR Mexique.pdf

Le temps de l’Afrique est-il venu ?, Roland Pourtier, 15 novembre 2010
pdf_icon_16 CR temps de l’Afrique.pdf

La mondialisation du transport maritime : Comment le monde a-t-il été mis en boîtes ?, Antoine Frémont, 29 avril 2010
pdf_icon_16 CR Transport maritime.pdf

Chine, Japon : collision ou collusion ?, Pierre Gentelle, Philippe Pelletier, 26 mars 2010
pdf_icon_16 CR Chine Japon.pdf

Le TGV dans l’espace Rhin Rhône : quelle place pour Mulhouse, Valérie Fachinetti-Mannone, Cyprien Richer, 23 février 2010
pdf_icon_16 CR TGV Espace Rhin Rhone.pdf

Le mur de Berlin, vingt ans après, Bernard Reitel, 10 décembre 2009
pdf_icon_16 CR Mur de Berlin.pdf

L’Allemagne, vingt ans après, Boris Grésillon, 1 octobre 2009
pdf_icon_16 CR Allemagne.pdf

Le Congo ou la poudrière du Kivu. Géopolitique d’une périphérie à haut risque, Roland Pourtier, 19 mars 2009
pdf_icon_16 CR Congo.pdf

L’agriculture peut-elle nourrir le monde ?, Jean-Paul Charvet, 17 février 2009
pdf_icon_16 CR Agriculture Monde.pdf

La mondialisation : plus ou moins d’Europe ?, Jacques Levy, 5 février 2009
pdf_icon_16 CR Mondialisation Europe.pdf

Les Etats entre Russie et Europe (Moldavie, Biélorussie, Ukraine) entre-deux ou Etats satellites ?, Yann Richard, 18 décembre 2008
pdf_icon_16 CR Etats entre Russie et Europe.pdf

Le Maroc, île ou pont ?, Jean-Luc Piermay, 25 novembre 2008
pdf_icon_16 CR Maroc Piermay.pdf

La géopolitique du vin. Vins du terroir, vins du nouveau monde, Hélène Vélasco-Graciez, 24 avril 2008
pdf_icon_16 CR Géopolitique du Vin.pdf

Hong Kong et la Chine du Sud, Thierry Sanjuan, 13 mars 2008
pdf_icon_16 CR Hong Kong.pdf

Villes et mondialisation, Stéphane Leroy, 31 janvier 2008
pdf_icon_16 CR villes mondialisation.pdf

Les défis posés au Japon, Philippe Pelletier, 14 décembre 2007
pdf_icon_16 CR défis Japon.pdf

La Caspienne au cœur de nouveaux enjeux, Jean Radvanyi, 5 décembre 2007
pdf_icon_16 CR Caspienne enjeux.pdf

Les enjeux territoriaux de la logistique, Antoine Beyer, 25 septembre 2007
pdf_icon_16 CR enjeux territoriaux logistique.pdf

Les enjeux géopolitiques en Afghanistan, Sonia Jedidi, 10 avril 2007
pdf_icon_16 CR enjeux géopolitiques Afghanistan.pdf

La Turquie en quatre monde, Stéphane de Tapia, 19 février 2007
pdf_icon_16 CR Turquie quatre mondes.pdf

Le Liban, la triste réalité d’un Etat tampon, Fabrice Balanche, 9 janvier 2007
pdf_icon_16 CR Liban Etat tampon.pdf

La mondialisation en débats, Laurent Carroue, jeudi 9 novembre 2006
pdf_icon_16 CR mondialisation débats.pdf

Le réchauffement climatique, mythe ou réalité ?, Patrice Paul, 17 mai 2006
pdf_icon_16 CR réchauffement climatique.pdf

Les banlieues, des territoires urbains en crise, Hervé Vieillard Baron, 14 mars 2006
pdf_icon_16 CR banlieues H Vieillard Baron.pdf

Villes et risques naturels, Yvette Veyret, 11 janvier 2006
pdf_icon_16 CR ville risques naturels.pdf

La banalisation des paysages, Michel Perigord, 16 décembre 2005
pdf_icon_16 CR banalisation paysages.pdf

La Chine en 2020, géopolitique et géostratégie, Pierre Gentelle, 22 novembre 2005
pdf_icon_16 CR Chine 2020.pdf

Quel avenir pour les transports urbains en Europe ?, Christian Montès, Manuel Appert, 7 avril 2005
pdf_icon_16 CR Transports Urbains.pdf

La géographie de l’Inde, François Durand-Dastes, 16 mars 2005
pdf_icon_16 CR Inde.pdf

L’agriculture, moteur ou frein du développement en Amérique latine, Bernard Bret, 20 octobre 2004
pdf_icon_16 CR Bresil.pdf

Les Etats-Unis, une puissance en question, Gérard Dorel, 31 mars 2004
pdf_icon_16 CR Dorel.pdf

La Pologne à l’heure de l’entrée dans l’U.E., Benjamin Kostrubiec, 11 février 2004
pdf_icon_16 CR Pologne.pdf

L’Afrique peut-elle entrer dans la modernité ?, Jean-Luc Piermay, 2 octobre 2003
pdf_icon_16 CR Piermay 2003.pdf

L’eau, un enjeu pour le XXIème siècle, Jacques Bethemont, 7 mai 2003
pdf_icon_16 CR Bethemont 2003.pdf

La vision chinoise du monde, Pierre Gentelle, 13 mars 2003
pdf_icon_16 CR Gentelle 2003.pdf

Les relations entre les Balkans et l’Europe, Michel Sivignon, 13 décembre 2002
pdf_icon_16 CR Sivignon 2002.pdf

Risques naturels, risques majeurs, leur gestion est-elle possible ?, Brice Martin, 5 juin 2002
pdf_icon_16 CR Brice Martin 2002.pdf

L’aménagement du territoire. Pour qui ? Pour quoi ?, Michel Hagnerelle, Jean-Roch Klethi, Bernard Reitel, 1 mars 2002
pdf_icon_16 CR Hagnerelle 2002.pdf

La frontière, zone de contacts ou de ruptures ?, Henri Chamussy, 28 septembre 2001
pdf_icon_16 CR Chamussy 2001.pdf

Quelle ville voulons-nous ?, Jacques Lévy, 5 avril 2001
pdf_icon_16 CR Levy 2001.pdf