Vox geographica

Cette rubrique se veut une sorte de boîte à idées offrant des mises au point fouillées et utiles aux enseignants et aux étudiants géographes, ainsi qu’à tout citoyen soucieux d’une compréhension géographique du monde.

Prendre la clé des Champs (Elysées)

Prendre la clé des Champs (Elysées) avec Jean-Louis Tissier à qui nous empruntons le titre et quelques idées. Bien connu aux Cafés géo, il étrenne une nouvelle collection des Publications de la Sorbonne en préfaçant la réédition d’un article de Léon Aufrère rédigé en 1942.

Le 6 juin 1942, celui-ci fait une communication à une séance de l’Association de géographes français, à l’Institut de géographie de Paris, rue Saint-Jacques. Cette association, fondée par Emmanuel de Martonne en 1920 afin d’entretenir des relations scientifiques entre les géographes, organise, outre des excursions, quatre à huit réunions par an. En effet, malgré la guerre, malgré l’Occupation et malgré un décret vichyste interdisant certaines professions aux Juifs promulgué le même jour, la vie scientifique se poursuit.

Cette communication, publiée ensuite dans le Bulletin de l’Association de géographes français, s’intitule La dyssymétrie de l’Avenue des Champs-Elysées (aujourd’hui on écrirait plutôt dissymétrie). Pour cette réédition, le choix de Jean-Louis Tissier s’avère judicieux, ne serait-ce qu’en raison de l’indisponibilité de ce numéro du Bulletin sur le portail Persée. Mais surtout, cela permet de mettre en lumière le travail d’un géographe atypique, proche du chef de file de la géographie française, Emmanuel de Martonne, et en même temps hors-les-murs, pour reprendre le titre d’un livre paru récemment.

Né en 1889, ni normalien, ni agrégé, Léon Aufrère rédige un mémoire de DES (on dirait aujourd’hui de maîtrise ou de M1) sur la Beauce en 1922. Il manifeste ensuite des intérêts variés, des rideaux de Picardie aux dunes du Sahara, et des approches originales, telle la dissymétrie du Bassin parisien en 1934.

Il en est de même dans cet article sur l’Avenue des Champs-Elysées : un objet nouveau et une méthode de terrain bien particulière, ainsi qu’il l’écrit (p. 46-47) : « Nous nous sommes astreints à rédiger cet exposé sans ouvrir un livre. Nous l’avons composé avec nos sentiments et nos souvenirs. Nous avons fait de nombreuses excursions sur le terrain, des stations aux terrasses des cafés et ailleurs. »

Mais sa description reflète surtout les Champs-Elysées d’avant guerre. Or depuis deux ans, Paris est sous occupation allemande. Tandis que le drapeau nazi flotte sur l’arc de triomphe, les troupes de la Wehrmacht paradent sur la célébrissime avenue, « centre d’un centre qui rayonne sur toute la terre » (p. 42) devenu alors lieu de détente pour les soldats allemands. Ses allusions sont discrètes lorsqu’il écrit qu' »elle est mêlée plus intimement que jamais à notre vie nationale » (p. 42), ajoutant un peu plus loin (p. 47) : « Nous l’avons vue dans ses jours de gaieté et dans ses jours de colère. » Après la guerre, sous des cieux plus cléments, il publie un nouvel article sur cette avenue.

Quant à la dissymétrie dont il n’est question que dans une partie du texte, il s’agit d’une fine analyse différentielle des activités entre le flanc Nord de l’avenue et le Sud ; on la retrouve sur les Grands Boulevards et le boulevard Saint-Michel (cf. p. 33). Pour ce dernier, jusqu’il y a peu, on (sur)nommait le côté Ouest le trottoir des cocus…

Chers amis des Cafés géo, n’hésitez donc pas à vous procurer cet opuscule, tant pour lire la prose de Léon Aufrère que celle de Jean-Louis Tissier, d’autant plus que son prix est dérisoire.

Denis Wolff.

Léon AUFRERE, La dyssymétrie de l’Avenue des Champs-Elysées, Avant-propos de Jean-Louis TISSIER, Publications de la Sorbonne, 2016, 48 p., 3 €.

 

Pour une nouvelle géographie du vin : le « vin nature »

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Ces photographies ont été prises dans le cadre d’un repas géographique, organisé par les Cafés géo. Les vins de la soirée peuvent tous être considérés comme « nature ». L’expression « vin nature » ou « vin naturel » interpelle le géographe. La géographie pouvant se définir comme l’étude des relations entre nature et sociétés, elle s’est depuis longtemps emparée du vin pour l’étudier. C’est en effet un produit des sociétés dont l’élément de base, le raisin, est « naturel » (biotique). Les guillemets autour de « nature » et « naturel » sont là pour rappeler que la nature est une construction sociale, qui n’existe que par l’idée que les sociétés s’en font. Le terme « vin nature » est donc intéressant ainsi que l’émergence de son marché. La visibilité du « vin nature » sur le marché est relativement nouvelle et redessine la France du vin, du producteur au consommateur. Pour s’en rendre compte, il faut d’abord définir ce qu’est le ou les « vins nature » et expliquer l’émergence de son marché actuellement.

Le « vin nature », qu’est-ce que c’est ? La géographie est-elle utile à son étude ?

Le « vin nature » peut être défini simplement comme un vin produit sans intrants. Ce qui se traduit par exemple par une absence de pesticides et d’engrais chimiques pour la vigne, de conservateurs pendant la vendange et de levures ajoutées pendant la vinification. Les techniques de filtrage et de collage sont également interdites, tout comme les innovations technologiques considérées comme violentes pour le vin (osmose inverse, micro-oxygénation, …). L’Association des Vins Naturels (AVN) autorise cependant l’ajout de soufre en petite quantité1. L’association des vins S.A.I.N.S. l’interdit totalement2.

