Le dessin du géographe

Un certain nombre de géographes dessinent  lors d’excursions sur le terrain ou de missions scientifiques. Certains en ont même fait une activité régulière, et en illustrent leur production. Mais cette activité demeure presque confidentielle. Beaucoup de dessins restent dans les tiroirs, n’ayant bénéficié que d’un regard furtif et admiratif des collègues qui jettent un coup d’œil sur le carnet. Rares sont les géographes qui comme Pierre Deffontaines en ont fait l’argument central d’un ouvrage (Petit Guide du voyageur actif, réed.1980 Presses d’Ile de France). Nous souhaitons sortir cette activité artistique et scientifique de cet anonymat.

En même temps les dessins géographiques qui ont illustré les publications de nos prédécesseurs méritent d’être revus (et relus comme on le fait dans les recherches sur l’épistémologie de la  Géographie)

Il conviendra alors de distinguer le croquis fait par le géographe sur le motif ou d’après nature, du croquis d’après photographie qui fut beaucoup pratiqué aussi longtemps que l’appareil photographique demeura lourd et encombrant. Le croquis du géographe professionnel diffère aussi du croquis à usage pédagogique des manuels de l’enseignement primaire et secondaire, croquis le plus souvent supervisé et contrôlé par un géographe.

Le croquis à finalité géographique a changé de place au cours du temps. Les expéditions de découverte, de recherche scientifique, de conquête coloniale ont souvent été accompagnées par des artistes dessinateurs et ont produit des croquis qu’on peut considérer comme les premiers paysages géographiques, puisqu’ils avaient une finalité documentaire et qu’ils ont souvent été repris ensuite par les premiers ouvrages de géographie (cf les relations des voyages d’Alexandre von  Humboldt  ou les images de la géographie universelle d’Elisée Reclus,). Et les « pères fondateurs » de la science géographique, dans les écoles allemande, française, américaine, ont été parfois de bons dessinateurs sur le terrain.

A la fin du XIX° siècle, quand se met en place l’enseignement de la géographie dans sa forme moderne, les manuels sont illustrés de nombreux dessins ; les photographies sont rares, pour des raisons techniques, dont la qualité de l’impression et du papier. Puis les photos élargissent leur champ au détriment des dessins.

En même temps surgit avec Vidal de la Blache une géographie si soucieuse des paysages qu’elle en fait une des bases fondamentales de sa réflexion. La géographie est alors conçue comme une description raisonnée des paysages. Les paysages incitent au croquis. La prééminence de la géographie physique et à l’intérieur de celle-ci,  la domination de la géomorphologie encouragent alors l’usage du dessin et du bloc-diagramme dont de Martonne se fait le chantre et le propagandiste.

Notre propos n’est pas de retracer une histoire du croquis géographique : cette histoire se construira d’elle-même chemin faisant. Elle est plutôt de sortir de l’oubli une pratique et de la raccrocher au devenir de la géographie, comme nous avons pu le faire par ailleurs pour la chanson des géographes. Enfin, la technique du croquis reste une pratique d’aujourd’hui et chacun des lecteurs peut proposer ses croquis, si leur esprit se raccroche à cette rubrique.

Les carnets de terrain illustré à la main gardent leur séduction : l’édition et les expositions en témoignent. Si l’appareil photo numérique est devenu un outil quasi indispensable, les perfectionnements technologiques de ce dernier, ne lui confèrent pas la puissance analytique d’un croquis de terrain qui trie et hiérarchise les éléments du paysage : et aide à comprendre le monde avec  une feuille de papier et un crayon.

Remarques importantes :

*Le dessin de paysage (naturel, rural, urbain) proposé sur le site, sera accompagné d’un court commentaire, qui l’identifiera (auteur, date, lieu, site représenté, source) et le situera dans la production géographique de l’auteur en question : contexte, place du dessin dans l’analyse,  dans l’illustration du texte, des faits décrits…, afin de le resituer dans la production générale de dessins géographiques.

*Chaque proposition devra se préoccuper des droits d’auteur et de reproduction de l’image sur le site des cafés géo : Les droits de l’auteur (propriété intellectuelle) s’éteignent  70 ans après sa mort (et jusque là leur édition dépend de l’autorisation des ayant-droit). Mais les droits de reproduction de l’image, liés à la source dont elle a été tirée (éditeur d’un ouvrage, musée, bibliothèque, archives, etc…) sont plus difficiles à connaître et souvent plus compliqués à obtenir.

