Les élargissements de l’UE à l’Est en 2004 et 2007, permis par le bouleversement géopolitique qu’a représenté la chute du Mur de Berlin en 1989 et l’implosion de l’Union soviétique en 1991, ont posé, avec les nouveaux candidats à l’adhésion, la question très sensible des frontières de l’Europe ont contraint les institutions européennes à tenter de définir des critères d’européanité fondés sur des valeurs communes. Or ces valeurs, qui doivent être le ciment d’une identité européenne, sont loin de faire consensus, que ce soit au sein de la communauté scientifique et universitaire ou au sein des populations européennes et de leurs représentants politiques.
Débat « Les capitales d’Etat des Etats-Unis : small is powerful ? » animé par Christian Montès (Lyon 2)le mercredi 16 février 2011 à 18h30 au Café de la Cloche, 4 rue de la Charité, 69002 Lyon (M° Bellecour). Compte rendu : Magda Maaoui et Delphine Maugars.
La plupart des capitales d’Etats aux Etats-Unis comptent une population relativement faible, contrairement au Canada ou à l’Australie, où primatie politique et démographique sont étroitement associées à l’échelle des villes. Aborder la question de la faiblesse démographique renvoie à la façon d’analyser les Etats-Unis avec un regard de géographe. Il ne faut absolument pas tomber dans le stéréotype qui associe à la plupart des villes américaines des phénomènes de mégalopolisation, ou de ségrégation, à l’exception de quelques espaces sanctuarisés.
La capitale d’Etat incarne à la fois la municipalité, l’Etat qu’elle symbolise et le capitole. Quel rôle joue-t-elle vraiment dans le cadre du fédéralisme ? Quelles pratiques urbaines peut-on observer dans ces villes ? La notion de « powerful » doit-elle être entendue au sens de puissance économique, politique, ou encore civique et mémorielle ?
Cette réflexion sera suivie d’une étude de cas portant sur Pierre, la capitale de l’Etat du Dakota du Sud.
Le choix des capitales d’Etat : une logique économique ?
Le corpus des capitales d’Etat est hétéroclite. La plus petite est Montpelier, dans le Vermont, tandis que la plus grande reste Boston. La capitale d’Etat n’est pas nécessairement une capitale économique. On observe le plus souvent une dichotomie entre les deux, l’exemple le plus explicite étant le couple New York-Washington. On peut toutefois mentionner un contre-exemple, celui de Denver, Colorado, qui associe les deux fonctions, politique et économique. Pourquoi les capitales d’Etat sont-elles caractérisées par cette hiérarchie subalterne ? Cette dichotomie est-elle influencée en partie par une idéologie puritaine, celle visant à « séparer Babylone de Jérusalem » ? Cette réponse ne suffit pas, car aux Etats-Unis, il est extrêmement difficile de séparer politique et économique. Prenons l’exemple de la notion de liberté, qui associe à la fois la liberté de penser, de se déplacer, d’entreprendre.
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Selon la définition de l’INSEE, « l’intercommunalité permet aux communes de se regrouper au sein d’un établissement public soit pour assurer certaines prestations (ramassage des ordures ménagères, assainissement, transports urbains…), soit pour élaborer de véritables projets de développement économique, d’aménagement ou d’urbanisme ».
Si les premières formes de coopération intercommunale sont apparues voici plus de cent vingt ans (suite à la loi du 22 mars 1890 permettant la création d’un syndicat intercommunal à vocation unique), les groupements intercommunaux prennent une place croissante dans l’action publique locale au cours des années 1990, notamment grâce aux lois du 6 février 1992 et du 12 juillet 1999 qui les ont renforcés puis simplifiés, et à celle du 13 août 2004 visant à améliorer leur fonctionnement. Ils couvriront bientôt presque tout le territoire national. [1]
Récemment, la loi du loi du 16 décembre 2010 sur la réforme territoriale a bénéficié d’un écho médiatique important sur des aspects quelque peu controversés, tels que l’élection des conseillers territoriaux, mais les différents aspects du volet intercommunal ont finalement fait l’objet du plus grand consensus. Néanmoins, cette loi, dont l’un des objectifs est « l’adaptation des structures à la diversité des territoires » aura rapidement des conséquences importantes auxquelles ce Café Géo va s’intéresser.