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La Chaussée des Géants (Irlande du Nord)

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Située sur le littoral de l’Irlande du Nord, la Chaussée des Géants (en anglais : Giant’s Causeway) est l’un des plus célèbres sites naturels d’Europe, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986. Son nom irlandais « Clochan na bhFomharach » signifie « le petit tas de pierres des Fomoires ». Il s’agit d’une composition d’orgues basaltiques, plus précisément de colonnes hexagonales verticales juxtaposées. L’ensemble évoque un pavage commençant à la base de la falaise pour disparaître plus loin dans la mer. Environ 40 000 colonnes sont présentes sur l’estran mais aussi dans la falaise qui est haute à cet endroit de quelque vingt-huit mètres. Ce paysage naturel exceptionnel est lié à l’histoire du volcanisme.

Une histoire de volcans

Après le volcanisme (68-60 Millions d’années), trois grandes provinces magmatiques se sont mises en place. La plus importante, et aussi la plus ancienne, est la province magmatique de l’Atlantique nord qui s’est formée durant le Paléocène et l’Éocène ancien, englobant les côtes est et ouest du Groenland, les Hébrides, les îles Féroé, et le nord de l’Irlande. La Chaussée des Géants traduit ponctuellement l’impressionnante activité volcanique qui a produit cette province.[1]

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Le pays Konso en Ethiopie. Un paysage culturel classé par l’Unesco.
 Cliché de Maryse Verfaillie (février 2016), comme tous les clichés publiés dans cet article

Cliché de Maryse Verfaillie (février 2016),
comme tous les clichés publiés dans cet article

L’Ethiopie, pays immense (grand comme deux fois la France) compte plus de 80 nationalités différentes… et bien décidées à le rester !

Ce pays, situé globalement entre le tropique du Cancer et l’Equateur, est un pays de montagnes (avec un sommet à 4 620 m) et de hauts plateaux. C’est donc un vaste château d’eau qui distribue cette denrée vitale à l’Egypte (par le Nil bleu) et à toute la Corne de l’Afrique. Il est donc hautement stratégique !

La vallée du Rift qui du Nord au Sud l’échancre profondément est actuellement perçue comme le berceau de l’humanité : on y a retrouvé les ossements de Lucy (vieux de 3 millions d’années) et plus récemment, autour du lac Turkana, au Kenya, des mandibules qui vieillissent encore le genre humain de 400 000 ans. C’est donc un endroit clé pour comprendre l’histoire de nos origines !

Enfin, l’Ethiopie est la 2ème puissance démographique d’Afrique avec environ 80 millions d’habitants. Pays encore très pauvre, il est néanmoins « en voie de développement » et attire les investisseurs les plus variés. On parle très peu de l’Ethiopie en France et c’est fort dommage.

Le choix d’aborder la région à travers l’exemple du pays Konso est lié à l’existence de sources écrites sur une société originale qui depuis plus de 400 ans a créé un paysage culturel étonnant fait de terrasses et de fortifications de pierre. Ce paysage culturel a été officiellement inscrit par l’Unesco en 2012 sur la liste du Patrimoine mondial, faisant de l’Ethiopie le pays d’Afrique comprenant le plus grand nombre de sites protégés.

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Tableau géophotographique du Brozoufland d’Ariane Bourbaki

Tableau géophotographique du Brozoufland d’Ariane Bourbaki, Université de Genève, 2015.
Compte rendu des extraits du livre disponibles sur le site Visions Carto.

État enclavé, le Brozoufland possède néanmoins une marine composée du seul patrouilleur Sirius. Il ne défend pas la frontière internationale qui, invisible, passe au milieu du lac. Il se concentre seulement sur la sécurité des sommets internationaux qui ont souvent lieu sur ses rives. On craint moins un conflit avec le pays voisin qu’une manifestation de gauchistes. (Photo : Alberto Campi, 2015. Vision Cartos)

État enclavé, le Brozoufland possède néanmoins une marine composée du seul patrouilleur Sirius. Il ne défend pas la frontière internationale qui, invisible, passe au milieu du lac. Il se concentre seulement sur la sécurité des sommets internationaux qui ont souvent lieu sur ses rives.
On craint moins un conflit avec le pays voisin qu’une manifestation de gauchistes. (Photo : Alberto Campi, 2015. Visions Carto)

 

Itinéraire 2 : Imaginer un nouveau pays, le Brozoufland

Sur une idée de Jean-François Staszak, de l’université de Genève, Saint-Dié va officialiser ses relations avec un nouveau territoire : le Brozoufland. Mais qu’est-ce donc ce pays ? Qui sont les Brozouflandais ?

Pour le festival, on verra des plaques d’immatriculation, mais on ne connaît pas leur capitale ? Ce pays inconnu est-il si petit ? Le climat si ingrat que personne n’en rêve ? Pourquoi la ségrégation y est-elle si poussée jusqu’à imaginer des toilettes pour Noirs, des toilettes pour Blancs, des toilettes pour hommes, des toilettes pour femmes ?

Le Festival invitera des Brozouflandais, venus spécialement de leur pays, pour en parler. Miss Brozoufland portera les couleurs et les rêves de ceux qui veulent découvrir le pays. Ainsi que le ministre des Sports brozouflandais, champion du monde du Gummock, art martial conçu au Brozoufland.

Le Festival a convoqué des géographes spécialistes du Brozoufland pour comprendre de quoi il s’agit quand on parle d’un pays. Une table-ronde «A quoi servent les pays de fiction» peut montrer comment la géographie se fait en rendant visible la fabrique d’un territoire. Comment les discours, les phénomènes, les processus géographiques s’emboîtent à travers une forme qui peut être excessive, voire caricaturale.

L’enjeu de cette découverte du Brozoufland, une découverte ludique, pédagogique, épistémologique et scientifique est de faire découvrir une des facettes les plus attachantes d’une géographie en train de se construire.