Roland Courtot, Michel Sivignon

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Un géomorphologue sur le terrain aujourd’hui: des tors et des paléo piétinements

Le dessin du géographe : n°61

dessin-regnauld

L’ile d’Ouessant est totalement incluse dans le périmètre du parc Marin d’Iroise et son littoral est intégralement protégé. La lande littorale, les pelouses halo-éoliennes, très sensibles au piétinement sont soigneusement observées et suivies par le Centre d’Etude du Milieu d’Ouessant (CEMO) et des chemins côtiers spécifiques canalisent les promeneurs loin des espaces les plus écologiquement fragiles.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Ainsi vers 2840 cal BC des occupants de l’île marchaient régulièrement vers des lieux de pêche et creusaient des chemins. Vers 1190 cal BC * le piétinement aux alentours des pêcheries était suffisant pour que les horizons organiques s’accumulent 10 fois moins vite que sur des sites non fréquentés. Il s’agit bien sur de mesures et de datations qui n’ont pas une exactitude absolue mais elles indiquent que les premiers occupants de l’île avaient déjà un impact sur les pelouses littorales et localement sur le recul de certaines falaises meubles.

A une époque un peu moins lointaine, mais encore non datée, des constructions littorales autre que des pêcheries ont été installées dans de toutes petites anses où un bateau (petit) peut s’abriter et s’échouer, même par grande tempête d’Ouest : ainsi à Porz Milin juste à l’Est du phare de Creac’h.

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Latins et Germains par Kupka, dans « L’homme et la terre » d’Elisée Reclus

Le dessin du géographe n°60

Les stéréotypes ont la vie dure.

Né en 1871 en Bohème, alors partie de l’Empire Austro-Hongrois, Franck (ou Frantisek ou François) Kupka. S’installe à Paris en 1898.Il s’y fixe définitivement. II y décède en 1957. Il est connu comme un des peintres majeurs du XX° siècle, mais dans ses premières années en France, il gagne sa vie comme illustrateur. Ses convictions anarchistes l’amènent à collaborer à l’Assiette au Beurre, journal satirique. On trouvera ici la couverture du numéro du 11 janvier 1902 intitulé l’Argent.

Ses convictions anarchistes le rapprochent d’Elisée Reclus qui prépare « L’Homme et la Terre ». Durant quatre années, de 1904 à 1908, Kupka dessine  bandeaux et culs-de-lampe. La signature de Kupka est toujours accompagnée de celle du graveur Deloche. Ernest-Pierre Deloche (1861-1950) est un graveur important, tout-à-fait contemporain de Kupka.

kupka latins et germains

Le bandeau présenté ici illustre le chapitre 3 du cinquième volume de « L’Homme et la Terre », qui paraît en 1905.

Dans ce chapître, Reclus développe le thème des nationalités européennes. Il montre comment les nationalismes composent une image immortelle de la nation : « L’Allemagne ne se dit-elle pas la première par la puissance de son génie et par l’ampleur de ses pensées ? »(p.78). Reclus explique aussi comment la notion de race sert de support au nationalisme. Il vit à une époque où les puissances principales de l’Europe du nord ont le vent en poupe : Allemagne, Royaume-Uni, Russie. La défaite de la France en 1870 face à la Prusse va dans le même sens. Aussi bien les pays du nord de l’Europe, nous dit Reclus, sont-ils persuadés du déclin irrémédiable du monde méditerranéen, qui pour lui est peuplé de Latins. Il englobe les Grecs sous la même dénomination.

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Un carnet de voyage de Maurice Zimmermann en Tunisie (avril 1909)

Le dessin du géographe n°59 (décembre 2015)

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

Croquis 1 : La plaine tunisienne dans les environs de Zaghouan, vue du train Tunis-le Kef vers le SE, Maurice Zimmermann, 1909

Éléments manuscrits (de gauche à droite et de haut en bas) : NE ; Zaghouan ; 3ème source des eaux qui alimentent Tunis ; SW ; Fkirine ; Djoukal ; plaine ; le long du train, en allant en Tunisie centrale.

