Le dessin du géographe

Un certain nombre de géographes dessinent  lors d’excursions sur le terrain ou de missions scientifiques. Certains en ont même fait une activité régulière, et en illustrent leur production. Mais cette activité demeure presque confidentielle. Beaucoup de dessins restent dans les tiroirs, n’ayant bénéficié que d’un regard furtif et admiratif des collègues qui jettent un coup d’œil sur le carnet. Rares sont les géographes qui comme Pierre Deffontaines en ont fait l’argument central d’un ouvrage (Petit Guide du voyageur actif, réed.1980 Presses d’Ile de France). Nous souhaitons sortir cette activité artistique et scientifique de cet anonymat.

En même temps les dessins géographiques qui ont illustré les publications de nos prédécesseurs méritent d’être revus (et relus comme on le fait dans les recherches sur l’épistémologie de la  Géographie)

Il conviendra alors de distinguer le croquis fait par le géographe sur le motif ou d’après nature, du croquis d’après photographie qui fut beaucoup pratiqué aussi longtemps que l’appareil photographique demeura lourd et encombrant. Le croquis du géographe professionnel diffère aussi du croquis à usage pédagogique des manuels de l’enseignement primaire et secondaire, croquis le plus souvent supervisé et contrôlé par un géographe.

Le croquis à finalité géographique a changé de place au cours du temps. Les expéditions de découverte, de recherche scientifique, de conquête coloniale ont souvent été accompagnées par des artistes dessinateurs et ont produit des croquis qu’on peut considérer comme les premiers paysages géographiques, puisqu’ils avaient une finalité documentaire et qu’ils ont souvent été repris ensuite par les premiers ouvrages de géographie (cf les relations des voyages d’Alexandre von  Humboldt  ou les images de la géographie universelle d’Elisée Reclus,). Et les « pères fondateurs » de la science géographique, dans les écoles allemande, française, américaine, ont été parfois de bons dessinateurs sur le terrain.

A la fin du XIX° siècle, quand se met en place l’enseignement de la géographie dans sa forme moderne, les manuels sont illustrés de nombreux dessins ; les photographies sont rares, pour des raisons techniques, dont la qualité de l’impression et du papier. Puis les photos élargissent leur champ au détriment des dessins.

En même temps surgit avec Vidal de la Blache une géographie si soucieuse des paysages qu’elle en fait une des bases fondamentales de sa réflexion. La géographie est alors conçue comme une description raisonnée des paysages. Les paysages incitent au croquis. La prééminence de la géographie physique et à l’intérieur de celle-ci,  la domination de la géomorphologie encouragent alors l’usage du dessin et du bloc-diagramme dont de Martonne se fait le chantre et le propagandiste.

Notre propos n’est pas de retracer une histoire du croquis géographique : cette histoire se construira d’elle-même chemin faisant. Elle est plutôt de sortir de l’oubli une pratique et de la raccrocher au devenir de la géographie, comme nous avons pu le faire par ailleurs pour la chanson des géographes. Enfin, la technique du croquis reste une pratique d’aujourd’hui et chacun des lecteurs peut proposer ses croquis, si leur esprit se raccroche à cette rubrique.

Les carnets de terrain illustré à la main gardent leur séduction : l’édition et les expositions en témoignent. Si l’appareil photo numérique est devenu un outil quasi indispensable, les perfectionnements technologiques de ce dernier, ne lui confèrent pas la puissance analytique d’un croquis de terrain qui trie et hiérarchise les éléments du paysage : et aide à comprendre le monde avec  une feuille de papier et un crayon.

Remarques importantes :

*Le dessin de paysage (naturel, rural, urbain) proposé sur le site, sera accompagné d’un court commentaire, qui l’identifiera (auteur, date, lieu, site représenté, source) et le situera dans la production géographique de l’auteur en question : contexte, place du dessin dans l’analyse,  dans l’illustration du texte, des faits décrits…, afin de le resituer dans la production générale de dessins géographiques.

*Chaque proposition devra se préoccuper des droits d’auteur et de reproduction de l’image sur le site des cafés géo : Les droits de l’auteur (propriété intellectuelle) s’éteignent  70 ans après sa mort (et jusque là leur édition dépend de l’autorisation des ayant-droit). Mais les droits de reproduction de l’image, liés à la source dont elle a été tirée (éditeur d’un ouvrage, musée, bibliothèque, archives, etc…) sont plus difficiles à connaître et souvent plus compliqués à obtenir.

Roland Courtot, Michel Sivignon

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Le dessin du géographe n° 82. Le dessinateur et le photographe : la photographie comme agression

La photographie peut être vue comme une agression et le dessin comme une connivence. Cette question n’est pas anecdotique : On peut lire au Guatemala des pancartes qui précisent que les photographies sont interdites. Ces réactions ont un fondement, celui pour les populations locales photographiées d’être vues de haut  comme des objets ethnographiques ou simplement pittoresques. Par ailleurs, il existe des cultures où la photographie est mieux admise. Enfin, la massification du tourisme, et la généralisation de la photo qu’on envoie sur le champ à ses amis, conduit à une saturation du point de vue des populations photographiées.  Retour des choses : il m’arrive à Paris sur le marché de l’avenue Richard-Lenoir, d’être photographié avec ma baguette sous le bras par un touriste chinois. Il faudra que je mette un béret. (M.S.)

 

Le dessinateur accepté

Une mésaventure dont Roland Courtot a été témoin à deux reprises au cours d’excursions de géographie rurale : le photographe fait fuir les sujets qu’il veut capturer sur sa pellicule, tandis que le dessinateur est accepté comme témoin et le droit à l’image lui est concédé sans mot dire.

 

Espagne, Andalousie, automne 1994, excursion annuelle de la Commission de Géographie rurale au pays des oliviers et des olives.

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Le dessin du géographe n° 81 . Les dessins en excursion géographique

Les excursions de géo sont en partie passées de mode. Jacques Lévy les avait critiquées dès les années 70 en contestant leur caractère « scientifique ». Mais elles continuent toutefois à être pratiquées et Roland Courtot témoigne ici de celles de la Commission de rurale (Thessalie, Grèce 2001). Le dessin d’excursion est réalisé à la hâte, lors d’un arrêt du groupe, au moment d’une explication. Difficulté supplémentaire : rendre compte de ce qu’on voit mais aussi de ce qu’on entend. Le dessin est aussi la traduction d’un discours. Le pastel et l’aquarelle demandent un peu de temps , dont on ne dispose pas toujours si on suit les commentaires des présentateurs. Il reste le rapide dessin  au crayon, au roller, au stylo à bille, ou mieux au stylo tubulaire à encre de Chine qui permet, comme le bon vieux stylo à encre d’autrefois, de produire des traits  au kilomètre tant que le réservoir n’est pas vide. Et cela avec une encre indélébile qui supportera les lavis et aquarelles si on veut passer ensuite à la couleur.. La plume et l’encrier ne sont pas recommandables dans ce cas, même si notre collègue Pierre Deffontaines s’est rendu célèbre dans le croquis aérien en utilisant les cure-dents du service à bord des avions (en bois ou en plume d’oiseau) et son fidèle encrier d’encre de Chine (gare aux  taches !) lorsque l’occasion lui en était donnée (à une époque où les avions de ligne volaient à des altitudes plus basse qu’aujourd’hui): ses publications ont été souvent illustrées par des dessins au trait tout à fait caractéristiques de cette curieuse technique.

Le dessin d’excursion peut aussi changer d’échelle. Il vise à rendre compte d’un détail technique, mieux que la photo parce qu’il privilégie ce qu’il veut montrer. Ainsi le dessin du système de lavage des tapis et drapage des tissus, ou de serrage de leur trame. C’est ce que le dialecte local appelle dristela. On le verra ci-dessous (Thessalie, 2001)

Enfin le dessin d’excursion peut rendre compte sur un mode humoristique ou caricatural d’anecdotes du voyage. Certains de ces dessins sont destinés à ne pas sortir du carnet. Ils témoignent du rôle social des excursions pour la communauté géographique. (Lire la suite…)

Le dessin du géographe n°80. Tour d’horizon de Franz Schrader

Franz Schrader (1844-1924) fut à la fois un géographe très attaché à la cartographie et un bon peintre de montagne. Sa carrière a été marquée par des reconnaissances systématiques sur la chaîne des Pyrénées, mais aussi un travail magistral de cartographie pour la Géographie Universelle d’Elisée Reclus, son cousin, pour l’Atlas Universel Hachette comme pour les guides Joanne. Soucieux d’un enseignement rigoureux, il a publié une série de manuels scolaires bien illustrés, rédigés en association avec Louis Gallouedec. Son engagement pour une approche directe de la montagne l’a conduit à la présidence du Club Alpin Français entre 1901 et 1904. Cet itinéraire en marge des enjeux universitaires lui a permis de développer une approche originale d’analyse des paysages à travers les outils du dessin et de la carte.

L’approche esthétique de la montagne est exprimée dans son discours au Club Alpin en 1897, « à quoi tient la beauté des montagnes », mais aussi à travers ses multiples dessins et aquarelles qui représentent les grands paysages des Pyrénées mais aussi des Alpes, ou encore des côtes françaises. Dans la rubrique, le dessin du géographe N°9, J-M. Pinet a évoqué cette recherche d’une vision exacte du paysage dans une ambiance plutôt romantique avec l’image majestueuse du Pic du Vignemale.

 

L’approche du géographe s’est doublée d’une recherche de cartographie exacte de la montagne.

Les tours d’horizon réalisés par Franz Schrader dans les Pyrénées aragonaises et catalanes allient une vision précise et construite à un regard esthétique du paysage. Une série de 24 feuilles a été tracée dans les Pyrénées aragonaises et catalanes, sur le versant espagnol de la chaîne où ce géographe a mené de nombreuses ascensions d’exploration et de cartographie entre 1873 et 1898.

 

Il s’agit de panoramas organisés sur un horizon circulaire. Ces dessins ont été exécutés à partir d’un point culminant offrant une vue dégagée sur les vallées et les sommets environnants.  Le paysage se déroule à 360°. Chaque élément est placé à sa distance relative et dans son azimut.