Béatrice Collignon, Philippe Pelletier et Jean-François Staszak

NB : Le Brozoufland, un des thèmes (itinéraire 2) du FIG 2015 (Festival international de Géographie à Saint-Dié) consacré aux territoires de l’imaginaire

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Ce que disent les murs de Palestine – Cisjordanie 

Les murs sont devenus omniprésents dans ces contrées du Proche-Orient.

Murs de pierre blonde, de terre, de barbelés, de béton, ils barrent l’horizon et ne s’ouvrent que parcimonieusement par des portes, des check-points, des tunnels  sans fin. Ils racontent une histoire millénaire et des histoires plus récentes. Ils parlent d’espoir et surtout de désespoir.

Les murailles de Jérusalem

Jérusalem, vue depuis le mont des Oliviers, situé à l’est de la ville, en territoire palestinien (Cliché Maryse Verfaillie, novembre 2015)

Jérusalem, vue depuis le mont des Oliviers, situé à l’est de la ville, en territoire palestinien (Cliché Maryse Verfaillie, novembre 2015)

Les murailles de la ville ont été plusieurs fois conquises : par les Grecs d’Alexandre le Grand en 332 av. J.-C. ; par les Romains de Pompée en 63 av. J.-C. ; par les Arabes musulmans en 638 de notre ère. Les Croisés s’en emparèrent en 1099, puis Saladin en 1187. Enfin les Ottomans ont occupé cette terre pendant quatre siècles, jusqu’à l’arrivée des Britanniques et l’instauration de leur mandat en 1917. Jérusalem est occupée par la Grande Bretagne le 9 décembre 1917.

Les remparts puissants qui enserrent une ville, juchée à presque 900 m d’altitude dans le désert de Judée, témoignent de l’intérêt stratégique du site. Ceux que nous voyons ont été édifiés par Soliman le Magnifique en 1538. Presque toutes les grandes villes du monde ont été fortifiées, mais bien souvent les murs ont été détruits afin de permettre la croissance urbaine, et parce que leur intérêt stratégique avait disparu.

Rien de tel ici puisque la ville abrite des lieux trois fois saints pour les trois grandes religions monothéistes du Proche-Orient : les religions juive, chrétienne et musulmane. Les pouvoirs religieux ont donc exigé la protection et l’accès aux lieux. Aujourd’hui la vieille ville est classée par l’Unesco et ses murailles protégées comme patrimoine mondial. Jérusalem attire des dizaines de milliers de pèlerins chaque année.
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Le panorama de Rouen

Chers ami(e)s des Cafés géo, vous pensiez que je vous présenterais

Cette photographie ?
Or, ce sera celle-là !
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Panorama de Rouen depuis Bonsecours[1] (côte Sainte-Catherine) (Mai 2014, Wikipédia) Panorama XXL (au fond, le pont Gustave Flaubert ; Cliché Denis Wolff)

Dans l’acception courante, un panorama est une « vaste étendue de pays qu’on découvre d’une hauteur » (dictionnaire Larousse). Pourtant, le terme existe également en peinture, pour désigner une oeuvre de grande dimension développée circulairement sur le mur intérieur d’une rotonde, c’est-à-dire d’un édifice cylindrique surmonté d’une coupole (par extension on appelle aussi panorama la rotonde, le bâtiment lui-même). En effet, le spectateur, après avoir parcouru un couloir et des escaliers assombris qui le désorientent, est le plus souvent placé sur une tribune au centre ; il voit les objets représentés sur le tableau comme si, sur une hauteur, « il découvrait tout l’horizon dont il serait environné » (dictionnaire Littré). Un autre dictionnaire[2] précise : « Les tableaux de ce genre imitent exactement l’aspect d’un site vu dans toutes les directions et aussi loin que l’oeil peut distinguer. » Ce dictionnaire précise : « La lumière vient d’en haut par une zone de vitres dépolies ménagées à la partie inférieure du comble et frappe spécialement le tableau. Un vaste parasol, suspendu à la charpente au-dessus de la tribune, qu’il dépasse en diamètre, couvre le spectateur d’une pénombre et lui cache en même temps les points d’où vient la lumière. » (voir photographies ci-dessous). La réalisation d’un panorama est longue et coûteuse : plusieurs mois de travail avec une équipe de plusieurs peintres.

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Une lecture géographique de Palmyre
L’organisation djihadiste Etat islamique a fait exploser le 4 octobre 2015 l’Arc de triomphe de Palmyre (Syrie) , inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. C’est la poursuite d’une destruction systématique de la cité antique qui a commencé le 31 août (www.leparisien.fr)

L’organisation djihadiste Etat islamique a fait exploser le 4 octobre 2015 l’Arc de triomphe de Palmyre (Syrie) , inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. C’est la poursuite d’une destruction systématique de la cité antique qui a commencé le 31 août (www.leparisien.fr)

Le texte qui suit n’est pas exactement un compte rendu du livre de Paul Veyne1, il en propose plutôt une lecture géographique, d’où l’importance qu’il accorde à l’espace et aux lieux et le moindre intérêt qu’il porte à l’histoire de la cité syrienne sauf pour en souligner les composantes spatiales.

Une situation frontalière à l’est de l’Empire romain

« Vers l’an 200 de notre ère, la cité (de Palmyre) appartenait au vaste Empire romain, à son apogée en ce temps-là, qui s’étendait de l’Andalousie à l’Euphrate et du Maroc à la Syrie. » « Rome et la Perse (…) s’étaient partagé le monde de part et d’autre du fleuve Euphrate. » (P. Veyne, op. cit. p 11-12).

Au sein de l’Empire romain, la situation de Palmyre était clairement frontalière. C’était une oasis proche du désert syrien qui s’étendait vers l’est et l’Euphrate, situé à moins de 100 km. « Les Palmyréniens étaient des marchands qui importaient de Perse les produits de l’Inde et de l’Arabie et les vendaient dans les territoires romains. » (Appien, Guerres civiles, Livre V). L’essentiel des importations de l’Empire provenant de l’Orient aboutissait probablement à Alexandrie, le reste se partageant entre Palmyre et Pétra, située sur la route antique de l’encens. Palmyre allait chercher en Perse les produits somptuaires de l’Inde et de l’Arabie qui empruntaient la route terrestre de la Soie ou la voie maritime par le golfe Persique.