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

Croquis 2 : La plaine dans l’arrière pays de Tunis, même région que le croquis précédent. Maurice Zimmermann, 1909

Éléments manuscrits (de gauche à droite et de haut en bas) : ruines ; figuier barbarie ; aspect typique de plaine tunisienne où la culture pactise avec le jujubier d’aspect chenu et bleuâtre (haie de figuier de barbarie), ruines romaines, aqueduc à fleur de terre, ferme avec eucalyptus.

Un petit carnet noir allongé, brillant mais usé et sali. Je le feuillette : quelques croquis, médiocres, incomplets, dessinés au crayon de papier et parfois, sans raison claires, avec une surcharge à l’encre ; on y trouve aussi quelques annotations, des listes (de tableaux vus dans des musées, de la localisation de photos de voyage, d’étudiants…), des références bibliographiques, des adresses… Les indications de dates sont rares et entretiennent la confusion ; celles de lieux aussi. Le carnet semble mêler des informations temporellement et spatialement éparses : un voyage en 1909, un autre en 1922, des pages noircies entre ces deux moments… Il faut se faire détective, tirer des fils, confronter les données pour y mettre un peu d’ordre.
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Pierre Bonnet, géologue et géographe en Transcaucasie, 1909-1914

Dessin du géographe n° 58 (novembre 2015)
par Françoise Ardillier-Carras, Professeur émérite

Fig. 1 : Rare perspective du lac Goktcha, actuel lac Sevan (Arménie)

Fig. 1 : Rare perspective du lac Goktcha, actuel lac Sevan (Arménie)..
Dessin à la plume, aquarellé, de Pierre Bonnet (1910) ©Académie des Sciences de la République d’Arménie

Tel un bloc diagramme, Pierre Bonnet a réalisé ce dessin en conjuguant ses observations sur le terrain et les données des cartes topographiques russes qui lui servaient durant ses expéditions. La vue est orientée sud-nord (le Mont Ararat se trouve au sud-ouest de l’espace dessiné).

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L’enfant et la guerre : Dessin d’enfants bosniens représentant les combats (1991-1995)

Dessin du géographie n°57

L’enfant et la guerre : Dessin d’enfants bosniens représentant les combats (1991-1995) à la frontière entre la Krajina à gauche (partie de population serbe de la Croatie) et la Bosnie-Herzégovine à droite , où les enfants résident.

Source : Subasic, Saudin, 1996, © Fonds Enfance Réseau Monde-Services. Site Enfance Violence Exil, collection 07 « Guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995) », Fonds d’Enfants Réfugiés du Monde, en ligne : http://www.enfance-violence-exil.net/index.php/ecms/it/13/1275 Légende proposée par l’ANR Enfance Violence Exil pour ce dessin : « Bataille de blindés de part et d’autre d’une rivière qui représente la frontière. L’enfant représente les destructions dans son pays – maison et mosquée en flammes – (Bosnie), ainsi que les pertes infligées à l’ennemi dans la Krahina. »

Source : Subasic, Saudin, 1996, © Fonds Enfance Réseau Monde-Services.

Site Enfance Violence Exil, collection 07 « Guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995) », Fonds d’Enfants Réfugiés du Monde, en ligne :
http://www.enfance-violence-exil.net/index.php/ecms/it/13/1275

Légende proposée par l’ANR Enfance Violence Exil pour ce dessin :

« Bataille de blindés de part et d’autre d’une rivière qui représente la frontière. L’enfant représente les destructions dans son pays – maison et mosquée en flammes – (Bosnie), ainsi que les pertes infligées à l’ennemi dans la Krahina. »

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Carnet de voyage dans les îles Gotô (juillet 2009)

Dessin du géographe n° 56

L’une des principales difficultés photographiques au Japon est de prendre des panoramas. Car bien souvent, il y a de la brume, due à la forte humidité atmosphérique, surtout en été, période où je me trouvais dans les îles Gotô (Japon). On peut le voir sur la photo prise du mont Tainohana 鯛の鼻, alias « le Nez de la daurade » (446 m) : au-delà des premiers contreforts, le paysage devient flou (fig.2).