Fig. 1 : Panorama circulaire du Pic de Malibierne relevé le 23 aout 1878 Frantz Schrader. Feuille XIII

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Le dessin du géographe n°79. Dessins d’exode

 

Couverture de l’ouvrage reprenant un dessin de Régine Laurenson : l’exode sur la route de Paris à Fontainebleau (Seine et Marne), 13 juin 1940.

     

Les éditions Taillandier ont publié en 2003 un remarquable ouvrage intitulé « Dessins d’exode » (142 p., 29 euros). Cet ouvrage centré sur les dessins des élèves, est accompagné de textes très éclairants de Yves Gaulupeau, Directeur du Musée National de l’Education à Rouen, et d’Antoine Prost, comme lui historien.

La couverture reproduit un dessin de Régine Laurenson intitulé « L’exode sur la route de Paris à Fontainebleau (Seine et Marne) 13 Juin 1940 ». C’est un recueil de dessins tout-à-fait inhabituels réalisés par des élèves d’une classe féminine de primaire supérieur dans la période 1936-1940, sous l’égide de leur professeur de dessin, qui était en même temps un peintre de grande qualité, Adrienne Jouclard.

Les élèves de primaire supérieur suivaient une formation de type professionnel : il s’agissait en particulier des métiers de la couture. Pourtant ce livre nous offre tout autre chose : Adrienne Jouclard  a incité ses élèves à dessiner des épisodes vécus par elles. De ce point de vue, Yves Gaulupeau souligne dans une introduction la différence avec les dessins correspondants de la guerre de 14-18 : ces derniers sont imaginés par les élèves à partir de récits des « poilus ». Ceux de notre période ont pour base le vécu personnel des jeunes élèves.

A cette occasion, un texte d’Antoine Prost éclaire utilement les conditions de cette production artistique.  Si l’on possède un nombre considérable de témoignages sur le vécu de la Première Guerre Mondiale, ceux de la Seconde sont concentrés sur l’Occupation, la Shoah, la Libération. L’effondrement de mai 40, traumatisme majeur de la nation, est passé sous silence. Aucun peuple ne fête volontiers ses défaites. On sera sans doute surpris de trouver l’évocation très patriotique du 11 Novembre 1936. Antoine Prost souligne que, contrairement au discours contemporain, on observe après 1938 une recrudescence du patriotisme, à partir du moment où la société française se convainc que la guerre est inévitable. Ces dessins sont ainsi l’occasion de remettre en cause un récit historique convenu.

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Le dessin du géographe N°78 – Christian GRATALOUP, caricaturiste d’Espaces Temps.

Notre collègue Christian Grataloup s’est maintenant fait un nom dans la géohistoire. En témoigne le remarquable Atlas Historique Mondial que viennent de publier les éditions L’Histoire et les Arènes (2019, 655 pages)

Mais il a d’autres talents, qu’il a exprimés dans les premiers numéros d’Espaces Temps dès 1976, où il donnait dans la caricature politico-géographique. Il signait alors CEGER.  Sans doute ne reprendrait-il pas aujourd’hui tous ces dessins : c’était il y a longtemps et on a parfaitement le droit d’évoluer dans ses visions et ses partis pris.

Avec le recul de ce presque demi-siècle (le premier numéro date d’octobre 1975) on peut dire que la critique épistémologique avancée par Espaces Temps rendait un son neuf. C’est bien ce qu’avait compris Maurice Le Lannou, qui prit à partie les initiateurs dans son feuilleton du journal « Le Monde »  intitulé « Des géographes contre la Géographie » les 8-9 février 1976. A quoi d’ailleurs les concepteurs de la revue répondirent dans les mêmes colonnes du quotidien les 14-15 mars 1976 : « Des géographes pour une autre géographie ».

Le débat sur notre discipline sortait du cadre des colloques et séminaires pour apparaître au grand jour.

Il ne s’agit pas de revenir sur cette polémique mais de présenter quelques-uns des dessins de Christian Grataloup issus des premiers numéros d’Espaces Temps d’octobre 1975 à 1979.

 

PREMIÈRE  CARICATURE  Espaces Temps 1977 N° 5.

« La géographie en réponses. Autoportrait d’une incertitude 2 »

Illustration d’une question dans un sondage adressé aux géographes :

« L’importance des travaux en géographie rurale et tropicale est-elle significative d’une vision primitiviste des rapports sociaux ? »

Il paraît qu’à l’époque on pouvait reconnaître le géographe qui bout dans la marmite. 

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Le dessin du géographe N° 77 – Maroc Le dessin colonial de Théophile Jean DELAYE

L’histoire de Th. Jean Delaye (1896-1970) s’articule avec celle du XXe siècle marocain.

Recruté par le Service Géographique du Maroc, il a suivi tous les épisodes de la conquête coloniale depuis 1924 jusqu’en 1940. C’est là qu’il exerça ses talents en relevant la topographie de plusieurs massifs montagneux du Rif à l’Atlas, sans compter ses missions de reconnaissance aérienne et vécut au Maroc jusqu’en 1960.

Il fut d’abord un cartographe, mais aussi un géographe. On a même pu écrire (Aurelia Dusserre) qu’il fut « un des principaux acteurs de la géographie marocaine de l’Entre-Deux Guerres. Il a été un des membres les plus actifs du Comité de la Société de Géographie en 1931, il en devient l’un des vice-présidents en 1939. Il collabore régulièrement à la Revue de Géographie du Maroc, avant d’en devenir le rédacteur en chef en 1942. » Inutile de dire qu’il approuve totalement l’action coloniale, en quoi il ne dépare pas des manuels de géographie de l’époque : dans son édition de 1959, soit trois ans après l’indépendance, le manuel de première de Hatier (par H. Boucau et J. Petit) écrivait : « L’économie marocaine était, vers 1912, au stade du Moyen-Age ; son développement s’affirme très brillant, grâce à l’afflux des capitaux et des techniciens français ».

Jean-François Troin nous en a opportunément rappelé le souvenir en reproduisant dans ses « Carnets de géographie anecdotique » (Éditions Petra, Paris, décembre 2018) un dessin de la place de France à Casablanca. C’est que Delaye fut aussi un dessinateur et un illustrateur d’ouvrages très fécond, et que son travail permet de mieux comprendre la place que le protectorat marocain a occupé dans les représentations coloniales françaises de cette époque.

En effet, à côté de ses aquarelles et dessins de la vie populaire et de l’architecture traditionnelle, qui constituent un apport intéressant mais un peu attendu, Delaye exprime la modernité du Maroc, suivant en cela le discours colonial du moment : la France voyait dans le protectorat marocain sa plus belle réussite coloniale. En témoignent les dessins des villes nouvelles et des installations portuaires.

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Dessin du Géographe N° 76. A la recherche du paysage beauceron.

Le sentier vers les fermes par Louis-Joseph Soulas

 

Louis-Joseph Soulas est un graveur peintre, né en 1905, à Coinces, dans un village proche d’Orléans, dans une famille d’agriculteurs beaucerons ; et mort en 1954 d’une crise cardiaque à la gare d’Austerlitz alors qu’il rentrait à Orléans pour occuper le poste de directeur du Conservatoire qui venait de lui être attribué.

Un de ses thèmes de prédilection fut la description des paysages de la Beauce, sa terre natale.

Ses dessins donnent une image de la Beauce des années 1930- 1950 mais son œuvre dépasse de beaucoup le cadre local de ses origines. Très souvent, il privilégie l‘uniformité des paysages ruraux sous le manteau des céréales. En somme, le paysage classique de la Beauce. Il a merveilleusement su évoquer la quasi-horizontalité de ses paysages en la soulignant par un détail d’apparence insolite,  tel ce sentier au milieu des blés. « Le sentier vers les fermes » en est une illustration. La Beauce ne fut pas sa seule source d’inspiration : il a également évoqué, quoique avec moins de bonheur, la Sologne et ses étangs, notamment en illustrant le roman « Raboliot » de Maurice GENEVOIS qui obtint le prix Goncourt en 1925. On aurait garde d’oublier l’illustration qu’Il fit des évènements contemporains, comme dans sa magnifique traversée de la Loire par un flot ininterrompu de piétons se succédant sous le Pont Royal d’Orléans qui vient d’être détruit par un bombardement.

Pour autant, il ne faut pas demander à ce paysage rural, présenté ici, au-delà de son intérêt esthétique, des fondements historiques qui en expliquent la genèse. La monoculture céréalière qu’il décrit ne rend pas compte des structures agraires sous-jacentes.

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Guillaume Lejean, voyageur, géographe et dessinateur

Le dessin du géographe n°75

Guillaume Lejean (1824-1871) nous est présenté ici par Marie-Thérèse Lorain, qui a beaucoup contribué à sortir Lejean de l’oubli grâce à trois livres : « Guillaume Lejean, voyageur et géographe (1824-1871)» Les Perséides 2006, « Guillaume Lejean. Voyages dans les Balkans (1857-1870) » présenté par Marie-Thérèse Lorain et Bernard Lory. Ed. Non Lieu 2011 et « Guillaume Lejean. Voyage dans la Babylonie, le Pendjab et le Cachemire» présenté par M. Th Lorain. Perséides 2014.

Image 1 Le Daverout (Abyssinie)

La vision de Lejean par Marie-Thérèse Lorain.

Ma rencontre avec Guillaume Lejean date des années 1990, grâce à la publication de sa correspondance avec Michelet puis avec Charles Alexandre, éditée par Jean-Yves Guiomar. Bien qu’il soit largement méconnu, je me suis convaincue du rôle qu’il joue  pour l’histoire de la géographie du XIX° siècle. J’ai donc été amenée à écrire sa biographie, à travers ses publications, une centaine d’articles, et ses archives familiales heureusement conservées.