Cécile JEBEILI, Maitre de Conférences en Droit Public à l’Université Toulouse II le Mirail, se propose de présenter les dispositions les plus innovantes de cette réforme en ce qui concerne les territoires, la gouvernance, les moyens de l’intercommunalité ainsi que les nouvelles formes de coopération (métropoles, pôles métropolitains, communes nouvelles) et d’en offrir une lecture critique.
Dans un second temps, Stéphanie GUIRAUD-CHAUMEIL, vice-présidente de la Communauté d’agglomération de l’Albigeois (C2A), fera notamment le point sur les différents enjeux de l’intercommunalité pour le citoyen.
Déjà compétente en matière de transports urbains, d’habitat, de développement économique, des questions des espaces aquatiques, de la collecte et du traitement des déchets, de l’enseignement supérieur et de la recherche, la C2A a récemment franchi de nouveaux caps, notamment avec les transferts de compétences concernant la voirie, l’assainissement dans son ensemble, l’éclairage public, les médiathèques, les déplacements doux et la propreté.
La C2A a été créée au 1er janvier 2003 en regroupant 16 communes (dont 13 étaient déjà réunies au sein de deux Communautés de communes), avant d’accueillir une 17ème commune l’année suivante. La C2A s’étend sur 281km² et comptait, d’après l’INSEE, 82.652 habitants au 1er janvier 2010.
Éléments de problématique :
Pour le grand public, la géographie est d’abord une discipline scolaire, traditionnellement associée à l’histoire dans le système éducatif français. Depuis les débuts de la IIIème République, histoire et géographie ont pour mission de donner aux élèves, de l’école élémentaire au baccalauréat, les bases d’une éducation civique enracinée dans l’espace et dans le temps.
Très tôt, comme l’histoire, la géographie a su éviter le piège d’une instrumentalisation à des fins politiques en s’affirmant comme une discipline scientifique, visant à rendre compte avec méthode et de façon rigoureuse, de la diversité de l’espace terrestre. Un espace terrestre où à différentes échelles, s’organisent des territoires d’une grande variété, résultant de la combinaison de processus naturels et de l’action des groupes humains.
Animé par Jean Marie Théodat, le 2 février 2010
Ce repas prévu dès décembre survient juste après le tremblement de terre qui a lieu à Haïti voici trois semaines, le 12 janvier. Aussi les convives se pressent nombreux dans cet étonnant appartement de la rue Saint-Jacques, l’ancien cardo de Paris, au cœur du Quartier latin, pour venir écouter et apporter leur soutien à Jean Marie Théodat à la suite de cette tragédie.
Après avoir étudié au lycée Fénelon, Jean Marie Théodat a été pendant 5 ans professeur de collège à Nanterre, puis il a été chargé de cours à l’université de Nanterre, où l’a fait venir Michel Sivignon, avant d’être, depuis 1998, maître de conférences à Paris-1 (Panthéon Sorbonne).
M. Sivignon fut aussi son président de jury de thèse, thèse intitulée « Une île pour deux : Haïti et la République dominicaine », avec comme interrogation : Haïti est-elle encore une île, ou en forme-t-elle deux, ou s’agit-il d’une île siamoise ?
Éléments de problématique :
Pourquoi un journaliste peut-il titrer : « Le Tarn, symbole des invraisemblances du découpage électoral » (L’EXPRESS, 31/07/2009) ?
La loi vient de modifier la carte électorale en vigueur depuis 1986 afin de tenir compte de l’évolution de la population et de rendre en principe la représentativité des députés plus homogène : 33 circonscriptions sont supprimées, 22 sont créées en métropole et dans les collectivités d’Outre-mer et 11 attribuées aux Français de l’étranger (6 pour l’Europe, 2 pour les Amériques, 2 pour l’Afrique et 1 pour l’Asie-Océanie).