Du coup, la tentation est grande de faire un dessin (fig.1). Cela permet aussi d’élargir la focale et d’avoir une vue d’ensemble sur les îles au large. La perspective du croquis part dans la même direction que celle de la photo (axe nord-est / sud-ouest), mais elle est plus large. La photo correspond en gros au quart inférieur droit du croquis, là où se trouve le tampon (à l’envers car il figure de l’autre côté de la page, le papier du carnet japonais — un Style Notebook B 6 mm x 20 kô— s’avérant manifestement un peu léger) qui a été pris le lendemain dans la ville d’Ômura.

Le croquis permet donc de représenter et de situer davantage de lieux.

J’y inscris également les idéophonogrammes, non pas par cuistrerie mais pour permettre, par la suite, d’en vérifier la prononciation qui offre quelque piège (ainsi, comme on peut le voir par un barré, j’avais d’abord lu Chinohana et non Tainohana). Dans la foulée, j’utilise l’habitude japonaise qui permet d’écrire dans tous les sens, même dans les journaux, soit horizontalement, soit verticalement, mais le recours à l’alphabet latin oblige à tourner le carnet selon les cas.

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Viollet-le-Duc géographe des montagnes

Dessin du géographe n°55

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Fig. 1 : Le glacier des bois et la vallée de Chamonix, Aiguille Verte et Aiguille du Dru, pendant la période glaciaire et actuellement,  Viollet-le-Duc, aquarelle et gouache, 1874 (Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont)

Fig. 1 : Le glacier des bois et la vallée de Chamonix, Aiguille Verte et Aiguille du Dru, pendant la période glaciaire et actuellement,  Viollet-le-Duc, aquarelle et gouache, 1874
(Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont)

L’exposition qui a eut lieu de novembre 2014 à mars 2015 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine été l’occasion de découvrir ou de redécouvrir les multiples facettes de l’œuvre de Viollet-le-Duc et parmi celles-ci un grand nombre d’œuvres graphique qui permettent de l’accueillir, sans forcer les mots, dans la page web des « dessins du géographe ».  Très connu du grand public pour ses idées et ses travaux de restauration des monuments historiques au 19e siècle, il l’est certainement beaucoup moins pour ses explorations de la figuration géographique passée et présente. Or une partie de ses voyages, et de ses travaux a eu pour but d’étudier les formes du relief et leur évolution dans le temps géologique. (Lire la suite…)

La carte et le dessin : exemple de la mission saharienne Foureau-Lamy 1898-1900

Dessin du géographe n°54

Entre 1898 et 1900, la mission Foureau –Lamy  a traversé le Sahara de Alger à Fort Lamy à travers le Hoggar, le Ténéré, l’Aïr, le Sahel du Kanem  jusqu’au lac Tchad. Son rapport, publié en 1903, est riche d’observations sur le parcours, l’orographie, le climat, la géologie, l’ethnographie des régions traversées. Les documents sont illustrés de cartes précises réalisées par Foureau et les officiers géographes de l’expédition à travers le désert et le long du fleuve Chari.

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Fig. 1 : Carte de la mission, planche 1 de l’atlas
Source: Jubilothèque

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Une vallée balkanique d’après Jovan Cvijic

Dessin du géographe n°53jovan-cvijic

Jovan Cvijic (1865-1925) a joué un rôle central dans la géographie serbe puis yougoslave, au début du XX° siècle.

Il avait reçu sa formation géographique à Vienne. Il fut d’abord un spécialiste du karst et en fixa la terminologie : c’est à lui qu’on doit les termes de polje, doline, ouvala. Avant 1912 il parcourut en tous sens les pays serbes et bulgares de la Péninsule des Balkans. En témoigne ici un bas-relief en bronze de sa maison-musée de Belgrade, où il chevauche les montagnes de son pays équipé de rouleaux de cartes. Figure typique du géographe-voyageur du XIX° siècle.