Le parcours d’un petit paysan des environs de Morlaix, certes muni du baccalauréat mais rien de plus, est remarquable. Son regard sur son temps, sur les régions et pays qu’il a vus est plein d’intérêt. Ce regard n’est pas tout-à-fait celui des académiciens et savants de son temps, tant français qu’allemands, mais ceux-ci, fort heureusement, l’ont encouragé, l’ont lu , écouté, et ont reconnu sa valeur. Replacés dans son époque, les travaux de Lejean sont pleins d’intérêt et ont une réelle valeur significative. Ils ont leur place dans l’histoire de la géographie.

Ses voyages à travers trois continents sont le résultat de 8 missions confiées par les ministères de l’Instruction publique et des Affaires étrangères, sous le Second Empire (Ministères de Hyppolite Fortoul, Gustave Rouland, Victor Duruy). Ces missions se déroulent, en continu, de 1857 à 1870, de l’âge de 33 ans à sa mort, à 47 ans :

  1. Provinces danubiennes. Avril-décembre 1857.
  2. Haute Bulgarie, Monténégro, Herzégovine. A son retour il dresse une carte démographique de la Turquie d’Europe, publiées en 1861. Démographie signifie pour nous ethnographie.
  3. Cinq années en Afrique (Source du Nil, un échec, vice-consulat à Massaouah sur la Mer Rouge, voyages en Abyssinie) 1860-1865.
  4. Mésopotamie, Boukharie, Cachemire. Juillet 1865-Nov 1866.
  5. Quatre Voyages (1867, 1868, 1869, 1870), pour établir une carte de la Turquie d’Europe, en insistant sur le Balkan.

On peut remarquer que 70% des chargés de mission ont reçu une seule mission et 3,3% en ont reçu 5. Avec 8 missions il est donc très bien considéré. Il publie beaucoup à l’issue de ses voyages, soit dans des revues scientifiques, soit dans des revues grand public.

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La carte de Géographie comme premier apprentissage

Le Dessin du Géographe N° 74

Les dessins que je vous présente ici sont tirés d’un document d’archive : le cahier de géographie d’un élève (ou d’une élève, le prénom « He » peut se lire « Hélène »)  de l’Ecole Normale primaire de Paris pour l’année scolaire 1883-84 dans la classe de Géographie, où la France et les Continents étaient au programme (Ce document m’a été confié pour lecture par un ami qui l’a trouvé chez un bouquiniste, et qui m’a autorisé à en reproduire les illustrations).

Le texte en lui-même est caractéristique de la géographie d’inventaire telle qu’elle était enseignée sous la 3e République : des nomenclatures, des lieux, des villes, des produits, des chiffres de population, etc…

Il n’y a pas de croquis de paysages tels que le dessin du géographe a l’habitude de vous les montrer, mais les cartes qui illustrent le cahier m’ont semblé représentatives d’une étape de la pédagogie géographique dans l’enseignement, une étape longue puisque je l’ai moi-même connue pendant mes années scolaires au cours moyen  en 1947-49.

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Quelques dessins de Jean-Pierre Allix, peintre et géographe (1927-2013)

Dessin du géographe n°73

Jean-Pierre Allix enseignait la géographie dans des classes préparatoires parisiennes. A ce titre il a publié deux ouvrages qui sont des essais: « L’espace humain. Une invitation à la géographie» (Le Seuil 1996) et « l’Europe, cette belle inconnue » (Ed. Michalon 1999).

Jean-Pierre Allix était aussi (et peut-être surtout) un peintre. On recommande sur ce thème son livre-testament, publié à titre posthume et préfacé par son fils Stéphane: « L’homme qui croyait peindre des paysages » (Albin Michel 2017).

Cet intérêt pour la peinture était probablement sa vocation première. Elle lui venait de son oncle américain, le peintre Alfred Rigny. Quant à la géographie, l’influence d’André Allix, géographe et frère de son père, qui fut professeur à l’Université de Lyon et recteur, n’y fut pas étrangère. Louis, son père architecte, l’encouragea dans des études qui lui permettraient ensuite d’être à l’abri du besoin, considérant sa vocation artistique comme plus aléatoire.

Jean-Pierre Allix passa beaucoup de temps dans son atelier adjacent à sa maison de Larchant près de Nemours, surtout à partir de sa retraite, mais ne fit guère connaître ni ses dessins ni ses peintures, y compris dans ses propres livres. C’est dans son atelier de Larchant que nous avons pu les voir grâce à l’obligeance de Claude, sa femme.

Jean-Pierre Allix voyagea beaucoup, vers l’Asie Centrale, son domaine de prédilection, avec une mention particulière pour l’Afghanistan, un Afghanistan d’avant l’invasion soviétique (nous étions en 1956), où l’on pouvait circuler à peu près partout, celui que traverse Nicolas Bouvier quelques années auparavant et qu’il décrit dix ans plus tard dans « L’usage du monde », un maître-livre. Toutefois, il semble que Jean-Pierre Allix  arrêta ensuite de dessiner sur le motif. Le titre de son ouvrage « L’homme qui croyait peindre  des paysages» nous introduit à sa manière de voir.

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En passant par la Lauzière, géographes au dessin

Le dessin du géographe n°72

Quelques géographes se sont réunis sur les hauteurs du Velay oriental en juin dernier, pour fêter l’un des leurs. Ils se sont essayés au croquis de paysage pour confronter leurs analyses.

Le plaisir est d’arrêter la marche sur un sommet, de contempler un panorama et de dessiner le paysage. C’est un moment pour le géographe pour découvrir les lignes, l’agencement des surfaces, les marques d’une vie sociale, passée ou actuelle. Le dessin tentera de leur donner une valeur relative, propre à chaque observateur quelle que soit son habileté au crayon. Les dix croquis réalisés montrent la diversité des approches, sur un même paysage. Car le dessin implique le choix d’un angle de vue, d’un cadrage, puis une restitution variée des éléments auxquels chaque géographe donne une importance ou une signification.

Ces hauteurs offrent de vastes plateaux vallonnés surmontés de bosses volcaniques et entaillés à l’Est par les vallées ardéchoises. Le sommet du Suc de la Lauzière (1582m), offre un panorama superbe sur le Mézenc et le Mont Gerbier de Jonc sur leur haut piédestal, puis vers le versant oriental profondément incisé. De ce point haut, le regard s’ouvre sur la géométrie convexe des sucs,  sur de larges berceaux verdoyants et des écrans forestiers.

Samuel Etienne a croqué le groupe de géographe à l’œuvre devant le paysage.

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Le trait et la lettre dans les carnets d’Afrique de Christian Seignobos

Le dessin du géographe n°71

La modestie du  titre du livre de Christian Seignobos : «  Des mondes oubliés. Carnets d’Afrique » (IRD Editions Parenthèses 2017 310 p.) ne rend pas compte de son extrême richesse : c’est le produit de multiples missions, d’années d’enseignement dans des établissements scolaires et universitaires du Cameroun et du Tchad,  d’errances aussi,  de nomadisme au gré de sollicitations diverses, bref de plus de quarante ans de vie.

C’est un carnet de dessins. Christian Seignobos dessine depuis toujours. Il dit lui-même ne pas se rappeler de temps de sa petite enfance où il n’ait pas dessiné, ne serait-ce que pour échapper à l’ennui.

Par l’importance qu’il accorde au dessin, cet ouvrage de géographie détonne dans la production contemporaine, où on avait pu croire que cette forme d’illustration était en voie de disparition.

« Mondes oubliés, carnets d’Afrique», le titre renvoie au passé et très souvent à un passé disparu. Il s’agit moins d’une mémoire que  d’une vie de géographe, ou comme le dit l’auteur, d’un itinéraire : une quarantaine d’années passées autour du Lac Tchad, car « le temps cumulé sur les mêmes lieux donne de l’épaisseur au palimpseste des souvenirs ». Rien de mélancolique, ni de geignard ; il s’agit de prendre en compte le vécu de l’auteur pour rendre le présent.

Sur le Lac Tchad

Les souvenirs sont ordonnés thématiquement et surtout illustrés de centaines de dessins au trait. Les dessins sont les témoins des mondes oubliés, ils sont le rempart contre l’oubli. Le qualificatif « illustré » est faible et ne rend pas compte de la structure du livre, où, le texte accompagne l’élément distinctif qui est le dessin. Grâce à ce dernier, Christian Seignobos peut dire : voici ce que j’ai vu de mes yeux. Le texte est là pour expliquer mais on pourrait dire qu’il est composé uniquement de légendes des dessins. En ce sens, ce livre est unique. Mais en même temps les textes prennent souvent le dessus sur l’image, en quelque sorte malgré les efforts de l’auteur, sans doute parce qu’ils peuvent mieux exprimer les nuances et qu’ils disent le temps.

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Vues de côtes : le panorama au service des marins

Dessin du géographe N° 70  (Roland Courtot)

 

Fig. 1. Deux vues de la côte ouest de l’Ile Shouten et de la presqu’île Freycinet, Tasmanie , dessinées  par Charles André Lesueur (in François Péron, Voyage de découverte aux terres Australes, tome 1, Atlas, Planche IV : Australie, par Lesueur et Petit)

Légende des deux vues de côte :

  • Vue générale de l’île Schouten : le Cap Sonnerat (f) restant au S I/4 SO
  • Suite de l’île Schouten (g) Détroit du Géographe (h) Cap Degérando (I) partie Sud de la Presqu’île de Freycinet (k)

C.A.Lesueur del(ineavit), J.Milbert direx(it), Fortier sculp(sit)

Fig.2 : Planche IV de l’Atlas de Lesueur et Petit

Légende complémentaire :

1 : Vue du Cap Forestier (a) de la Baie Thouin (b) et du Cap Tourville (c)

2 : Vue du Pic d’Arcole (d) et du Piton Champigny (e)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2300134q/f4.item.r=expédition%20aux%20terres%20australes.zoom

Ces deux vues de côte ont été exposées à l’ambassade d’Australie à Paris, lors de l’exposition « L’œil et la main » à l’été 2016. Elles font partie des dessins et aquarelles de Lesueur et Petit, rapportés par l’expédition Baudin sur les côtes de l’Australie et de la Tasmanie, en 1800-1804. Elles représentent, en 2 profils qui se suivent du sud au nord, la côte est de l’île Shouten (du nom du navigateur hollandais qui avait reconnu la Tasmanie en 1642, appelée Terre de Diemen) pour le premier, la côte est de la presqu’île Freycinet (nom donné par l’expédition Baudin) pour le second. Les reliefs et les indentations dessinés par Lesueur sont bien visibles sur des vue obliques de Google earth.