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Paysages islandais
Islande 2011, photographies d’Andréa Poiret

Islande 2011, photographies d’Andréa Poiret

« Jamais minéralogistes ne s’étaient rencontrés dans des circonstances aussi merveilleuses pour étudier la nature sur place. Ce que la sonde, machine inintelligente et brutale, ne pouvait rapporter à la surface du globe de sa texture interne, nous allions l’étudier de nos yeux et le toucher de nos mains. » (Jules Verne, Voyage au centre de la Terre)

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Un géographe au FIG 2015 de Saint-Dié

 

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Tous les ans, au début de l’automne, la géographie donne rendez-vous à ses aficionados à  Saint-Dié-des-Vosges. Cette année, c’est la 26e édition du Festival International de Géographie avec au programme « Les territoires de l’imaginaire. Utopie, représentation et prospective » et l’Australie comme pays invité. Pendant trois jours, conférences, tables rondes, cafés géographiques, Salon du Livre, Salon de la Géomatique, Salon de la Gastronomie, animations de toute sorte, lectures et débats de toute nature, drainent un public important, d’autant plus que cette année le beau temps s’est invité et que le thème de l’imaginaire choisi pour cette édition interpelle de nombreux participants.

En effet, le FIG s’est consacré au fil des ans à des sujets souvent « classiques » tels que des continents, des activités économiques, des milieux, etc., même si quelquefois des thèmes plus originaux comme la santé en 2000 et les religions en 2002 ont également été proposés. Mais un quart de siècle après sa création, le FIG a choisi de traiter de l’imaginaire, suscitant des réactions très diverses, souvent de l’enthousiasme, parfois de l’étonnement, plus rarement de la réprobation. Enfin !  Pour les uns : « La géographie assume sa mue esquissée depuis les dernières décennies, ce n’est pas trop tôt ! ». Ah bon ? Disent d’autres : « mais qu’est-ce que la géographie vient faire dans cette galère ? ». Pour ma part, il n’y a aucun trouble mais au contraire une adhésion enthousiaste à explorer les multiples facettes de l’imaginaire à l’aide des lunettes de la géographie.

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Le plan national de rénovation urbaine

Le PNRU (Plan National de Rénovation Urbaine) a été mis en place en 2003 par l’Etat français pour faire face à la détérioration du bâti dans les Zones Urbaines Sensibles -liée en grande partie à la façon dont les grands ensembles, surreprésentés dans les ZUS, ont été construits. Parmi les 751 ZUS, 557 quartiers (dont 215 en priorité) ont été sélectionnés. On peut voir sur la carte de répartition que ces quartiers prioritaires sont concentrés en région parisienne, dans le tiers-nord du pays et sur la Côte-d’Azur. Le principal acteur du PNRU, l’ANRU (l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), a pour objectif d’améliorer le cadre de vie des 4,5 millions de Français résidant dans ces quartiers, grâce à plusieurs types d’aménagement décrits dans cette infographie : ce sont principalement des résidentialisations (sécurisation des entrées et espaces verts pour donner un caractère privé aux immeubles), des réhabilitations, et des destructions. Les espaces sont repensés pour éviter l’enclavement, propice à l’insécurité. En tout, ce sont 47 milliards d’euros qui ont été dépensés à ces fins.

Infographie - Le PNRU Killian COURTILLE

Infographie – Le PNRU
© Killian COURTILLE

 

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La Chine entre tradition et modernité : le Huangshan et ses beautés atmosphériques

Le massif des Huangshan (montagnes jaunes) se situe au sud de la province de l’Anhui, en Chine, à l’ouest et à environ 480 km de la métropole de Shanghai.

Célèbres pour leurs pics étranges, leurs pins tortueux et leur mer de nuage, ces montagnes ont depuis fort longtemps attiré les voyageurs les plus illustres et les peintres les plus renommés.

Aujourd’hui, le Parc des Huangshan est envahi par des nuées de touristes… et ce n’est qu’un début !

Le téléphérique à l’assaut des Huangshan (cliché de Maryse Verfaillie)

Le téléphérique à l’assaut des Huangshan (cliché de Maryse Verfaillie)

Des montagnes vénérées et idéalisées

La chaîne des Huangshan, longue de 257 km, se compose de 72 sommets dont le plus élevé (1864 mètres) porte le nom suave de Pic de la Fleur de Lotus (Lianhua Feng).

Le site n’a reçu cette appellation de Montagne jaune qu’après la visite en 747 de Shi Huangdi, l’Empereur jaune. Il en avait gravi les pentes escarpées pour y cueillir les simples nécessaires à la fabrication de l’élixir d’immortalité. Il est considéré comme le créateur de la médecine et de l’acupuncture chinoises.

Les maîtres taoïstes et les moines adeptes du bouddhisme chan (zen) vinrent aussi y trouver refuge et s’y adonnèrent à la contemplation et à la méditation.

Depuis la dynastie des Tang (618-907), peintres et poètes, géographes et moines ermites ont aussi célébré ces étranges lieux.

Le géographe Xu Xiake (1586-1641) visita deux fois les Huangshan et il fit cette réflexion : « Qui a vu les Cinq montagnes sacrées n’a nulle envie de connaître d’autres cimes ; mais qui a vu les Huangshan, n’éprouve plus aucun plaisir à regarder les Montagnes sacrées ».