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Les blocs-diagrammes dans l’interprétation géomorphologique des paysages: l’exemple du Grand Canyon du Verdon

Dessin du géographe n°52

Pour la publication  d’un texte de synthèse sur  la géomorphologie du Grand Canyon du Verdon (Nicod, 2004), je me suis proposé de visualiser l’ensemble par la réalisation d’un bloc-diagramme. Il m’a fallu me rappeler le souvenir de l’enseignement des maîtres, de mes travaux anciens de doctorant et d’une séance de TP lors de mes débuts d’assistanat à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence

« Le bloc-diagramme est un modèle de représentation synthétique très intéressant. Non seulement il permet de matérialiser d’une façon  particulièrement expressive les traits du relief que la carte représente par des signes conventionnels, mais il peut servir à donner des schémas idéaux, où les relations des formes du relief avec la structure sont clairement mises en évidence » (Martonne, E. de, 1947, p. 514) : exemple classique de celui de la vallée de Chevreuse (fig. 1). Ajoutons que les formes du relief peuvent être habillées, surtout si l’on dispose d’un figuré en couleurs, de nombreuses indications : formations de pentes, sources et rivières, couvert végétal, cultures, voies de communication et implantations humaines … Bref on dispose alors d’une vue perspective du paysage. Ce type de représentation du relief a été très largement utilisé par Emm. de Martonne dans son Traité de Géographie physique (R  Courtot, 2010) et dans tous ses ouvrages, et continue d’être utilisé par des enseignants universitaires dans l’initiation à la recherche en géographie physique (par exemple à l’Université de Rennes 2 ( Gayraud, 2014).

FIg. 1 -Un bloc-diagramme élémentaire : la vallée de Chevreuse. 

FIg. 1 -Un bloc-diagramme élémentaire : la vallée de Chevreuse.

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Esquisse de paysage par Albrecht Dürer

Dessin du géographe n°51

Durër (1520) :Jardins royaux de Bruxelles, crayon (pointe d’argent) et encre (Akademie der Künste, Vienne)

Durër (1520) :Jardins royaux de Bruxelles, crayon (pointe d’argent) et encre (Akademie der Künste, Vienne)

Albrecht Dürer, à la fin du 15ème siècle est l’un des premiers peintres qui a peint des paysages pour eux-mêmes. Il ne s’agit plus d’un décor reconstruit destiné à mettre en valeur une scène ou des personnages, mais de proposer une vision peinte sur le sujet. Le peintre ne cherche pas à recréer un monde mais simplement à montrer des éléments visuels à leur place dans un paysage peint afin de leur donner une valeur esthétique.

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Un schéma géomorphologique express …dans les montagnes du Daghestan

Dessin du géographe n°50

Ce schéma a été réalisé très rapidement au cours du Colloque franco-soviétique Alpes-Caucase de 1982*, qui nous avait permis de découvrir les aspects des montagnes du Daghestan et des régions adjacentes, dans le cadre d’ études comparatives sur les montagnes sèches semi-méditerranéennes. Ce colloque avait été organisé dans le cadre des relations bilatérales franco-soviétiques, initiées depuis 1974 par J. Dresch et l’Académicien I. P. Gerasimov (Guérassimov en transcription française) sur le thème général Alpes-Caucase, avec une succession de réunions sur le terrain, alternativement dans le Caucase (puis en Crimée) et en France. Avec quelques collègues aixois et autres**, dont les  regrettés Y. Bravard et M. Julian, nous étions les premiers géographes français à parcourir ces montagnes sauvages. Dans le cadre de cette mission scientifique nous sommes restés plusieurs jours à Gounib, bourgade haut-perchée, au cœur du pays des Avars dans les montagnes du Daghestan.

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Des dessins pour interpréter les perceptions du rural par les citadins chinois aujourd’hui

Dessin du géographe n°49 par Emmanuel Véron

Nous proposons dans le cadre de la rubrique « Dessins du géographe » d’exposer un échantillon de dessins issus de travaux de recherches sur l’analyse de nouvelles ruralités en Chine, en prenant l’exemple du delta du Yangzi. Ces dessins sont l’œuvre de citadins chinois de différentes classes d’âges. Ces individus ont fait partie d’une enquête sur le tourisme rural et les pratiques des citadins sur des lieux touristiques aménagés pour ces derniers. Ces lieux sont comme un sas entre le quotidien urbain et les espaces ruraux fantasmés. De plus, cette enquête s’inscrit dans un travail de recherche plus large concernant une analyse des lieux touristiques, le rôle des communautés et les gouvernements locaux dans le tourisme dans les espaces ruraux.