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Carnets d’une Géographe sur les chemins d’Arménie, 1997-2017

Le dessin du géographe : n°69

20 années de recherches en Arménie, 20 années de géographie rurale dans les montagnes de ce pays du Sud-Caucase…et une vingtaine de carnets de voyages, illustrés de dessins pour raconter mes « géographies voyageuses ».

Voici quelques-uns de ces dessins et aquarelles issus de ce parcours de chercheur.

  1. Sa majesté l’Ararat

Du haut de ses 5 165 mètres, le Grand Ararat, Massis, domine en majesté la large plaine alluviale dite de l’Ararat,  objet géopolitique où l’Araxe dessine la frontière entre Arménie et Turquie[1]. Les deux cônes du volcan, Massis et Sis (3 896m) sont un émerveillement pour  le regard. Raoul Blanchard[2], en 1929, l’évoquait comme un géant : « rien de cette gigantesque pyramide n’est perdu pour les yeux, la montagne se dressant au-dessus d’une plaine dont l’altitude n’est que de 800 m; ainsi d’un seul coup le volcan s’enlève de 4 400 m. (…) Un Fouji-yama perché sur un plateau au bord d’une fosse de 2 000 m. »

Le mont Ararat est un stratovolcan situé à la jonction entre trois plaques tectoniques : arabique, eurasienne, anatolienne. A sa vue, le géographe est saisi d’étonnement tant ses dimensions sont uniques, à tel point que sa haute silhouette est visible de partout en Arménie. À la fois montagne mythique où s’échoua, dit la Genèse, l’arche de Noé, mais aussi balise géopolitique entre les grands empires, russe, perse, ottoman, l’Ararat ne se décrit pas, il est l’expression de toute une histoire et fait fantasmer les « aventuriers » à la recherche de l’arche perdue.

La vue depuis la vallée de l’Araxe en Arménie présente la plus belle perspective paysagère qui soit. Montagne religieuse mais aussi, comme l’écrit Joseph Pitton de Tournefort[3] au début du XVIIIe siècle, « effroyable solitude », le double sommet fascine autant qu’il attire. Au cours de 20 années de pérégrinations géographiques en Arménie, l’Ararat m’a toujours semblé être un phare, un géant bienveillant dont on ne se lasse pas d’observer les nuances changeantes des couleurs tapissant ses versants. Il prend tant de poses, captant la lumière et sublimant le bleu du ciel qu’on ne s’étonne pas de voir combien il a inspiré les artistes. Mais peindre l’Ararat est un piège…qui se joue du talent des peintres. Il est l’Ararat, l’unique et c’est tout.

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Contribution au souvenir du centenaire de la Première Guerre Mondiale 1917-2017 : la bataille de Monastir (Macédoine)

Le dessin du géographe n° 68

Ce dessin est issu des archives du Service Historique de l’Armée de Terre, au Château de Vincennes. Il a été réalisé après novembre 1915 date à laquelle les troupes de l’armée d’Orient du général Sarrail pénètrent dans la ville de Monastir, aujourd’hui Bitola en République de Macédoine.

Le dessin représente une partie de la ville de Monastir, actuellement Bitola n Macédoine, et son environnement montagneux du côté nord. Le tout est dessiné à partir d’un point d’observation au sud de la ville, dit « observatoire de l’Orénoque ».La ville est située dans un bassin correspondant à un fossé d’effondrement, autrefois partiellement occupé par un lac.

Jusqu’en 1912, c’est-à-dire jusqu’au déclenchement de la Première Guerre Balkanique, Monastir est une importante ville de 50.000 habitants capitale d’un vilayet étendu au sein de l’Empire Ottoman. Sa composition est composite : Turcs, Grecs, Albanais, Macédoniens que l’on appelle alors Bulgares, sans qu’aucune nationalité ne domine. On verra à ce sujet l’excellent article de Bernard Lory dans les Cahiers Balkaniques de 2011 (Revue en ligne) «  Un poste consulaire en Macédoine, Bitola-Monastir 1851-1912 ».

Monastir a été conquise par les troupes serbes au cours de la Première Guerre Balkanique, puis intégrée en 1913 dans le Royaume de Serbie.

Mais les Serbes sont peu nombreux à Monastir beaucoup moins que les Bulgares ou Macédoniens et lorsque la Bulgarie rentre dans la Première Guerre Mondiale, en octobre 1915, aux côtés des Empires Centraux, elle envahit cette partie de la Serbie qu’elle revendiquait et les troupes serbes sont submergées.

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Le héron : petite disputatio sur l’image géographique et l’art

Le dessin du géographe n° 67

Camargue (commune des Saintes-Maries-de-la-Mer, Bouches-du-Rhône) : dans le parc ornithologique du pont de Gau, à l’heure du crépuscule, « le héron au long bec, emmanché d’un long cou » cherche sa pitance à pas comptés dans l’étang. R. Courtot : pastel et encre de chine, 1999 Revue Méditerranée, 105, 2005

 

Ce dessin a été publié dans une revue de Géographie parce que je l’avais proposé avec d’autres à la Rédaction de Méditerranée qui voulait les inclure dans le numéro de la revue qui m’était dédié lors de mon départ à la retraite. A côté de dessins des Calanques de Cassis, de l’embouchure du Guadalquivir, de la montagne Ste-Victoire, de Portofino ou du Vésuve, le lecteur pouvait s’interroger sur la nature « géographique » de ce dessin…Je vais essayer d’y répondre.

Précisons d’abord qu’il s’agit d’un dessin réalisé dans la petite réserve naturelle du pont de Gau, en Camargue, sur le territoire de la commune des Saintes Maries de la Mer, lors d’une excursion avec des amis, qui n’avait qu’un caractère de loisir touristique et non professionnel…Mais, sur le terrain, quand le géographe cesse-t-il vraiment d’être géographe?.

La raison générique du dessin elle-même, le besoin de faire un dessin, est simple : je suis depuis longtemps ce qu’on appellerait aujourd’hui un « carnetier », quelqu’un qui se promène avec, dans sa poche ou sa sacoche, un carnet et des crayons, disons un matériel réduit de dessin. Cela m’est venu au cours de mes recherches de thèse, quand je me suis rendu compte que la photographie n’était pas, sur le terrain géographique, la panacée pour produire des images efficaces vis à vis de la recherche, l’appareil-photo étant une sorte de « ramasse-tout », tandis que le croquis était déjà un début d’analyse et de réflexion sur l’espace observé et dessiné…un autre débat que je ne vais pas développer ici.

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L’atlas de Beautemps-Beaupré et les vues de côtes de l’expédition Bruny d’Entrecasteaux

Le dessin du géographe n° 66

 

Vues de différentes parties de la terre d’Anthony van Diemen (la Tasmanie)
Planche 10 Atlas du voyage de Bruny-Dentrecasteaux, C.F. Beautemps-Beaupré
Fonds Bibliothèque Méjanes Aix-en-Provence C 9056

Ce fut un choc esthétique lorsque j’ouvris, dans la section patrimoine de la bibliothèque Méjanes à Aix en Provence, l’atlas de Beautemps-Beaupré publié au retour de l’expédition de Bruny d’Entrecasteaux et dont la page de titre porte :

Atlas du voyage de Bruny-Dentrecasteaux,
Contre-amiral de France,
Commandant es Frégates la Recherche et l’Espérance,
Fait par ordre du Gouvernement en 1791, 1792 et 1793,
Publié par ordre de sa majesté l’Empereur et Roi,
Sous le Ministère de son excellence l’e vice-amiral Decrès,
Par C.F. Beautemps-Beaupré,
Hydrographe, Sous-chef du Dépôt général des cartes et plans de la Marine et des Colonies,
A Paris, M.DCCC.VII.

J’y trouvai les formidables dessins de la côte de Tasmanie par Piron, peintre de l’expédition de Bruny d’Entrecasteaux, contre-amiral de Louis XVI, parti en 1791 a la recherche de La Pérouse disparu dans le Pacifique. Cet ouvrage, édité sur un papier à dessin au format grand colombier  (90 x 60 cm) présente dans ses planches de cartes 4 planches de vues de côtes, dont celle qui est présentée ici (la 10e) et qui comporte 4 paysages panoramiques de « Vues de différentes parties de la terre d’Anthony van Diemen (la Tasmanie) tirées des cahiers de l’ingénieur hydrographe Beautemps-Beaupré». Arrêtons-nous sur les 3e et 4e dessins, qui représentent la petite île de Tasman et le cap Pillar, qui se trouvent au sud-est de la baie de Port-Arthur. Les orgues de dolérite confèrent aux falaises de ces deux sites des formes rocheuses verticales qui dominent l’océan de près de deux cent mètres de haut, souvent ponctuées de chandelles de pierre avancées en sentinelles dans la mer. Beaucoup d’autres sites de la côte sud-orientale de l’île présentent les mêmes caractères, puisque toute cette région est constituée d’épanchements doléritiques de l’ère secondaire. Le dessin est d’une grande précision tout en montrant la massivité de ces tables rocheuses qui se dressent brutalement aux yeux du navigateur ; et le graveur a souligné la géométrie de ces orgues, comme la rudesse et l’austérité de ces formes monumentales dans l’atmosphère des quarantièmes  parallèles de l’hémisphère sud.

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Un dessin systémique dans la géographie de Anton van der Wyngaerde : Zahara des thons

Le dessin du géographe n° 65

Fig.1: El amadraba de Zahara, Anton van der Wyngaerde, 1565, 153 x 53,5 cm (papier, plume et lavis sepia), Vienne, Osterreichische Nationalbibliotek.