Retrouvez ci-dessous la liste des comptes rendus des Cafés Géographiques d’Albi, publiés sur le site :
- Le redécoupage électoral du Tarn : quels enjeux identitaires et géopolitiques ? (G.Buono), Gérard Buono, 09 novembre 2010
- Géopolitique à l’heure du numérique : la Géographie sert-elle (toujours) à faire la guerre ? (E.Eveno), Emmanuel Eveno, 14 décembre 2010
- Qu’est ce que la géographie aujourd’hui ? (R.Marconis), Robert Marconis, 11 janvier 2011
- L’intercommunalité : quelles conséquences sur la vie quotidienne du citoyen ? (C.Jebeili & S.Guiraud-Chaumeil), Cécile Jebeili, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, 8 février 2011
- Vers une identité et une citoyenneté européennes ? (Th.Courcelle), Thibaud Courcelle, 8 mars 2011
- Les villes moyennes : l’enjeu clé de l’entre-deux territorial ? (D.Behar & Ph.Bonnecarrère), Daniel Behar, Philippe Bonnecarrère, 12 avril 2011
- Les systèmes d’information géographiques (SIG) : un nouvel outil indispensable de l’aménagement du territoire ? (F.Martorell), F. Martorell, 10 mai 2011
- Eviter, réduire, réutiliser :Quels enjeux territoriaux de la prévention des déchets ?, Jean-Baptiste Bahers, Daniel Vialelle, 8 novembre 2011
- Géographie des Solidarités numériques : de nouvelles formes d’entraide à différentes échelles ?, Destiny Tchehouali, 13 décembre 2011
- Géographie de l’enfermement : quel contrôle politique et social de l’espace ?, Bénédicte Michalon, Olivier Razac, 10 janvier 2012
- L’eau, ressource multiple: quels risques sociaux et environnementaux ?, Frédérique Blot, Bénédicte Veyrac, 14 février 2012
- Quels déplacements dans la ville de demain ? (G. Dupuy), Gabriel Dupuy, 13 mars 2012
- Le printemps arabe: un an après, quel bilan?, Olivier Pliez, 03 avril 2012
- Fukushima – Hiroshima : même combat ?, Philippe Pelletier, 15 mai 2012
- Espaces protégés : une nature sous cloche ?, Lionel Laslaz, 13 novembre 2012
- Syrie : du soulèvement pacifique à la guerre civile ?, Isabelle Feuerstoss, 11 décembre 2012
- Transports, frontières : quelles mobilités en Afrique de l’Ouest ?, Olivier Ninot, Jérôme Lombard, 15 janvier 2013
- Peut-on encore croire en l’Europe quand on est Grec ?, Michel Sivignon, 12 février 2013
- Carnet de voyage : des chercheurs français dans la pampa ?, Laurence Barthe, François Taulelle, 12 mars 2013
- Après la Françafrique : la Chinafrique ?, Roland Pourtier, 9 avril 2013
- Internet et Réseaux sociaux : quel rôle dans la (géo)politique ?, Mathieu Vidal, 21 mai 2013
Café cartographique « Les forêts grecques aujourd’hui et leur devenir », avec pour invité Michel Sivignon, 8 octobre 2010, 19h30, au Kiss Bar, St-Dié-des-Vosges.
Introduits par Jasmine Salachas, deux cafés cartographiques autour des incendies de forêts se déroulent en cette soirée du vendredi 8 octobre à St-Dié-des-Vosges. Le premier concerne les incendies en Grèce à l’été 2009[1]. Le second, animé par le géographe Jean Radvanyi, aborde une actualité très brûlante à travers les incendies de forêts en Russie à l’été 2010 (en écho au café géo de Paris quelques jours plus tôt). « De l’imaginaire à la réalité… Grèce, Russie : un état des lieux » va être au cœur de ces deux cafés cartographiques qui vont entraîner le public du Festival international de géographie dans des décors forestiers très différents.
Pierre Gentelle est décédé le 4 octobre 2010.
Tu te rappelles, Pierre, nous étions dans un café boulevard de Sébastopol, c’était peu après l’an 2000. Tu me prends au mot en disant que tu pourrais un jour tenir une lettre qui s’appellerait la Lettre de Cassandre. Pourquoi Cassandre, car on ne choisit pas un pseudo au hasard. « La famille des Atrides s’impose à qui s’adresse à la famille universitaire. Mieux vaut être situé sur les marges qu’au centre, pour conjurer un sort qui donne tort à qui cherche à « voir ». Raison garder plutôt qu’avoir raison, beau programme, n’est-ce pas ? »
Superbe programme, en effet, Pierre ! 128 lettres de Cassandre. Du Moyen-Age et son goût de la numérologie, 128 est un total qui nous est parvenu aussi par l’édition, les Que sais-je ? et autres petits opus à lire vite ou à déguster. 128 « micro-nouvelles », sous forme d’une lettre qui veut aller plus loin que la démonstration scientifique. Comme tous les pédagogues, tu aimes les commenGilltaires, les digressions pour « ébranler » l’esprit du lecteur. Pour « faire penser, plutôt que penser » mais en reprenant – bien dans ton style – ce que tu ne voudrais pas qu’on prenne à l’absolu : « penser quand même un peu, mais sans édifier ». Là, Pierre, tu sais bien que ce n’est pas tout à fait ça : car tu veux séduire et, bien sûr, rattraper ce qui t’a peut-être le plus manqué dans ta vie professionnelle : les étudiants. Que de cohortes d’apprentis géographes aurais-tu séduits, fouaillant dans leurs certitudes, là où ça fait mal. « Pour que ça avance » aimais-tu nous dire.