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Un bloc diagramme des falaises d’Ouessant

Dessin du géographe n°48

Par Julien Gayraud (Etudiant en Géographie, option Gestion de l’Environnement – Parcours « Environnement, Territoires et Acteurs » – Université Rennes 2)

bloc Gayraud contrasté

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La falaise : un objet d’imaginaire

Dessin du géographe n°47

La falaise : un objet d’imaginaire (à propos d’une promenade géographique sur le littoral du Pays de Caux) par Michèle Vignaux.

Pour le géographe ou le géomorphologue, la définition d’une falaise est précise : escarpement rocheux en pente forte, le long d’une côte, créé par l’érosion….     Pour le promeneur  et pour l’artiste, la falaise nourrit l’imagination et inspire des émotions et des sensations diverses. Elle peut apparaitre fragile ou hostile. Fragile au randonneur qui observe les éboulis qui s’accumulent sur la grève et l’encoche que la mer creuse à sa base. Hostile au marin lorsqu’elle se dresse pour barrer l’accès au rivage. Perché sur ses hauteurs, l’observateur a aussi un sentiment de puissance à observer sur une large étendue « la mer aux spasmes de méduse » (Saint-John Perse).

Lors des récentes tempêtes hivernales, la presse a ravivé les craintes de ses lecteurs sur le recul du trait de côte, particulièrement sur les littoraux à falaises (voir le rapport du GIP littoral aquitain sur les falaises du Pays basque), l’effondrement de pans entiers de roche symbolisant alors la menace que fait peser le changement climatique sur la planète.

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Quelques esquisses d’une ville : Valparaiso ( Chili)

Dessin du géographe n°46

De retour d’un voyage en Patagonie en novembre 2013, une escale à Valparaiso pour parcourir cette ville étonnante et contrastée, une ville un peu folle. C’est une ville de bord de mer, une ville escarpée qui grimpe sur les collines dans un entremêlement de constructions de tous styles et de tout âge.

Le port, qui a fait sa richesse au 19ème siècle, avant l’ouverture du canal de Panama, reste actif : la base navale côtoie la zone de stockage des conteneurs ; nombre de navire restent en mouillage d’attente dans la baie La ville même est séparée de l’océan par un espace d’entrepôts et de voies ferrées désaffectées.

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Un pont sur la Neretva

 Dessin du géographe n°45

Dessin du pont de Mostar, juin 2013, crayons aquarelles et feutre noir. ©Anne Cadoret

Dessin du pont de Mostar, juin 2013, crayons aquarelles et feutre noir. ©Anne Cadoret

Sans questionnement géographique particulier, je croque des lieux de vie, de passage, de mémoire. Lors d’un voyage entre Split et Sarajevo,  le temps d’un détour touristique, je sors mes crayons et dessine sur une feuille de papier volante d’un café le pont de Mostar, d’une hauteur de 20 mètres au dessus de la rivière. Ce sont finalement les touristes sur ce pont qui accrochent mon regard : ils sont nombreux malgré le mauvais temps et la pluie fine qui les fait glisser sur ce pont vouté, et le multiculturalisme les caractérise.

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Le Tour de France par deux enfants et les gravures de Pérot

Le dessin du géographe n°44

« Le Tour de la France par deux enfants. Devoir et patrie » fut publié en 1877 par les Editions Belin, dans les premières années de la Troisième République, dans une France traumatisée par sa défaite de 1870 face à la Prusse et ses alliés et par la perte de l’Alsace et de la Lorraine mosellane.

Ce « livre de lecture courante avec 212 gravures instructives pour les leçons de choses et 19 cartes géographiques » fut un extraordinaire succès de librairie.

Dès 1914 on en avait vendu 7,4 millions d’exemplaires. Il a été réédité plusieurs fois et encore en 1991. Un million d’exemplaires ont été vendus depuis 1914. Cet ouvrage était conservé dans les familles et il était souvent l’unique livre qui figurait dans la maison.