(La taille du dessin oblige ici à le présenter en 2 parties, la partie supérieure venant à gauche de la partie inférieure)

Ce dessin de belle taille a pour sujet la amadraba de Zahara. D’après le dictionnaire de la langue espagnole, ce terme désigne à la fois :

– le lieu de la pêche aux thons et l’endroit où ils sont préparés après la capture,

– le filet et/ou le cercle de filets qui servent à leur capture,

– la saison de pêche.

L’auteur y a porté de nombreuses indications manuscrites de lieux, d’actifs et d’activités, ainsi qu’une grande légende explicitant des lettres inscrites dans l’image, faite de 2 listes des mêmes lettres (ce qui ne simplifie pas leur identification) , mais de taille différente:

  • Celle de gauche concerne les lieux et les sites géographiques :

A La tour de Mecca (Meca)

B Cap de Trafalgar

C Cap du Sportel (Espartel) , il y a 7 lieux jusqu’au cap de Trafalgar terre du duc (de Medina Sidonia) et jusqu’au Détroit ( ?)

D Alcasar segar (Tanger ?)

E Château de Barbate

F Rio de Barbate (qui vient d’Alcala)

G Salines

H Cap de Plata

K Tour de la tollar ( de l’atalaya = tour de guet) d’où les thons sont observés

+ 5 lieues de mer depuis la almadraba de Zahara jusqu’à Cera Sagar (Tanger ?)

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Géographie et pédagogie dans les préaux des écoles

Dessin du Géographe n° 64

 

Jean Julien (1888-1974) : Marseille, le port de commerce
Esquisse pour le préau, école de garçons, rue Saint-Martin, Paris, 3e
1933, huile sur toile

Cette aquarelle a été présentée par le peintre Jean Julien au concours, lancé par le Ministère de l’Instruction Publique, pour la décoration du préau d’une école de garçons de la rue Saint-Martin à Paris dans les années 1930. Je n’ai pas retrouvé de notice bibliographique concernant cet artiste et ignore presque tout de son parcours professionnel, sauf qu’il a travaillé pour la commande publique (tableaux à la mairie de St-Ouen), qu’il a voyagé en France méditerranéenne et en Afrique du Nord, et qu’il a créé des affiches pour le tourisme dans l’entre-deux-guerres.

Son aquarelle représente le vieux port de Marseille vu depuis le quai de la Mairie (ou aujourd’hui quai du Port  ). Le quai de Rive neuve est donc au second plan, et la colline de Notre-Dame-de-la-Garde ferme l’horizon sud du bassin.

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Quelques croquis d’excursions géographiques au début du 19ème siècle

Le dessin du géographe, n°63

Rodolphe Toepffer (1799-1846), fut le directeur d’un collège Genevois. Il est ainsi l’auteur des Voyages en Zigzag (Paris 1844) qui relatent les excursions annuelles organisées à travers les Alpes avec ses collégiens. Il s’agit de voyages de découverte menés par un pédagogue admirateur de Jean-Jacques Rousseau. Le récit du parcours par monts et par vaux est ponctué de dessins à la plume. Il fourmille d’anecdotes cocasses, de scènes curieuses, de rencontres avec des personnages pittoresques sur le chemin ou dans les auberges, et présente les paysages traversés. La marche est à la fois une épreuve physique d’initiation et le moyen de multiplier les observations naturalistes, d’herboriser, de chercher les insectes, de discuter de la carte, d’admirer les grands paysages romantiques ou de trouver les traces de l’histoire. La géographie de  l’équipe consiste principalement à suivre la carte, évaluer les distances et à identifier les points remarquables dans le paysage, à comprendre la vie des villages traversés.

Les récits sont illustrés de dessins réalisés d’une plume alerte. Ils ont été édités par Schmidt à Genève, par la technique bon marché de l’autographie (sorte de lithographie sur carton). Plus tard, les textes ont été regroupés et imprimés à Paris dans les Voyages en Zigzag, puis les Nouveaux Voyages en Zigzag (1856) assortis de quelques gravures sur bois de facture plus romantique.

L‘excursion de 1841 vers Venise,  passe par la haute vallée de l’Aar et le col de Grimsel où séjourne, à ce moment, l’équipe de Louis Agassiz, naturaliste, pionnier de l’étude des glaciers. Tœpffer fait un croquis de « l’hôtel des neuchâtelois», un énorme bloc de la moraine médiane qui sert d’abris à l’équipe de recherche.

toepffer-01

Le dessin de Tœpffer représente la langue du Lauteraarglenscher, avec des trainées de blocs  alignés dans le sens de l’écoulement de la glace.  Le motif central du rocher-couvercle est placé entre les trois plans du glacier et des deux versants qui  encadrent l’espace : la nappe de glace est  dominée par de grands versants raides sous les sommets de l’Oberland Bernois A gauche, la silhouette puissante du Lauteraarhorn (4042m) prolongée par l’arête du Schrechkorn (4078m), à droite la masse aigue de l’Eiwigsheenhorn (3329 m). Les éperons, parois rocheuses et couloirs d’avalanche esquissés, contrastent avec le détail des  gros blocs de la moraine au premier plan.

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Croquis d’Albert Demangeon en Limousin (1906-1911)

Le dessin du géographe, n°62

L’habileté d’Emmanuel de Martonne (1873-1955) en tant que dessinateur a impressionné ses collègues et des générations d’étudiants ; Gaëlle Hallair a relevé dans Le dessin du géographe un fort bon exemple en Roumanie[1] et Jean Nicod y a décortiqué ces fameux blocs-diagrammes[2]. En revanche, personne ne mentionne les dessins de son collègue Albert Demangeon (1872-1940). En effet, si des cartes, des coupes géologiques, des plans de maisons et de villages apparaissent dans ses écrits, on n’y trouve jamais de croquis de représentation de paysage. Il préfère utiliser des photographies pour appuyer son propos et dispose d’un talent indéniable dans leur réalisation (cf. par exemple, celles de la Géographie universelle sur les Iles Britanniques ou la Belgique). Serait-il un piètre dessinateur ?

Une découverte récente dans le fonds Demangeon-Perpillou conservé à Paris, à la Bibliothèque Mazarine[3], tend à fortement nuancer cette affirmation. Dans ce fonds partiellement inventorié par nos soins[4], nous avons trouvé un carnet relié en toile muni d’un étui à crayon, au format paysage (12 cm sur 19) qui facilite les croquis panoramiques en double page, semblable à ceux utilisés par Emmanuel de Martonne[5]. Ce carnet contient dix-sept dessins réalisés par Albert Demangeon ; ces dix-sept vues -terme employé par l’auteur- sont réalisées sur une page, d’autres sur deux en vis-à-vis. Nous avons choisi d’en présenter cinq (trois sur deux pages en vis-à-vis, deux sur une page) ; la numérotation est de notre fait. Après chacun, nous reprenons les indications manuscrites, souvent peu lisibles. Ces croquis, exécutés dans le Limousin entre 1906 et 1911, n’ont jamais été publiés[6].

Indications sur le dessin : La Chaubourdine [?], vallée du Cher, vallée de Pampeluze, forêt de Pionsat, vallée du Cher, Auzances. (Bibliothèque Mazarine, Fonds Demangeon-Perpillou)

Indications sur le dessin : La Chaubourdine [?], vallée du Cher, vallée de Pampeluze, forêt de Pionsat, vallée du Cher, Auzances. (Bibliothèque Mazarine, Fonds Demangeon-Perpillou)

Croquis n°1. Vue prise à l’Ouest d’Auzances. Cote 615 vers l’Est. Au fond, la ligne sinueuse des Monts de Combrailles se profilant sur les crêtes plus régulières qui séparent les affluents du Cher.

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Un géomorphologue sur le terrain aujourd’hui: des tors et des paléo piétinements

Le dessin du géographe : n°61

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L’ile d’Ouessant est totalement incluse dans le périmètre du parc Marin d’Iroise et son littoral est intégralement protégé. La lande littorale, les pelouses halo-éoliennes, très sensibles au piétinement sont soigneusement observées et suivies par le Centre d’Etude du Milieu d’Ouessant (CEMO) et des chemins côtiers spécifiques canalisent les promeneurs loin des espaces les plus écologiquement fragiles.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Ainsi vers 2840 cal BC des occupants de l’île marchaient régulièrement vers des lieux de pêche et creusaient des chemins. Vers 1190 cal BC * le piétinement aux alentours des pêcheries était suffisant pour que les horizons organiques s’accumulent 10 fois moins vite que sur des sites non fréquentés. Il s’agit bien sur de mesures et de datations qui n’ont pas une exactitude absolue mais elles indiquent que les premiers occupants de l’île avaient déjà un impact sur les pelouses littorales et localement sur le recul de certaines falaises meubles.

A une époque un peu moins lointaine, mais encore non datée, des constructions littorales autre que des pêcheries ont été installées dans de toutes petites anses où un bateau (petit) peut s’abriter et s’échouer, même par grande tempête d’Ouest : ainsi à Porz Milin juste à l’Est du phare de Creac’h.

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Latins et Germains par Kupka, dans « L’homme et la terre » d’Elisée Reclus

Le dessin du géographe n°60

Les stéréotypes ont la vie dure.

Né en 1871 en Bohème, alors partie de l’Empire Austro-Hongrois, Franck (ou Frantisek ou François) Kupka. S’installe à Paris en 1898.Il s’y fixe définitivement. II y décède en 1957. Il est connu comme un des peintres majeurs du XX° siècle, mais dans ses premières années en France, il gagne sa vie comme illustrateur. Ses convictions anarchistes l’amènent à collaborer à l’Assiette au Beurre, journal satirique. On trouvera ici la couverture du numéro du 11 janvier 1902 intitulé l’Argent.

Ses convictions anarchistes le rapprochent d’Elisée Reclus qui prépare « L’Homme et la Terre ». Durant quatre années, de 1904 à 1908, Kupka dessine  bandeaux et culs-de-lampe. La signature de Kupka est toujours accompagnée de celle du graveur Deloche. Ernest-Pierre Deloche (1861-1950) est un graveur important, tout-à-fait contemporain de Kupka.

kupka latins et germains

Le bandeau présenté ici illustre le chapitre 3 du cinquième volume de « L’Homme et la Terre », qui paraît en 1905.