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Raoul Dufy et le paysage rural, dialogue entre l’art et la géographie

Bien que Dufy soit considéré et connu depuis longtemps comme un peintre aux multiples facettes, le volet ruraliste de son œuvre n’a été mis en valeur que récemment. Cette facette a été découverte par le grand public lorsque le Musée d’art et d’histoire de Langres a organisé en 2012 une exposition qui a fait date en mettant  au jour un pan de l’œuvre du peintre jusque là quasi inconnue : ses œuvres (dessins et tableaux) sur la moisson dans le pays de Langres dans les années 1936-1939. Olivier Caumont, conservateur en chef des musées de Langres, a été à l’origine de cette initiative tandis que Christian Briend, conservateur au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, a rédigé le catalogue de l’exposition sous le titre « La route bleue. Raoul Dufy en pays de Langres » (Briend, 2012). Rappelons toutefois que, dans son catalogue raisonné de l’œuvre peint de Raoul Dufy publié de 1972 à 1977 (4 volumes), Maurice Laffaille enregistrait de nombreux tableaux de moissons et de scènes de battages associés à des séjours dans la campagne française, parmi lesquels ceux qui ont été présentés à l’exposition de Langres ; de même, les dessins qui ont précédé ou accompagné ces tableaux figurent dans le catalogue raisonné des dessins de Raoul Dufy, publié en 1991 par Fanny Guillon-Laffaille.

Admirateur de longue date de Dufy, j’ai découvert ce versant de son œuvre d’une façon fortuite à l’occasion de la visite du musée des Beaux-Arts de Nancy où se trouve une toile de Dufy qui a retenu mon attention : « Paysage près d’Avila ».  Cette toile peinte sur le motif  représente un pan de colline dans le « secano » [1] des environs de la ville sur le piémont nord de la Sierra de Guadarrama, avec ses ceps des vignes à faible densité, ses amandiers, ses petites parcelles de blés moissonnés et mis en gerbes d’épis…La terre aux tons ocres et jaunes affleure partout. C’est un paysage cultivé qu’on pouvait voir encore dans les années 1960, au moment où démarre le grand mouvement d’exode rural et de mutations économiques et sociales dans les campagnes peu productives de l’Espagne des plateaux intérieurs (ici la Vieille- Castille). J’ignorais qu’il avait fait un voyage en Espagne, et je me suis mis à la recherche d’informations sur Internet. J’ai trouvé peu de choses sur Dufy en Espagne, par contre j’ai découvert l’exposition faite à Langres en 2012 et le catalogue publié à cette occasion. Sa lecture m’a amené à m’interroger en géographe sur cette œuvre, et je me permets ici de vous dire les quelques remarques que cela m’a inspiré.

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Le village lorrain rurbanisé

La dernière excursion de l’association des cafés géographiques a conduit le groupe à découvrir ou retrouver l’habitat rural lorrain désormais bien éloigné de ce qui a été appris dans les ouvrages qui traitaient du système d’openfield, avec des fermes jointives situées en cœur de village. Tout a changé, tout s’est transformé avec la rurbanisation des villages, le déplacement des fermes devenues installations classées. Habiter relève de la spatialisation et encore d’une pratique souvent très dilatée des territoires. Depuis trente à quarante ans, au rythme où s’affirment et s’étalent les effets de la renaissance rurale détectée dès 1975 par Bernard Kayser, cette fonction essentielle a beaucoup changé en sens, en charge affective et encore au gré des mobilités souhaitées, consenties ou subies.  L’évolution tient également compte des changements  dessinés dans la taille des ménages, des effets du vieillissement, des écarts de fiscalité mobilière et immobilière, des distances-temps consenties pour se déplacer et encore du coût du budget énergétique[1]. Se pencher sur ce thème éclaire un objet géographique original ; celui de la projection de l’homme dans son espace pratiqué et familier. Ceci débute par le microcosme (le couloir qui distribue les pièces, le garage ; voire l’atelier, la véranda, la terrasse, le jardin et son prolongement en verger)[2] et se poursuit avec toutes les mobilités que nous acceptons ou subissons. Pour affiner cela, nous sommes invités à nous rapprocher de l’architecture, de l’histoire patrimoniale des lieux, de la sociologie et encore de la mise en scène des territoires, en tenant tout à la fois compte des espaces privés, des lieux destinés à l’usage (usoir ou parge du village lorrain), du mobilier rural qui a « citadinisé » l’ambiance (éclairage, abri bus, salle des fêtes), enfin de l’espace public où s’applique le principe de précaution (chicane, ralentisseurs de la vitesse automobile).

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Jodhpur, une ville indienne

Jodhpur est l’une des capitales princières du Rajputana, devenu Etat du Rajasthan (en sanskrit « terre des rois ») après l’indépendance de l’Union indienne. Situé au nord-ouest de l’Inde, cet Etat est grand comme les 3/4 de la France et rassemble environ 40 millions d’habitants, ce qui est peu pour l’Inde, mais s’explique par un climat semi désertique.

Situé sur les routes des grandes invasions et des caravanes, le Rajasthan a été rapidement peuplé de clans Rajput, d’origine aryenne. Ces clans, très tôt assimilés à des Ksatriyas (en sanskrit « caste des guerriers ») ont su, à travers les siècles, conserver une forte identité. Retranchés dans leurs forteresses, ils ont résisté aux invasions musulmanes. Plus tard ils se sont battus puis ralliés aux nouveaux maîtres du sous-continent : les Moghols puis les Britanniques.

Jodhpur, palais-forteresse

Le fort de Meherangarh (photo de Maryse Verfaillie, mars 2013)

Le fort de Meherangarh (photo de Maryse Verfaillie, mars 2013)

Le fort de Meherangarh (en sanskrit « fort en majesté »)  est l’un des plus imposants du pays. Il a été édifié en 1459 par le prince du Marwar, Rao Jodha (Jodhpur est la ville de Jodha). Le Marwar (en sanskrit « pays de la mort ») est aux mains d’un clan de guerriers Rajput depuis le XIIe siècle.