L’auteur a signé d’un pseudonyme, celui de G.Bruno, qui est celui de Giordano Bruno, philosophe italien brûlé par l’Inquisition au XVI° siècle en raison de ses positions considérées comme hérétiques. L’auteur était en réalité une femme, Augustine Fouillée qui écrivit aussi d’autres ouvrages à destination pédagogique, ordonnés eux aussi en récits de voyage initiatique.

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Dessin d’apprentissage en Irlande

Dessin du géographe n°43

Le stage de géomorphologie et environnement destiné aux étudiants de licence de l’Université Paris 1 a eu lieu en Irlande en mai 2012.

Il s’est déroulé dans la région de Sligo, au nord-ouest de l’Irlande.

L’objectif est de leur faire découvrir un terrain, de construire des problématiques et de les mener à une certaine autonomie dans l’observation et dans la réflexion. Dans l’équipe enseignante, Marie Chenet a réalisé un film : « apprentis chercheurs », qui montre le déroulement  du stage et l’apprentissage des différents groupes confrontés à des milieux différents et à des questionnements de recherche.

Le dessin de paysage constitue une entrée en matière pour prendre possession du terrain au début du stage. Nous arrêtons les étudiants derrière les dunes de la flèche littorale de Conor Island, presque à l’abri du vent, pour dessiner le paysage imposant de la montagne de Ben Bulben.

D’après la carte de l’Ordnance Survey of Ireland

D’après la carte de l’Ordnance Survey of Ireland

Il s’agit d’un bel entablement de calcaire carbonifère qui culmine à 526m. Le massif élevé a en partie échappé aux nappes de glace quaternaires qui ont raclé les basses pentes et étalé des moraines en collines allongées. Le havre lui-même est parsemé de gros blocs erratiques.

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Traversée des monts Tezoulaig (Sahara)

Dessin N°42

Ce dessin de Michel Vallet, ancien officier méhariste, est extrait d’un compte-rendu d’un voyage effectué en 2009 sous la direction de Marcel Cassou[1]. Ce dernier se proposait de suivre  une partie de l’itinéraire de la première mission qui traversa le Sahara, celle de Foureau et Lamy, et qui en 1899 rejoignit l’Afrique sub-saharienne à partir de l’Algérie.

Les participants de l’expédition de 1899 s’étaient détournés pour traverser le massif d’Obbazer. Ils voulaient rejoindre le puits où le colonel Flatters fut  assailli et tué, en 1881, par les Touaregs avec presque toute son expédition[2]. Flatters se proposait de traverser le premier le Sahara.

Le dessin représente un guide touareg et, à l’arrière plan, les monts Tezoulaig, difficilement accessibles et dont la silhouette resemble étrangement à celle du guide.

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Un aimable planisphère de James Montgomery Flagg (1913)

Dessin du géographe n° 41

James Montgomery Flagg mériterait d’être davantage connu des géographes ; Cet américain (1877-1960) fut un très fameux affichiste, célèbre surtout pour son affiche pour le recrutement de l’armée américaine au moment de l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Allemagne et aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne en 1917.

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On y voit un « Oncle Sam » auquel l’auteur a d’ailleurs prêté les traits de son visage qui pointe son doigt : « I want you for the US Army ». Ce dessin a été partout imité depuis.

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Ici le dessin de J.M.Flagg appartient au registre très apprécié au début du XX° siècle de la carte qui accueille au milieu des traits des rivages et des frontières une ou des caricatures.

Cette brune piquante à la chevelure abondante relève d’un type de dessin de femme, la bourgeoise ou la grisette, très répandu en Europe avant 1914 et jusque dans les années 30, dans les revues et en gravures à l’acide ou à la pointe sèche qui sont parfois encadrées sur les murs des salons.

Roland Courtot et Michel Sivignon
Janvier 2014

Anton van der Wyngaerde : Une curieuse perspective aérienne sur la Albufera de Valencia (Espagne)

Le dessin du géographe n° 40 – septembre 2013

Fig.3 : Vue de la Albufera de Valencia …par Anton van der Wyngaerde, 1563. Détail de la figure 1: la Albufera et le cordon littoral de la Dehesa (« devega »)

Fig.1 : Vue de la Albufera de Valencia et de la côte entre Peñiscola (au nord) et le Montgó (au sud) prise depuis la mer en perspective cylindrique:, par Anton van der Wyngaerde, 1563.
Source : Wikimedia commons