Dans ce chapître, Reclus développe le thème des nationalités européennes. Il montre comment les nationalismes composent une image immortelle de la nation : « L’Allemagne ne se dit-elle pas la première par la puissance de son génie et par l’ampleur de ses pensées ? »(p.78). Reclus explique aussi comment la notion de race sert de support au nationalisme. Il vit à une époque où les puissances principales de l’Europe du nord ont le vent en poupe : Allemagne, Royaume-Uni, Russie. La défaite de la France en 1870 face à la Prusse va dans le même sens. Aussi bien les pays du nord de l’Europe, nous dit Reclus, sont-ils persuadés du déclin irrémédiable du monde méditerranéen, qui pour lui est peuplé de Latins. Il englobe les Grecs sous la même dénomination.

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Un carnet de voyage de Maurice Zimmermann en Tunisie (avril 1909)

Le dessin du géographe n°59 (décembre 2015)

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

Croquis 1 : La plaine tunisienne dans les environs de Zaghouan, vue du train Tunis-le Kef vers le SE, Maurice Zimmermann, 1909

Éléments manuscrits (de gauche à droite et de haut en bas) : NE ; Zaghouan ; 3ème source des eaux qui alimentent Tunis ; SW ; Fkirine ; Djoukal ; plaine ; le long du train, en allant en Tunisie centrale.

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

(© Bibliothèque Diderot, Lyon)

Croquis 2 : La plaine dans l’arrière pays de Tunis, même région que le croquis précédent. Maurice Zimmermann, 1909

Éléments manuscrits (de gauche à droite et de haut en bas) : ruines ; figuier barbarie ; aspect typique de plaine tunisienne où la culture pactise avec le jujubier d’aspect chenu et bleuâtre (haie de figuier de barbarie), ruines romaines, aqueduc à fleur de terre, ferme avec eucalyptus.

Un petit carnet noir allongé, brillant mais usé et sali. Je le feuillette : quelques croquis, médiocres, incomplets, dessinés au crayon de papier et parfois, sans raison claires, avec une surcharge à l’encre ; on y trouve aussi quelques annotations, des listes (de tableaux vus dans des musées, de la localisation de photos de voyage, d’étudiants…), des références bibliographiques, des adresses… Les indications de dates sont rares et entretiennent la confusion ; celles de lieux aussi. Le carnet semble mêler des informations temporellement et spatialement éparses : un voyage en 1909, un autre en 1922, des pages noircies entre ces deux moments… Il faut se faire détective, tirer des fils, confronter les données pour y mettre un peu d’ordre.
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Pierre Bonnet, géologue et géographe en Transcaucasie, 1909-1914

Dessin du géographe n° 58 (novembre 2015)
par Françoise Ardillier-Carras, Professeur émérite

Fig. 1 : Rare perspective du lac Goktcha, actuel lac Sevan (Arménie)

Fig. 1 : Rare perspective du lac Goktcha, actuel lac Sevan (Arménie)..
Dessin à la plume, aquarellé, de Pierre Bonnet (1910) ©Académie des Sciences de la République d’Arménie

Tel un bloc diagramme, Pierre Bonnet a réalisé ce dessin en conjuguant ses observations sur le terrain et les données des cartes topographiques russes qui lui servaient durant ses expéditions. La vue est orientée sud-nord (le Mont Ararat se trouve au sud-ouest de l’espace dessiné).

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L’enfant et la guerre : Dessin d’enfants bosniens représentant les combats (1991-1995)

Dessin du géographie n°57

L’enfant et la guerre : Dessin d’enfants bosniens représentant les combats (1991-1995) à la frontière entre la Krajina à gauche (partie de population serbe de la Croatie) et la Bosnie-Herzégovine à droite , où les enfants résident.

Source : Subasic, Saudin, 1996, © Fonds Enfance Réseau Monde-Services. Site Enfance Violence Exil, collection 07 « Guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995) », Fonds d’Enfants Réfugiés du Monde, en ligne : http://www.enfance-violence-exil.net/index.php/ecms/it/13/1275 Légende proposée par l’ANR Enfance Violence Exil pour ce dessin : « Bataille de blindés de part et d’autre d’une rivière qui représente la frontière. L’enfant représente les destructions dans son pays – maison et mosquée en flammes – (Bosnie), ainsi que les pertes infligées à l’ennemi dans la Krahina. »

Source : Subasic, Saudin, 1996, © Fonds Enfance Réseau Monde-Services.

Site Enfance Violence Exil, collection 07 « Guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995) », Fonds d’Enfants Réfugiés du Monde, en ligne :
http://www.enfance-violence-exil.net/index.php/ecms/it/13/1275

Légende proposée par l’ANR Enfance Violence Exil pour ce dessin :

« Bataille de blindés de part et d’autre d’une rivière qui représente la frontière. L’enfant représente les destructions dans son pays – maison et mosquée en flammes – (Bosnie), ainsi que les pertes infligées à l’ennemi dans la Krahina. »

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Carnet de voyage dans les îles Gotô (juillet 2009)

Dessin du géographe n° 56

L’une des principales difficultés photographiques au Japon est de prendre des panoramas. Car bien souvent, il y a de la brume, due à la forte humidité atmosphérique, surtout en été, période où je me trouvais dans les îles Gotô (Japon). On peut le voir sur la photo prise du mont Tainohana 鯛の鼻, alias « le Nez de la daurade » (446 m) : au-delà des premiers contreforts, le paysage devient flou (fig.2).

Du coup, la tentation est grande de faire un dessin (fig.1). Cela permet aussi d’élargir la focale et d’avoir une vue d’ensemble sur les îles au large. La perspective du croquis part dans la même direction que celle de la photo (axe nord-est / sud-ouest), mais elle est plus large. La photo correspond en gros au quart inférieur droit du croquis, là où se trouve le tampon (à l’envers car il figure de l’autre côté de la page, le papier du carnet japonais — un Style Notebook B 6 mm x 20 kô— s’avérant manifestement un peu léger) qui a été pris le lendemain dans la ville d’Ômura.

Le croquis permet donc de représenter et de situer davantage de lieux.

J’y inscris également les idéophonogrammes, non pas par cuistrerie mais pour permettre, par la suite, d’en vérifier la prononciation qui offre quelque piège (ainsi, comme on peut le voir par un barré, j’avais d’abord lu Chinohana et non Tainohana). Dans la foulée, j’utilise l’habitude japonaise qui permet d’écrire dans tous les sens, même dans les journaux, soit horizontalement, soit verticalement, mais le recours à l’alphabet latin oblige à tourner le carnet selon les cas.

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Viollet-le-Duc géographe des montagnes

Dessin du géographe n°55

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Fig. 1 : Le glacier des bois et la vallée de Chamonix, Aiguille Verte et Aiguille du Dru, pendant la période glaciaire et actuellement,  Viollet-le-Duc, aquarelle et gouache, 1874 (Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont)

Fig. 1 : Le glacier des bois et la vallée de Chamonix, Aiguille Verte et Aiguille du Dru, pendant la période glaciaire et actuellement,  Viollet-le-Duc, aquarelle et gouache, 1874
(Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont)

L’exposition qui a eut lieu de novembre 2014 à mars 2015 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine été l’occasion de découvrir ou de redécouvrir les multiples facettes de l’œuvre de Viollet-le-Duc et parmi celles-ci un grand nombre d’œuvres graphique qui permettent de l’accueillir, sans forcer les mots, dans la page web des « dessins du géographe ».  Très connu du grand public pour ses idées et ses travaux de restauration des monuments historiques au 19e siècle, il l’est certainement beaucoup moins pour ses explorations de la figuration géographique passée et présente. Or une partie de ses voyages, et de ses travaux a eu pour but d’étudier les formes du relief et leur évolution dans le temps géologique. (Lire la suite…)

La carte et le dessin : exemple de la mission saharienne Foureau-Lamy 1898-1900

Dessin du géographe n°54

Entre 1898 et 1900, la mission Foureau –Lamy  a traversé le Sahara de Alger à Fort Lamy à travers le Hoggar, le Ténéré, l’Aïr, le Sahel du Kanem  jusqu’au lac Tchad. Son rapport, publié en 1903, est riche d’observations sur le parcours, l’orographie, le climat, la géologie, l’ethnographie des régions traversées. Les documents sont illustrés de cartes précises réalisées par Foureau et les officiers géographes de l’expédition à travers le désert et le long du fleuve Chari.

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Fig. 1 : Carte de la mission, planche 1 de l’atlas
Source: Jubilothèque

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Une vallée balkanique d’après Jovan Cvijic

Dessin du géographe n°53jovan-cvijic

Jovan Cvijic (1865-1925) a joué un rôle central dans la géographie serbe puis yougoslave, au début du XX° siècle.

Il avait reçu sa formation géographique à Vienne. Il fut d’abord un spécialiste du karst et en fixa la terminologie : c’est à lui qu’on doit les termes de polje, doline, ouvala. Avant 1912 il parcourut en tous sens les pays serbes et bulgares de la Péninsule des Balkans. En témoigne ici un bas-relief en bronze de sa maison-musée de Belgrade, où il chevauche les montagnes de son pays équipé de rouleaux de cartes. Figure typique du géographe-voyageur du XIX° siècle.