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L’Euro 2016 de football : une opportunité pour les villes françaises ?
Figure 1 : Logo officiel de l’Euro 2016 (UEFA et Brandia Central, tous droits réservés)

Figure 1 : Logo officiel de l’Euro 2016
(UEFA et Brandia Central, tous droits réservés)

Alors que les questions sociales autour de la Coupe du monde 2014 au Brésil se font entendre, la France prépare son « Euro » 2016, la coupe d’Europe des nations de football. Si les conflits sont bien moins importants en France, ils sont malgré tout très présents au niveau local et l’objet d’intérêts globaux. Les 10 stades qui accueilleront l’Euro sont déjà sélectionnés, il s’agit du Stade de France, de 5 stades à réhabiliter et de 4 stades construits pour l’événement. Ce sont ces 4 stades qui vont nous intéresser. Les stades de Nice et de Lille sont déjà construits et fonctionnels, les stades de Bordeaux et Lyon sont en construction. Ces projets ont coûté des centaines de millions d’euros et sont donc évidemment au cœur des projets des villes concernées. Après le Stade de France construit pour la Coupe du monde 1998, voici une nouvelle génération de stades qui sont attachés à un club (contrairement au Stade de France) et intégrés à un projet de développement local (comme le Stade de France) 1. Il est donc intéressant de comprendre quelles logiques urbaines sous-jacentes sont présentes dans la construction de ces stades, quelles visions de la ville, …, en un mot, quelle urbanité va être créée par ces nouveaux complexes sportifs dans les villes de Nice, Lille, Bordeaux et Lyon ?

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Géographie du paysage à propos d’un chef-d’œuvre
Fig.1. Le paysage « géographique » vu du portique de la chambre de la Vierge Jan Van EYCK,, La vierge du Chancelier Rolin, 1430-1434, détail ©RMN

Fig.1. Le paysage « géographique » vu du portique de la chambre de la Vierge
Jan Van EYCK,, La vierge du Chancelier Rolin, 1430-1434, détail ©RMN

Le tableau de Van Eyck « La vierge du chancelier Rolin », un des plus célèbres du musée du Louvre (il figure dans les œuvres à ne pas manquer sur les dépliants distribués à l’entrée sous la pyramide), mérite toute l’attention des touristes pour les qualités esthétiques et le sens profond du divin, du sacré et de l’humain exprimés dans cette œuvre1.

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Géographie et cinéma au cœur de l’Amérique en crise

Entretien avec Jean-Loïc Portron, co-réalisateur de Braddock America (sortie le 12 mars 2014)

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France  – 1h43 min
Scénario : Jean-Loïc Portron
Image : Jean-Loïc Portron
Son : Gabriella Kessler
Montage : Véronique Lagoarde-Ségot
Musique : Valentin Portron

« No dirt, no job »

Au Nord-Est des Etats-Unis, la ville de Braddock, ancien bastion sidérurgique, a aujourd’hui perdu de sa superbe. Pourtant, une communauté ébauche au quotidien une action solidaire pour dessiner l’avenir. Dans cette Small town de la « Rust belt », ville « rétrécissante », Jean-Loic Portron filme à travers ce documentaire, co-réalisé avec la new-yorkaise Gabriella Kessler, ce qui  sépare Braddock d’une Dead city (Mike Davis).

Entretien avec un historien passionné de géographie, lecteur de Pierre Deffontaines, d’Yves Luginbühl ou encore de Philippe Gervais-Lambony. Il partage avec ce dernier le terrain sud-africain sur lequel il va revenir dans son prochain projet. On retrouve aujourd’hui l’auteur des séries Paysages et Foyers de Création pour Arte, pour la sortie de son long métrage, au cinéma.

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Le Far West selon John Ford : Une géographie épique

« My name is John Ford. I make westerns ». Les westerns représentent une part importante des près de cent quarante films de la carrière aussi inégale qu’éclectique de John Ford. Plusieurs sont des chefs-d’œuvre et ont participé à donner une certaine légitimité à un genre largement relégué, dans les années 1930, au rang de complément dans les doubles programmes, devenus la règle après 1929 – les fameuses « séries B ». L’œuvre de Ford donne ainsi quelque valeur à la fameuse formule d’André Bazin et Jean-Louis Rieupeyrout, selon laquelle le western est « le cinéma américain par excellence » (Rieupeyrout, 1953). Affirmation qui, à son tour, soutient l’idée que les westerns sont un objet d’investigation incontournable pour qui s’intéresse aux représentations de l’espace nord-américain.

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La Mondialisation contemporaine (2/2)

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Le  navire porte-conteneurs, symbole de la maritimisation du monde actuel 

1- Quelques  aspects de la mondialisation contemporaine[1]

a-   Les nouveaux enjeux maritimes

La maritimisation du monde actuel constitue à l’évidence un des aspects majeurs de la mondialisation contemporaine. Cette réalité est en rapport avec l’accroissement exceptionnel des mobilités et des échanges, à toutes les échelles, dont le transport maritime représente l’élément central. Jamais le monde n’a été aussi tributaire des flux maritimes et la révolution du conteneur incarne cette capacité d’interconnexion croissante de la planète.

Mais la maritimisation ne se résume pas à la question des transports maritimes. Les mers et les océans sont désormais présentés comme la « dernière frontière » du monde contemporain dont les immenses ressources, prouvées ou espérées, aiguisent les appétits des Etats et des entreprises. Dans cette perspective, le nouveau droit de la mer, mis en place depuis trois décennies, favorise une territorialisation grandissante du domaine océanique, battant ainsi en brèche la traditionnelle liberté des mers. Cette stratégie cherche à fixer des règles pour l’exploitation de l’espace maritime sans pouvoir empêcher les contestations entre les Etats. La modestie des actions de réglementation internationale et les difficultés croissantes liées à la criminalité transnationale comme aux questions environnementales soulignent l’importance des nouveaux enjeux maritimes.

Ceux-ci expliquent la montée en puissance des aspects géopolitiques et géostratégiques des océans provoquant une recomposition des puissances maritimes.