Tu étais géographe parce que la géographie devait rassembler pour toi, peut-être du fait de tes multiples vies du Maroc à Paris, en passant par presque tous les pays d’Asie orientale et du Moyen-Orient, l’ensemble des questions que tu te posais. Qui d’ailleurs t’a donné ces lunettes-là pour lire le Monde ? Qu’importe ! « Tout est géographiable » disais-tu, « du Japon à mon immeuble, de l’odeur au circuit imprimé. » Tu l’as montré 128 fois et avec quel talent ! Tu étais au meilleur de cette « forme », tu as laissé aller, comme tu le souhaitais.
Terriblement perspicace jusqu’au dernier instant de ta vie, tu avais deviné qu’on changeait d’époque. Tu es le premier à te lancer dans une nouvelle collection de DVD sur les grandes villes du monde. Tu sentais que faire de la géographie imposait de changer d’outil, d’utiliser tous les ressorts de ce qui arrivait avec la révolution numérique. Combien de fois nous sommes-nous « frités » sur le fameux terrain. C’était presque de l’ordre de la croyance pour toi, cette « vérité du terrain » dont, soudainement tu te méfiais car la vérité était pour toi une trop grosse chose pour appartenir au terrain. Mais qu’une « nouvelle carte du monde » soit en train de s’écrire sous nos yeux, tu en tâtais tous les signes dans les médias qui te faisaient bouillonner le sang !
Cette touche personnelle, ces « fragments du monde, par toi entrevus ou connus, d’où le « je » est parfois inévitable », c’est ta « touche » : ce parfum de révolte, ce grondement du cur et de l’esprit qui fouaillent la matière de l’espace pour en faire surgir une idée qui peut changer le monde.
Voici ce qu’écrit ton ami Jean-Dominique Merchet de Libé, qui partageait avec toi l’amour des morilles au vin jaune : « Pierre était un homme joyeux, la parfaite antithèse de l’austérité universitaire. Il pouvait faire rouler sous la table ses commensaux lorsqu’il racontait ses aventures féminines à l’Université de Pékin. Homme de gauche, mais sans chapelle, Pierre Gentelle gardait de sa longue scolarité au Prytanée une image contrastée des militaires : un vieux fond d’antimilitarisme mâtiné d’un intérêt pour ce monde dont il s’était éloigné mais sur lequel il ne manquait pas de m’interroger[[http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2010/10/]]. »
Et voici d’autres fleurs qui fleurissent en cet automne, car ta vie n’a pas de saisons, elles viennent de Marc, notre premier webmestre au Café : « Pierre était devenu un acteur des cafés déployant deux facettes qui rendait chacune de ses présences magnétiques : celle du conteur et celle du charmeur. Il n’y en a pas deux comme Pierre pour placer l’assistance dans le loess de la Chine des canaux, dans le chaos épique de la société afghane, ou dans le charme ubuesque d’un village du Henan. Pierre savait instinctivement tout ce qui peut faire l’attrait et l’animation d’un café et au delà, rendre la géographie séduisante. »
Pierre, tes lettres de Cassandre sont des cadeaux sublimes que nous allons lire et relire. On va déjà relire ce que tu écrivais au retour du festival de Saint-Dié où tu houspilles tout le monde et prend congé de nous par une pirouette. Comme ce matin du 4 octobre 2010 où tu es descendu, rue de Turin, goûter au frais d’une dernière baguette de pain avant ton petit café et entamer ta nouvelle vie. Pierre, merci !
Gilles Fumey
Un mot aussi du Réseau Asie
Pour les cent premières Lettres de Cassandre