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Les blocs-diagrammes dans l’interprétation géomorphologique des paysages: l’exemple du Grand Canyon du Verdon

Dessin du géographe n°52

Pour la publication  d’un texte de synthèse sur  la géomorphologie du Grand Canyon du Verdon (Nicod, 2004), je me suis proposé de visualiser l’ensemble par la réalisation d’un bloc-diagramme. Il m’a fallu me rappeler le souvenir de l’enseignement des maîtres, de mes travaux anciens de doctorant et d’une séance de TP lors de mes débuts d’assistanat à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence

« Le bloc-diagramme est un modèle de représentation synthétique très intéressant. Non seulement il permet de matérialiser d’une façon  particulièrement expressive les traits du relief que la carte représente par des signes conventionnels, mais il peut servir à donner des schémas idéaux, où les relations des formes du relief avec la structure sont clairement mises en évidence » (Martonne, E. de, 1947, p. 514) : exemple classique de celui de la vallée de Chevreuse (fig. 1). Ajoutons que les formes du relief peuvent être habillées, surtout si l’on dispose d’un figuré en couleurs, de nombreuses indications : formations de pentes, sources et rivières, couvert végétal, cultures, voies de communication et implantations humaines … Bref on dispose alors d’une vue perspective du paysage. Ce type de représentation du relief a été très largement utilisé par Emm. de Martonne dans son Traité de Géographie physique (R  Courtot, 2010) et dans tous ses ouvrages, et continue d’être utilisé par des enseignants universitaires dans l’initiation à la recherche en géographie physique (par exemple à l’Université de Rennes 2 ( Gayraud, 2014).

FIg. 1 -Un bloc-diagramme élémentaire : la vallée de Chevreuse. 

FIg. 1 -Un bloc-diagramme élémentaire : la vallée de Chevreuse.

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Esquisse de paysage par Albrecht Dürer

Dessin du géographe n°51

Durër (1520) :Jardins royaux de Bruxelles, crayon (pointe d’argent) et encre (Akademie der Künste, Vienne)

Durër (1520) :Jardins royaux de Bruxelles, crayon (pointe d’argent) et encre (Akademie der Künste, Vienne)

Albrecht Dürer, à la fin du 15ème siècle est l’un des premiers peintres qui a peint des paysages pour eux-mêmes. Il ne s’agit plus d’un décor reconstruit destiné à mettre en valeur une scène ou des personnages, mais de proposer une vision peinte sur le sujet. Le peintre ne cherche pas à recréer un monde mais simplement à montrer des éléments visuels à leur place dans un paysage peint afin de leur donner une valeur esthétique.

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Un schéma géomorphologique express …dans les montagnes du Daghestan

Dessin du géographe n°50

Ce schéma a été réalisé très rapidement au cours du Colloque franco-soviétique Alpes-Caucase de 1982*, qui nous avait permis de découvrir les aspects des montagnes du Daghestan et des régions adjacentes, dans le cadre d’ études comparatives sur les montagnes sèches semi-méditerranéennes. Ce colloque avait été organisé dans le cadre des relations bilatérales franco-soviétiques, initiées depuis 1974 par J. Dresch et l’Académicien I. P. Gerasimov (Guérassimov en transcription française) sur le thème général Alpes-Caucase, avec une succession de réunions sur le terrain, alternativement dans le Caucase (puis en Crimée) et en France. Avec quelques collègues aixois et autres**, dont les  regrettés Y. Bravard et M. Julian, nous étions les premiers géographes français à parcourir ces montagnes sauvages. Dans le cadre de cette mission scientifique nous sommes restés plusieurs jours à Gounib, bourgade haut-perchée, au cœur du pays des Avars dans les montagnes du Daghestan.

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Des dessins pour interpréter les perceptions du rural par les citadins chinois aujourd’hui

Dessin du géographe n°49 par Emmanuel Véron

Nous proposons dans le cadre de la rubrique « Dessins du géographe » d’exposer un échantillon de dessins issus de travaux de recherches sur l’analyse de nouvelles ruralités en Chine, en prenant l’exemple du delta du Yangzi. Ces dessins sont l’œuvre de citadins chinois de différentes classes d’âges. Ces individus ont fait partie d’une enquête sur le tourisme rural et les pratiques des citadins sur des lieux touristiques aménagés pour ces derniers. Ces lieux sont comme un sas entre le quotidien urbain et les espaces ruraux fantasmés. De plus, cette enquête s’inscrit dans un travail de recherche plus large concernant une analyse des lieux touristiques, le rôle des communautés et les gouvernements locaux dans le tourisme dans les espaces ruraux.

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Un bloc diagramme des falaises d’Ouessant

Dessin du géographe n°48

Par Julien Gayraud (Etudiant en Géographie, option Gestion de l’Environnement – Parcours « Environnement, Territoires et Acteurs » – Université Rennes 2)

bloc Gayraud contrasté

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La falaise : un objet d’imaginaire

Dessin du géographe n°47

La falaise : un objet d’imaginaire (à propos d’une promenade géographique sur le littoral du Pays de Caux) par Michèle Vignaux.

Pour le géographe ou le géomorphologue, la définition d’une falaise est précise : escarpement rocheux en pente forte, le long d’une côte, créé par l’érosion….     Pour le promeneur  et pour l’artiste, la falaise nourrit l’imagination et inspire des émotions et des sensations diverses. Elle peut apparaitre fragile ou hostile. Fragile au randonneur qui observe les éboulis qui s’accumulent sur la grève et l’encoche que la mer creuse à sa base. Hostile au marin lorsqu’elle se dresse pour barrer l’accès au rivage. Perché sur ses hauteurs, l’observateur a aussi un sentiment de puissance à observer sur une large étendue « la mer aux spasmes de méduse » (Saint-John Perse).

Lors des récentes tempêtes hivernales, la presse a ravivé les craintes de ses lecteurs sur le recul du trait de côte, particulièrement sur les littoraux à falaises (voir le rapport du GIP littoral aquitain sur les falaises du Pays basque), l’effondrement de pans entiers de roche symbolisant alors la menace que fait peser le changement climatique sur la planète.

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Quelques esquisses d’une ville : Valparaiso ( Chili)

Dessin du géographe n°46

De retour d’un voyage en Patagonie en novembre 2013, une escale à Valparaiso pour parcourir cette ville étonnante et contrastée, une ville un peu folle. C’est une ville de bord de mer, une ville escarpée qui grimpe sur les collines dans un entremêlement de constructions de tous styles et de tout âge.

Le port, qui a fait sa richesse au 19ème siècle, avant l’ouverture du canal de Panama, reste actif : la base navale côtoie la zone de stockage des conteneurs ; nombre de navire restent en mouillage d’attente dans la baie La ville même est séparée de l’océan par un espace d’entrepôts et de voies ferrées désaffectées.

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Un pont sur la Neretva

 Dessin du géographe n°45

Dessin du pont de Mostar, juin 2013, crayons aquarelles et feutre noir. ©Anne Cadoret

Dessin du pont de Mostar, juin 2013, crayons aquarelles et feutre noir. ©Anne Cadoret

Sans questionnement géographique particulier, je croque des lieux de vie, de passage, de mémoire. Lors d’un voyage entre Split et Sarajevo,  le temps d’un détour touristique, je sors mes crayons et dessine sur une feuille de papier volante d’un café le pont de Mostar, d’une hauteur de 20 mètres au dessus de la rivière. Ce sont finalement les touristes sur ce pont qui accrochent mon regard : ils sont nombreux malgré le mauvais temps et la pluie fine qui les fait glisser sur ce pont vouté, et le multiculturalisme les caractérise.

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Le Tour de France par deux enfants et les gravures de Pérot

Le dessin du géographe n°44

« Le Tour de la France par deux enfants. Devoir et patrie » fut publié en 1877 par les Editions Belin, dans les premières années de la Troisième République, dans une France traumatisée par sa défaite de 1870 face à la Prusse et ses alliés et par la perte de l’Alsace et de la Lorraine mosellane.

Ce « livre de lecture courante avec 212 gravures instructives pour les leçons de choses et 19 cartes géographiques » fut un extraordinaire succès de librairie.

Dès 1914 on en avait vendu 7,4 millions d’exemplaires. Il a été réédité plusieurs fois et encore en 1991. Un million d’exemplaires ont été vendus depuis 1914. Cet ouvrage était conservé dans les familles et il était souvent l’unique livre qui figurait dans la maison.

L’auteur a signé d’un pseudonyme, celui de G.Bruno, qui est celui de Giordano Bruno, philosophe italien brûlé par l’Inquisition au XVI° siècle en raison de ses positions considérées comme hérétiques. L’auteur était en réalité une femme, Augustine Fouillée qui écrivit aussi d’autres ouvrages à destination pédagogique, ordonnés eux aussi en récits de voyage initiatique.

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Dessin d’apprentissage en Irlande

Dessin du géographe n°43

Le stage de géomorphologie et environnement destiné aux étudiants de licence de l’Université Paris 1 a eu lieu en Irlande en mai 2012.

Il s’est déroulé dans la région de Sligo, au nord-ouest de l’Irlande.

L’objectif est de leur faire découvrir un terrain, de construire des problématiques et de les mener à une certaine autonomie dans l’observation et dans la réflexion. Dans l’équipe enseignante, Marie Chenet a réalisé un film : « apprentis chercheurs », qui montre le déroulement  du stage et l’apprentissage des différents groupes confrontés à des milieux différents et à des questionnements de recherche.

Le dessin de paysage constitue une entrée en matière pour prendre possession du terrain au début du stage. Nous arrêtons les étudiants derrière les dunes de la flèche littorale de Conor Island, presque à l’abri du vent, pour dessiner le paysage imposant de la montagne de Ben Bulben.

D’après la carte de l’Ordnance Survey of Ireland

D’après la carte de l’Ordnance Survey of Ireland

Il s’agit d’un bel entablement de calcaire carbonifère qui culmine à 526m. Le massif élevé a en partie échappé aux nappes de glace quaternaires qui ont raclé les basses pentes et étalé des moraines en collines allongées. Le havre lui-même est parsemé de gros blocs erratiques.

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Traversée des monts Tezoulaig (Sahara)

Dessin N°42

Ce dessin de Michel Vallet, ancien officier méhariste, est extrait d’un compte-rendu d’un voyage effectué en 2009 sous la direction de Marcel Cassou[1]. Ce dernier se proposait de suivre  une partie de l’itinéraire de la première mission qui traversa le Sahara, celle de Foureau et Lamy, et qui en 1899 rejoignit l’Afrique sub-saharienne à partir de l’Algérie.

Les participants de l’expédition de 1899 s’étaient détournés pour traverser le massif d’Obbazer. Ils voulaient rejoindre le puits où le colonel Flatters fut  assailli et tué, en 1881, par les Touaregs avec presque toute son expédition[2]. Flatters se proposait de traverser le premier le Sahara.