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La Mondialisation contemporaine (1/2)

mondialisation_drapeauxSi la mondialisation est devenue incontournable pour appréhender les mutations du monde actuel, il n’est pas toujours aisé de se retrouver dans le maquis, parfois bien confus, des définitions et des notions telles que la mondialisation et la globalisation, sans parler des hypothèses formulées par les chercheurs et des controverses suscitées par la dynamique mondialisante.

1 Est-il possible de définir et de dater la mondialisation ?

Le développement du capitalisme libéral depuis le XIXe siècle se traduit par une expansion géographique continue mais contrariée par les guerres mondiales, le colonialisme et le socialisme. Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’internationalisation des échanges ne connaît quasiment plus de limites spatiales. La mondialisation contemporaine favorise la convergence des prix, homogénéise les marchés locaux en un seul marché unique, intégré. Ce qui n’existait à aucune autre époque d’élargissement des échanges, ni à la Renaissance, ni au début du XXe siècle. Sans doute est-ce la raison de l’apparition du terme « mondialisation » en 1961 dans sa version anglaise de « globalization », un terme qui ne s’est imposé véritablement qu’au début des années 1980, il y a donc 30 ans environ. Un terme aujourd’hui dont le contenu fluctue selon les utilisateurs  qui l’emploient. A cela plusieurs raisons :

– La traduction française du terme anglais « globalization » hésite entre « mondialisation » et « globalisation ».

– La mondialisation est un processus, à la fois inédit et en évolution constante.

– L’idée reçue d’un phénomène essentiellement économique, associé au triomphe du capitalisme néolibéral.

– Les jugements de valeur, écartelés entre ceux qui l’encensent et les autres qui l’accusent de dérives préjudiciables à des territoires et des populations considérables, voire à l’ensemble de la Terre sur le plan environnemental.

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Le Tour de France, ou comment le vélo dessine la France

« La Grande Boucle, avec sa caravane, me fait penser à un western » Didier Daeninckx

« C’est la fête d’un été d’hommes, et c’est aussi la fête de tout notre pays, d’une passion singulièrement française » Louis AragonLe Tour en toutes lettres, ADPF.

« La géographie du Tour est entièrement soumise à la nécessité épique de l’épreuve » Roland Barthes, Mythologies, 1951.

« Quand le solstice d’été allume à l’horizon ses premiers feux, l’homme revient à un peu de géographie »
Jean-Louis Ezine, Le Nouvel Observateur, n° 2016

à P. R., et tous ces enfants devenus géographes grâce au Tour de France.

Pour tous les observateurs du sport dans le monde, le Tour de France est une énigme. Comment cette course de 1903, conçue pour concurrencer un journal, a-t-elle pu gagner ses marques de longévité et prendre cette ampleur qui en fait un événement sportif mondial chaque année, dans la presse européenne comme sur les radios et chaînes de télévision japonaise, américaines, africaines ? Comment cette compétition s’est enracinée dans les rituels nationaux, comment est-elle devenue un spectacle suivi, {de visu}, par des millions de supporters nationaux et étrangers qui se massent sur les lieux de la course et devant leur poste de télévision ? « C’est que l’épreuve est plus qu’une course, elle s’adresse à la conscience collective, à des références communautaires autant qu’à la curiosité sportive. Elle joue avec la géographie, les provinces, les frontières. Elle met en scène un espace-nation, un décor fait du territoire lui-même » (Vigarello, 1992-1, p. 884). Le Tour de France est bien plus que cela, mais il est {aussi }cela.

Le succès du Tour de France dépasse l’enjeu cartographique mais c’est bien sur la carte du Tour, publiée chaque année, que se construit une petite part de la mémoire de la France, une leçon annuelle de géographie nationale, qui borne et jalonne la France et ses voisins de repères symboliques, constitutifs de l’identité française et, peut-être un jour, européenne. Cette dramaturgie estivale est une lutte contre les reliefs et les éléments de la géographie française, avec un dosage subtil d’épreuves sur le plat et en montagne, si possible programmées dans les fins de semaine car elles sont les plus spectaculaires. Ses jalons étapes tendent un fil sur l’Hexagone d’environ 3 500 kilomètres qui dessine chaque année une silhouette enveloppante, celle d’un « tour » qui emprunte sa mythologie à l’histoire et qui offre une géographie idéale. Mais cette géographie est constamment en reconstruction : elle épouse les questions du temps et les aléas de l’Histoire. Elle fabrique pour les villes étapes un nouveau rapport à elles-mêmes et aux autres. Elle se trempe dans les montagnes qui valident les ressources des champions. La géographie du Tour est une construction mythique qui emprunte aux lieux et aux coureurs tous les ressorts d’une histoire qui étonne par sa dynamique.

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La crise mondiale : une ardoise de 55 800 000 000 000 de dollars

Laurent Carroué Directeur de recherche à l’Institut français de Géopolitique, Université Paris VIII Expert du groupe Mondialisation du Centre d’Analyse Stratégique (ex Commissariat Général au Plan)

Née aux États-Unis à la fin de 2006, la crise dite « des subprimes » est devenue au premier semestre 2009 une crise systémique mondiale d’une ampleur historique tout à fait inédite. On a en effet progressivement assisté en deux ans à un double phénomène de diffusion. Le premier est de nature sectorielle : cette crise initiale de la dette nord-américaine s’est progressivement transformée en une crise financière puis économique généralisée. Le second est de nature géographique : frappant de plein fouet la puissance états-unienne, elle s’est progressivement déployée dans l’espace mondial en touchant les grands pays développés, en particulier l’Europe occidentale et le Japon, avant d’atteindre les grands pays émergents (Chine, Brésil Russie, Inde) puis aujourd’hui l’ensemble de la planète.

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La crise des subprimes : enjeux géopolitiques et territoriaux de l’entrée dans le XXIe siècle

Laurent Carroué est Directeur de recherches à l’Institut Français de Géopolitique (université de Saint-Denis-Paris VIII).