C’est un curieux dessin aquarellé que je vous propose d’étudier ce mois-ci :
Il représente la lagune de la Albufera, au sud de la ville de Valencia en Espagne, et a été dessiné par un peintre hollandais, Anton van der Wyngaerde en 1563. Ce n’est donc pas un dessin de géographe, mais il intéresse le géographe pour sa place dans l’histoire du dessin de paysage et du croquis panoramique. Il a d’ailleurs intéressé un historien des Etats-Unis d’Amérique,  Richard Kagan dans son ouvrage sur « Villes du siècle d’or : les vues espagnoles d’Anton van der Wyngaerde » (Kagan, 1986), et surtout Vicenç Rosselló et ses collègues géographes valenciens dans leur étude minutieuse sur « Les vues valenciennes d’Anton van der Wyngaerde » (Rosselló et al., 1990).

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Pierre Alechinsky et les cartes de géographie

Le dessin du géographe n° 39 – juillet 2013

La rubrique présentée par Michel Sivignon sur la « pieuvre russe » dans le dernier dessin du géographe mis en ligne le 30 avril 2013 (http://cafe-geo.net/entre-dessin-et-carte-les-cartes-satiriques-la-pieuvre-russe-vue-par-les-japonais-en-1904/) m’a remis en mémoire un texte que j’avais publié dans une petite feuille, « Géoniouses », qui connut quelques numéros à l’UFR de géographie de l’Université de Provence en 1999 : il s’agissait d’une chronique à partir d’un dessin de Pierre Alechinsky, copié dans une rétrospective de son œuvre au musée du Jeu de Paume à Paris en 1998:

Alechinsky bretagne 1998 dessin RC

Page d’atlas universel III, Nantes et Rouen, 1984, Pierre Alechinsky (encre de Chine sur carte de géographie du XIXe siècle, 61 x 82 cm, coll. privée)
Fait partie d’un ensemble de 9 planches d’atlas du XIXe siècle, dressées par A.-H. Dufour, gravées par Ch.Duyonnet, Abel Pilon éditeur)

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Entre dessin et carte, les cartes satiriques : la pieuvre russe vue par les Japonais en 1904

Le dessin du géographe n° 38 – avril 2013

Depuis le XV° siècle au moins les cartographes ont appris à jouer avec le dessin des cartes dans un but de satire politique. On se trouve ici au carrefour de la carte et du dessin, carte détournée de sa vision de représentation scientifique, au profit d’une prise de position partisane.

carte_pieuvre_russe

La carte présentée est une carte japonaise datant de mars 1904, c’est-à-dire des tout débuts de la guerre russo-japonaise, dessinée après la prise par surprise de la base russe de Port-Arthur, où la flotte russe d’Extrême-Orient fut décimée. Elle est antérieure à l’autre désastre naval russe de Tsushima tout comme à la bataille de Moukden en Mandchourie, qui amenèrent la Russie défaite à négocier en 1905. La carte est censée faire partie d’un « Atlas diplomatique humoristique de l’Europe et de l’Asie ».

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Archives – Le dessin du géographe

Retrouvez ici la liste de tous les articles de la rubrique Le Dessin du Géographe.

Dessin du géographe n°56 : Carnet de voyage dans les îles Gotô (juillet 2009), Philippe Pelletier, 14 septembre 2015

Dessin du géographe n°55 : Viollet le Duc Géographe des montagnes, Roland Courtot, 3 mai 2014

Dessin du géographe n°54 : La carte et le dessin : exemple de la mission saharienne Foureau-Lamy, Charles Le Coeur, 24 février 2015

Dessin du géographe n°53 : Une vallée balkanique d’après Jovan Cvijic, Roland Courtot, Michel Sivignon, 22 janvier 2015

Dessin du géographe n°52 : Les blocs-diagramme dans l’interprétation géomorphologique des paysages : l’exemple du Grand Canyon du Verdon, Jean Nicod, 19 décembre 2014

Dessin du géographe n°51 : Esquisse de paysage par Albrecht Dürer,  Charles Le Cœur, 30 novembre 2014

Dessin du géographe n°50 : Schéma morphologique express : le Daghestan, Jean Nicod, 1 septembre 2014

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