Le dessin représente un guide touareg et, à l’arrière plan, les monts Tezoulaig, difficilement accessibles et dont la silhouette resemble étrangement à celle du guide.

monts-tezoulaig

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Un aimable planisphère de James Montgomery Flagg (1913)

Dessin du géographe n° 41

James Montgomery Flagg mériterait d’être davantage connu des géographes ; Cet américain (1877-1960) fut un très fameux affichiste, célèbre surtout pour son affiche pour le recrutement de l’armée américaine au moment de l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Allemagne et aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne en 1917.

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On y voit un « Oncle Sam » auquel l’auteur a d’ailleurs prêté les traits de son visage qui pointe son doigt : « I want you for the US Army ». Ce dessin a été partout imité depuis.

planisphere_jm_flagg

Ici le dessin de J.M.Flagg appartient au registre très apprécié au début du XX° siècle de la carte qui accueille au milieu des traits des rivages et des frontières une ou des caricatures.

Cette brune piquante à la chevelure abondante relève d’un type de dessin de femme, la bourgeoise ou la grisette, très répandu en Europe avant 1914 et jusque dans les années 30, dans les revues et en gravures à l’acide ou à la pointe sèche qui sont parfois encadrées sur les murs des salons.

Roland Courtot et Michel Sivignon
Janvier 2014

Anton van der Wyngaerde : Une curieuse perspective aérienne sur la Albufera de Valencia (Espagne)

Le dessin du géographe n° 40 – septembre 2013

Fig.3 : Vue de la Albufera de Valencia …par Anton van der Wyngaerde, 1563. Détail de la figure 1: la Albufera et le cordon littoral de la Dehesa (« devega »)

Fig.1 : Vue de la Albufera de Valencia et de la côte entre Peñiscola (au nord) et le Montgó (au sud) prise depuis la mer en perspective cylindrique:, par Anton van der Wyngaerde, 1563.
Source : Wikimedia commons

C’est un curieux dessin aquarellé que je vous propose d’étudier ce mois-ci :
Il représente la lagune de la Albufera, au sud de la ville de Valencia en Espagne, et a été dessiné par un peintre hollandais, Anton van der Wyngaerde en 1563. Ce n’est donc pas un dessin de géographe, mais il intéresse le géographe pour sa place dans l’histoire du dessin de paysage et du croquis panoramique. Il a d’ailleurs intéressé un historien des Etats-Unis d’Amérique,  Richard Kagan dans son ouvrage sur « Villes du siècle d’or : les vues espagnoles d’Anton van der Wyngaerde » (Kagan, 1986), et surtout Vicenç Rosselló et ses collègues géographes valenciens dans leur étude minutieuse sur « Les vues valenciennes d’Anton van der Wyngaerde » (Rosselló et al., 1990).

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Pierre Alechinsky et les cartes de géographie

Le dessin du géographe n° 39 – juillet 2013

La rubrique présentée par Michel Sivignon sur la « pieuvre russe » dans le dernier dessin du géographe mis en ligne le 30 avril 2013 (http://cafe-geo.net/entre-dessin-et-carte-les-cartes-satiriques-la-pieuvre-russe-vue-par-les-japonais-en-1904/) m’a remis en mémoire un texte que j’avais publié dans une petite feuille, « Géoniouses », qui connut quelques numéros à l’UFR de géographie de l’Université de Provence en 1999 : il s’agissait d’une chronique à partir d’un dessin de Pierre Alechinsky, copié dans une rétrospective de son œuvre au musée du Jeu de Paume à Paris en 1998:

Alechinsky bretagne 1998 dessin RC

Page d’atlas universel III, Nantes et Rouen, 1984, Pierre Alechinsky (encre de Chine sur carte de géographie du XIXe siècle, 61 x 82 cm, coll. privée)
Fait partie d’un ensemble de 9 planches d’atlas du XIXe siècle, dressées par A.-H. Dufour, gravées par Ch.Duyonnet, Abel Pilon éditeur)

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Entre dessin et carte, les cartes satiriques : la pieuvre russe vue par les Japonais en 1904

Le dessin du géographe n° 38 – avril 2013

Depuis le XV° siècle au moins les cartographes ont appris à jouer avec le dessin des cartes dans un but de satire politique. On se trouve ici au carrefour de la carte et du dessin, carte détournée de sa vision de représentation scientifique, au profit d’une prise de position partisane.

carte_pieuvre_russe

La carte présentée est une carte japonaise datant de mars 1904, c’est-à-dire des tout débuts de la guerre russo-japonaise, dessinée après la prise par surprise de la base russe de Port-Arthur, où la flotte russe d’Extrême-Orient fut décimée. Elle est antérieure à l’autre désastre naval russe de Tsushima tout comme à la bataille de Moukden en Mandchourie, qui amenèrent la Russie défaite à négocier en 1905. La carte est censée faire partie d’un « Atlas diplomatique humoristique de l’Europe et de l’Asie ».

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Archives – Le dessin du géographe

Retrouvez ici la liste de tous les articles de la rubrique Le Dessin du Géographe.

Dessin du géographe n°82 : Le dessinateur et le photographe : la photographie comme agression, Roland Courtot, Simon Estrangin et Michel Sivignon, 18 août 2020

Dessin du géographe n°81 : Les dessins en excursion géographique, Roland Courtot et Michel Sivignon, 30 juin 2020

Dessin du géographe n°80 : Tour d’horizon de Franz Schrader, Charles Le Coeur, 13 juin 2020

Dessin du géographe n°79 : Dessins d’exode, Roland Courtot et Michel Sivignon, 17 mars 2020

Dessin du géographe n°78 : Christian GRATALOUP, caricaturiste d’Espaces Temps, Michel Sivignon, 26 février 2020

Dessin du géographe n°77 : Maroc Le dessin colonial de Théophile Jean DELAYE, Michel Sivignon et Jean-François Troin, 7 décembre 2019

Dessin du géographe n°76 : A la recherche du paysage beauceron, Jean Pilleboue et Michel Sivignon, 21 novembre 2019

Dessin du géographe n°75 :  Guillaume Lejean, voyageur, géographe et dessinateur, Marie-Thérèse Lorrain et Michel Sivignon, 8 décembre 2018

Dessin du géographe n°74 : La carte de Géographie comme premier apprentissage, Roland Courtot,1er octobre 2018

Dessin du géographe n°73 : Quelques dessins de Jean-Pierre Allix, peintre et géographe (1927-2013), Stéphane Allix, Michel Sivignon, 1er septembre 2018

Dessin du géographe n°72 : En passant par la Lauzière, géographes au dessin, Charles Le Coeur, Roland Courtot, 1er juillet 2018

Dessin du géographe n°71 : Le trait et la lettre dans les carnets d’Afrique de Christian Seignobos, Michel Sivignon, 2 mai 2018

Dessin du géographe n°70 : Vues de côtes : le panorama au service des marins, Roland Courtot, 21 avril 2018

Dessin du géographe n°69 : Carnets d’une Géographe sur les chemins d’Arménie, 1997-2017, Françoise Ardillier-Carras, 4 février 2018

Dessin du géographe n°68 : Contribution au souvenir du centenaire de la Première Guerre Mondiale 1917-2017 : la bataille de Monastir (Macédoine), Michel Sivignon, 22 octobre 2017

Dessin du géographe n°67 : Le héron : petite disputatio sur l’image géographique et l’art, Roland Courtot, Simon Estrangin, 29 août 2017

Dessin du géographe n°66 : L’atlas de Beautemps-Beaupré et les vues de côtes de l’expédition Bruny d’Entrecasteaux, Roland Courtot,14 juillet 2017

Dessin du géographe n°65 : Un dessin systémique dans la géographie de Anton van der Wyngaerde : Zahara des thons, Roland Courtot, 1er juin 2017

Dessin du géographe n°64 : Géographie et pédagogie dans les préaux des écoles, Roland Courtor, 1er mai 2017

Dessin du géographe n°63 : Quelques croquis d’excursions géographiques au début du 19ème siècle, Charles Le Coeur,  23 décembre 2016

Dessin du géographe n°62 : Croquis d’Albert Demangeon en Limousin (1906-1911), Denis Wolff, 18 novembre 2016

Dessin du géographe n°61 : Un géomorphologue sur le terrain aujourd’hui: des tors et des paléo piétinements, Hervé Regnauld, 8 mai 2016

Dessin du géographe n°60 : Latins et Germains par Kupka, dans « L’homme et la terre » d’Elisée Reclus, Michel Sivignon, 25 avril 2016

Dessin du géographe n°59 : Un carnet de voyage de Maurice Zimmermann en Tunisie (avril 1909), Pascal Clerc, 17 novembre 2015

Dessin du géographe n°58 Pierre Bonnet, géologue et géographe en Transcaucasie, 1909-1914, Françoise Ardillier-Carras, 4 novembre 2015

Dessin du géographe n°57 : L’enfant et la guerre : Dessin d’enfants bosniens représentant les combats (1991-1995), Bénédicte Tratnjek, 21 octobre 2015

Dessin du géographe n°56 : Carnet de voyage dans les îles Gotô (juillet 2009), Philippe Pelletier, 14 septembre 2015

Dessin du géographe n°55 : Viollet le Duc Géographe des montagnes, Roland Courtot, 3 mai 2014

Dessin du géographe n°54 : La carte et le dessin : exemple de la mission saharienne Foureau-Lamy, Charles Le Coeur, 24 février 2015

Dessin du géographe n°53 : Une vallée balkanique d’après Jovan Cvijic, Roland Courtot, Michel Sivignon, 22 janvier 2015

Dessin du géographe n°52 : Les blocs-diagramme dans l’interprétation géomorphologique des paysages : l’exemple du Grand Canyon du Verdon, Jean Nicod, 19 décembre 2014

Dessin du géographe n°51 : Esquisse de paysage par Albrecht Dürer,  Charles Le Cœur, 30 novembre 2014

Dessin du géographe n°50 : Schéma morphologique express : le Daghestan, Jean Nicod, 1 septembre 2014

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