En quelques semaines, la crise des subprimes est devenue à la fois la plus grande crise financière de l’histoire humaine et corrélativement le Plus Grand Casse du Millénaire. Alors qu’elle couve paradoxalement depuis presque deux ans et qu’elle monte en puissance depuis le printemps 2008, le mois de septembre 2008 menace de voir brutalement s’effondrer le système financier mondial. Comment en sommes nous arrivés là ? Comment expliquer une telle cécité quand en février 2008 un des principaux économistes de la réserve fédérale de New York peut écrire dans un rapport : « le déclenchement de la crise du crédit de 2007 constitue une énigme manifeste » (sic) (Adrian & Shin, 2008) ? Le traitement même de la crise, encore aujourd’hui, laisse songeur. Réduites à des effets d’annonce politiques plus ou moins fumeux qui répondent eux mêmes à la montée des faillites bancaires et à la panique des marchés, les informations distillées font trop souvent l’impasse sur une réflexion de fond quant à la nature même des événements auxquels nous sommes confrontés. Dans ce contexte, il semble indispensable de dégager rapidement quelques enjeux géopolitiques et territoriaux. Autrement dit : de l’importance de la géographie et de la géopolitique dans l’intelligibilité du monde contemporain.

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Crise ou crises ? Du « peak oil » au crunch monétaire.

Thierry Rebour est Maître de conférences à l’Université d’Amiens (SEDET, Paris 7).
Conférence donnée à Reims le 8 juillet 2008 et retranscrite par Farid Benhammou.

Depuis quelques mois, l’économie mondiale est entrée dans une phase de crise. Tout a commencé aux Etats-Unis par la crise immobilière dite des subprimes, laquelle s’est propagée vers l’Europe assez rapidement. Une forte inflation, en particulier des matières premières, coexiste avec une déprime paradoxale des prix industriels apparemment d’origine structurelle. En outre, des crises financières récurrentes qui vont de bulles spéculatives enkrach secouent les indicateurs économiques mondiaux depuis plusieurs dizaines d’années.
En réalité, il s’agit de l’interaction de plusieurs crises au tempo différent :
une dépression longue qui touche essentiellement les pays développés depuis plus de 40 ans, où prix et volumes divergent à long terme ;
une crise de surproduction (ou/et de sous-consommation), conséquence de la précédente, liée à un ajustement par le bas des revenus du travail dans le monde à cause de la concurrence internationale entre pays de niveau de développement très différent ;
enfin une crise financière, de court terme mais dont les racines sont pluridécennales et dont la conséquence se manifeste par un surinvestissement sur les marchés des matières premières, en particulier les marchés à terme.

Pour comprendre les relations d’interdépendance entre ces trois phénomènes, nous étudierons tout d’abord la crise inflationniste de court terme et nous montrerons qu’elle est une conséquence de la dépression longue. Celle-ci fera l’objet de la deuxième partie. Enfin nous analyserons les effets de feed-back entre conjonctures longue et courte afin de comprendre la nature du problème financier structurel qui affecte l’économie du monde depuis plusieurs décennies.

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Archives – Vox Geographica

Le Kosovo, les joueurs de football et la « nation », Bénédicte Tratnjek, 23 février 2013
 kosovo-football-nation.pdf

Londres, métropole mondiale en restructuration à l’approche des J.O., Manuel Appert, 01 décembre 2012
 londres-metropole-JO.pdf

Diaspora et espace mobile : le cas indien, Eric Leclerc, 04 novembre 2012
 diaspora-espace-mobile.pdf

Le paysage: entre évidence et impuissance géographiques ?, Véronique Fourault-Cauët, 18 octobre 2012
 paysage-evidence-impuissance.pdf

La course vers la Maison-Blanche : quelle géographie pour les élections présidentielles étatsuniennes ?, Elisabeth Vallet, Bénédicte Tratnjek, 06 octobre 2012
 course-maison-blanche.pdf

La géographie des espaces domestiques dans les albums pour enfants, Christophe Meunier, 09 juillet 2012
 geo-espaces-domestiques-albums.pdf

Le monde de Bond. Mobilité et pratique des lieux chez James Bond, Serge Bourgeat, Catherine Bras, 30 avril 2012
 monde-de-bond.pdf

Russie : l’Est assimilé au Nord, Cédric Gras, 16 mars 2012
 russie-est-nord.pdf

France : un droit d’asile à géographie variable, Bénédicte Tratnjek, 14 février 2012
 france-droit-d-asile.pdf

Géographie de l’homophobie, Yves Raibaud – mardi 6 décembre 2011
geographie-homophobie.pdf

Vis-à-vis d’îles. Petite excursion sur trois îles divisées : Haïti & République dominicaine, Saint-Martin, Timor, Marie Redon – jeudi 3 novembre 2011
 excursions-3-iles-divisees.pdf

Ethiopie : la jeunesse d’un vieil empire, Jacques Lamoise – mardi 11 octobre 2011
ethiopie-vieil-empire.pdf

Djibouti, Quentin Panisse – lundi 26 septembre 2011
 
djibouti-etat-contre-nature.pdf

De Zanzibar au Kilimandjaro. Une traversée du littoral swahili aux hautes terres de Tanzanie, Julien Besson – mercredi 14 septembre 2011
zanzibar-kilimandjaro.pdf

Le zoo : un espace politique et métaphysique, Jean Estebanez – mardi 19 juillet 2011
zoo-espace-politique.pdf

Les paradoxes de la capitale soudanaise. Khartoum, Lise Piquerey, Elsa Rollin – mardi 28 juin 2011
 paradoxes-khartoum.pdf

Coup de théâtre dans le Bassin du Nil, Emilie Lavie – mercredi 25 mai 2011
 bassin-nil.pdf

Le Far West selon John Ford : une géographie épique, Manouk Borzakian – lundi 16 mai 2011
 far-west-john-ford.pdf

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